Les adhérents de Felcoop (fédération des coopératives de fruits et légumes frais) veulent préparer le renouvellement des générations dans les coopératives. Identifiant différentes pistes de réflexion à l’occasion de leur assemblée générale le 6 avril, ils concluaient que les coopératives devaient s’adapter aux nouvelles attentes de leurs adhérents.
Avec le vieillissement de la population agricole, les coopératives constatent une érosion de leur nombre d’adhérents, témoignaient les invités à la table ronde organisée par Felcoop le 6 avril à Paris. Un constat inquiétant, car la perte d’adhérents est souvent synonyme de perte de potentiel de production : de quoi démarrer un cercle vicieux de désintérêt des agriculteurs envers le système coopératif. Des responsables de coopératives ayant réussi à inverser la tendance dans leurs structures ont partagé leur expérience et expliqué les dispositifs qu’ils ont mis en œuvre.
Séduire l’adhérent
Eric Potié, vice-président du centre vinicole Nicolas Feuillate et membre du conseil d’administration de la Confédération des coopératives vinicoles de France (CCVF), a expliqué à l’auditoire que « les attentes des adhérents ont changé ». Il ne s’agit plus seulement de « collecte et vente ». En Champagne, on constatait une érosion du nombre d’adhérents aux coopératives, sans baisse du nombre de viticulteurs dans la région : les agriculteurs étaient attirés par les avantages et cadeaux offerts par les négociants privés. « Si on n’essaie pas de séduire l’adhérent, on est à côté de la plaque », a prévenu Eric Potié, plaidant pour une relation « presque commerciale ». Et l’opération séduction passe par différents services.
Apport de foncier
Chez Teraneo, on a décidé de soutenir la compétitivité des 200 adhérents qui exploitent « d’assez petites exploitations », 10 ha en moyenne, a témoigné Stéphane Durand, directeur de la coopérative de fruits et légumes dans les Pyrénées-Orientales. Cela passe notamment par un accompagnement à l’agrandissement. Concrètement, Teraneo a mis en place une convention tripartite – Safer, coopérative, adhérent – qui permet à la coopérative d’investir dans du foncier, mis à disposition des adhérents. La convention permet de sécuriser l’opération, afin que l’adhérent qui quitterait potentiellement la coopérative n’emporte pas avec lui le foncier financé par la coop. La coopérative n’a cependant pas vocation à devenir un grand propriétaire foncier, précise Stéphane Durand. Lorsqu’elle achète des terres, l’adhérent qui en bénéficiera s’engage à les racheter.
Soutien aux investissements
Savéol apporte quant à elle un accompagnement technique et financier à ses adhérents. « Nous avons débloqué 500 000 € en cinq ans » a indiqué le président de la coopérative Pierre-Yves Jestin. Un coup de pouce non négligeable pour les jeunes qui s’installent, tant les investissements pour la production sous serre sont lourds. La coopérative, qui compte 120 adhérents, prépare son avenir : elle a installé treize jeunes en cinq ans (1). Près de la moitié d’entre eux étaient d’anciens salariés. Les participants ont approuvé l’idée que les salariés, nombreux dans la filière fruits et légumes, pouvaient constituer un bon vivier de futurs agriculteurs adhérents.
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Intégrer les jeunes à la gouvernance
Pour Thomas Diemer, président des Jeunes Agriculteurs (JA), il est également important de communiquer auprès des jeunes dès la formation initiale. « On ne peut pas leur imposer les valeurs coopératives au moment où ils s’installent ! » s’exclamait-il. Autre piste pour le président de JA : « Faire entrer davantage les jeunes dans la gouvernance des coopératives » afin qu’ils soient pleinement intégrés. C’est ce que fait Savéol, où « les jeunes doivent participer à la vie de la coopérative en intégrant les différentes commissions », explique Pierre-Yves Jestin. Chez Teraneo, « il n’y a rien de formalisé », admet Stéphane Durand, mais dans la pratique la moyenne d’âge des administrateurs est de 43 ans alors que celle des adhérents est de 55 ans.
(1) Voir Agra Presse n°3540 du 4/04/2016 p40
« Si on n’essaie pas de séduire l’adhérent, on est à côté de la plaque », selon Eric Potié
Jean-Michel Delannoy réclame le soutien des pouvoirs publics
En conclusion de l’assemblée générale de Felcoop, son président Jean-Michel Delannoy a présenté le 6 avril le projet stratégique de la fédération pour « la compétitivité des coopératives ». Parmi les revendications de Felcoop, la diminution du coût de la main-d’œuvre pour les coop qui ne bénéficient pas du CICE, l’amplification des aides à l’investissement et à la rénovation du verger, la mise en œuvre d’un moratoire législatif pour éviter la surtransposition des normes européennes, la clarification des règles en matière de concurrence, la mise en place d’un soutien à l’assurance export ou la création d’un régime fiscal adapté à la volatilité des prix. Jean-Michel Delannoy a déploré l’absence du ministre de l’Agriculture. « On est un peu livrés à nous-mêmes, a-t-il regretté. Les coopératives trouvent elles-mêmes des solutions avec les agriculteurs ». Pourtant, le président de Felcoop reste convaincu qu’avec le soutien des pouvoirs publics, « l’agriculture peut nous étonner ».