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Forêt-bois Les coopératives s’inquiètent de la santé des entreprises de sciage

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Les coopératives forestières s’inquiètent de la santé économique de l’industrie du sciage en France. Lors de l’assemblée générale du 1er juin à Nantes, les coopératives réunies dans l’UCFF ont appelé renforcer et à dynamiser les liens avec l’aval de la filière, afin de sécuriser les débouchés de la production de bois.

« Le constat est préoccupant pour les producteurs : on assiste à un décalage qui semble croissant entre les capacités de production de notre massif forestier français, et les capacités de transformation du bois en France, en particulier du sciage», lançait Pierre Ducray, le directeur de l’Union de la coopération forestière française (UCFF), en ouverture du colloque « Coopération forestière et industrie du sciage – plus compétitifs ensemble », organisé le 1er juin à Nantes en marge du Carrefour international du bois.

De fait, entre 1989 et 2003, le nombre d’entreprises de sciage est passé de 1092 à 824. Cette baisse impressionnante ne signifie pas forcément réduction des capacités de sciage, les phénomènes de concentration d’entreprises étant propres à de nombreux secteurs de l’activité économique. Or, si l’activité en résineux progresse, celle relative au sciage des feuillus chute fortement. « Est-ce une perte de capacité (de l’outil industriel) ou seulement une perte de marché conjoncturelle ? », s’interroge Pierre Ducray.

Rachat de scieries

Directeur de deux scieries – dans les Deux-Sèvres et dans les Landes –, Jean-Pascal Archimbaud répond de manière optimiste : « Je ne crois pas que vous ayez à vous faire du souci pour la commercialisation de vos produits. Même s’il existe toujours une certaine inertie, il y a toujours consommation de la matière première produite ». La réalité n’est pourtant pas toujours aussi simple, comme l’indiquent plusieurs responsables de coopératives qui ont décidé d’investir dans l’activité de sciage pour sécuriser leurs débouchés. « Un de nos clients était fragile, alors on a décidé de le reprendre à 100 % en 2004. Pour la coopérative, c’est un débouché assuré de deux camions par jour et cela apporte – en plus – davantage de souplesse dans l’utilisation de nos produits », explique Jean-Jacques Vernet, directeur de la coopérative Coforet (7000 sociétaires, 70 salariés et 360 000 m3 de bois commercialisés annuellement) dont le champ d’activité couvre Rhône-Alpes, le Jura et la Saône-et-Loire. Etre rachetée, la scierie Tembec basée dans le Tarn l’a également vécu en 2002. A l’époque l’entreprise est en dépôt de bilan et plusieurs coopératives forestières décident de mettre la main à la poche pour « ne pas laisser un client disparaître ». La nouvelle structure, dénommée Tembec-Brassac SAS réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires de 11 millions d’euros et emploie 71 salariés.

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Partenariat gagnant-gagnant

Heureusement, les rapprochements entre coopératives et scieurs peuvent également intervenir sans situation de crise, à l’image du partenariat entre la coopérative forestière CFBL (Limousin, Auvergne, Bourgogne) et le scieur Archimbaud, en parfaite santé financière tous les deux. De fait, sur les 450 000 m3 de bois commercialisés en 2005 par la CFBL, 425 000 ont été vendus sous contrat d’approvisionnement.

Tous les témoignages des professionnels vont d’ailleurs dans le même sens : la contractualisation et la mise en place de partenariats serrés entre producteurs et scieurs est bénéfique pour les deux maillons de la filière : innovation, gain de productivité, sécurité d’approvisionnement et d’écoulement sont au rendez-vous. Un point de vue partagé par Ségolène Halley des Fontaines, sous-directrice à la DGFAR du ministère de l’Agriculture (Direction générale de la forêt et des affaires rurales).

Laurent Denormandie, le président de la Fédération nationale du bois (FNB), apporte cependant un bémol à cette belle unanimité. « Les exemples qui viennent d’être présentés sont des réussites de partenariat mais il faut garder une certaine prudence, car toute généralisation est très difficile compte tenu de l’hétérogénéité de la filière ». Pour le président de la FNB, le « vrai souci c’est la capacité de la filière française à transformer et valoriser la production de feuillus ». La production de feuillus baisse en France, de même que la consommation partout en Europe, explique-t-il. « Les meubles qu’on achète aujourd’hui sont à base de panneaux de particules, et non en bois massif, et lorsque vous refaites votre sol dans votre appartement vous mettez un parquet flottant, et non un parquet plein. Les scieries auront beau s’organiser, si il n’y a pas de marché…». Et Laurent Denormandie de conclure à l’adresse des responsables coopératifs : « Il faut tendre la main aux scieries pour maintenir les outils de production». Destins liés.