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Coopération Les coopératives passent à l’offensive pour promouvoir leur modèle

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Les coopératives mettent de plus en plus leurs forces en commun. Le premier congrès d’Acooa, regroupant les assemblées générales de Coop de France et d’InVivo les 19 et 20 décembre à Paris, s’est tenu sous le signe du regroupement des coopératives en France face notamment au droit de la concurrence. Objectif : intensifier l’émergence de leaders de la coopération. Une tendance au rapprochement qui est parfois entravée par l’autorité de la concurrence. Pour appuyer cette stratégie, Acooa tentera de doter les coopératives des outils de communication, de lobbying, d’exportation et de formation nécessaires à leur développement.

«La crise économique et financière qui s’installe durablement, agit comme un révélateur de la solidité structurelle des entreprises », affirme Philippe Mangin, président de Coop de France. Pour lui, les problèmes économiques actuels doivent montrer la capacité de résistance des coopératives. La raison : les résultats des coopératives ne sont pas tournés vers la rémunération d’actionnaires, mais plutôt vers le renforcement de ces structures collectives, notamment par l’investissement.

Le droit de la concurrence doit s’adapter au statut coopératif

Un renforcement qui se heurte de plus en plus souvent au droit de la concurrence. « Il n’est pas acceptable que le fait d’être une coopérative soit pénalisant fiscalement ou au niveau du droit de la concurrence », expliquait Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris à l’occasion d’une table ronde sur les pratiques des autorités de la concurrence. La sénatrice, très proche des positions des coopératives, en tirait une conséquence : Elle prônait une compensation fiscale pour les coopératives en raison de leur lien territorial obligé, mais aussi de leur impossibilité de recourir à l’ouverture de leur actionnariat pour se financer. Autre sujet pénalisant, le droit de la concurrence. Il sanctionne tout autant les entreprises privées et les coopératives mais celles ci gardent en travers de la gorge plusieurs cas de sanction pour position dominante ou entente. La notion de « marché pertinent » pose problème. Pour Nadine Mouy, chef de service des concentrations à l’autorité de la concurrence, cette notion est objective. Pourtant, elle prend en compte une réalité éminemment subjective : le « goût des consommateurs ». Un critère qui manque de rationalité à entendre Marie-Noëlle Lienemann. « On ne sait pas à l’avance ce que sera un marché pertinent, ni le goût des consommateurs », lance-t-elle. La question est stratégique. Pour Philippe Mangin, le regroupement des coopératives permet des économies d’échelle et la création de leaders, ce qui est nécessaire pour en améliorer la compétitivité. Il a d’ailleurs indiqué se réjouir du fait que, « sur les dix premiers mois de 2012, 47 rapprochements entre coopératives ont été enregistrés ». Et Nadine Mouy de souligner que sur 43 opérations de contrôle de l’autorité de concurrence sur des coopératives depuis 2009, seules trois ont posé problème.

Valoriser le modèle coopératif auprès des citoyens

À la stratégie de regroupement des coopératives doit s’ajouter une opération de charme auprès des consommateurs. Pour Philippe Mangin, « la seule vraie carence de notre mouvement, est notre manque de notoriété : le modèle coopératif n’est pas assez connu, et donc insuffisamment reconnu par les Etats, les décideurs, les citoyens, les consommateurs ». Pour remédier à cela, une campagne de communication grand public en faveur du modèle coopératif sera organisée à l’automne 2013 par Acooa. Ayant lancé un appel à participation des coopératives pour financer ce plan de communication sur trois ans, Philippe Mangin a indiqué avoir réuni plus de la moitié de l’objectif cible, qui avait été évalué entre 7 et 8 millions d’euros, en promesses de dons. Ce plan de communication, passant notamment par un film de 11 minutes, vise à sensibiliser les citoyens et les décideurs sur le dynamisme de l’organisation des agriculteurs en coopératives. L’idée est enfin de parvenir à une campagne de communication à l’image de celle de l’artisanat (« Premier employeur de France ») et qu’avait ambitionné l’ensemble de la profession agricole. Mais cette fois-ci, ce sont les coopératives qui s’y consacrent seules. La cible est aussi interne, en mettant des outils à disposition des coopératives pour relancer la fierté d’adhésion des agriculteurs à ces structures. Le groupe de travail mis en place au sein d’Acooa s’occupant de la campagne de communication sera présidé par Pascal Prot, président de Vivescia.

Des marges de progrès en lobbying

Parallèlement, un groupe de travail chargé du lobbying, présidé par Christian Pèes, président d’Euralis et de la Cogeca, la confédération européenne des coopératives, a été mis en place. Expliquant qu’un audit avait été réalisé, Christian Pèes a indiqué qu’au niveau des capacités de lobbying des coopératives, « on avait des marges de progrès ». L’idée serait, selon lui, « d’harmoniser les actions des coopératives pour anticiper les sujets quand ils sortent à Bruxelles ». Pour ce faire, Acooa visera à professionnaliser les capacités de lobbying des fédérations spécialisées de Coop de France en les coordonnant. Des évolutions de ces organisations devraient avoir lieu dans les prochains mois.

Former les administrateurs et se regrouper à l’export

Autre objectif d’Acooa, la formation. Jérôme Calleau, président délégué d’InVivo, présidera le groupe de travail visant à améliorer les compétences au sein des coopératives. Selon lui, si les formations existent pour les salariés des coopératives, elles visent trop peu les élus. L’évolution des attentes des adhérents de coopératives montre qu’il faut remettre à plat les offres de formations pour les administrateurs. Ainsi, dans les prochains mois un plan de formation des administrateurs sera réalisé dans chaque coopérative afin d’en relever le niveau. Un label de formation sera mis en place, dans un esprit de co-construction avec les coopératives pour répondre au mieux à leurs attentes. Enfin, pour organiser l’offre des caves coopératives à l’exportation, un groupe de travail présidé par Denis Verdier, ancien président de la confédération des coopératives viticoles de France (CCVF), vient d’être mis en place. Ce sont ainsi huit caves coopératives, parmi les plus grosses de France, qui vont réfléchir à la création d’un leader des caves coopératives à l’export. Une approche résolument tournée vers les citoyens et les agriculteurs, afin de valoriser auprès d’eux l’ancrage territorial des coopératives et leurs perspectives de croissance dans un contexte économique instable. Le tout en favorisant les courants d’affaires entre coopératives et leur coordination face aux marchés et aux réglementations.

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