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Les coopératives veulent avancer de front sur la neutralité et la productivité

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Lors d’une conférence le 18 février, la Coopération agricole a confirmé sa volonté d’atteindre le zéro émission nette à l’horizon 2035, avec une feuille de route qui pourrait comprendre une rationalisation de la logistique, ainsi qu’un travail sur le stockage. Pour certains experts, la neutralité pourrait cependant exiger un effort encore plus drastique : réduire le volume de production.

Par la voix de leur président, Dominique Chargé, les coopératives se sont fixé un nouveau cap : « Atteindre le zéro émission nette en 2035 ». Le périmètre se veut aussi ambitieux que l’objectif, et comprendra tous les gaz à effet de serre « de la fourche à la fourchette ». Les détails de la feuille de route, a précisé Dominique Chargé lors d’une conférence dédiée aux enjeux climatique le 18 février, ne seront en revanche pas dévoilés avant le prochain Salon de l’agriculture, en 2022.

Dans un entretien avec Agra Presse, Dominique Chargé a toutefois accepté d’évoquer certaines des pistes actuellement explorées. En matière d’émissions, les coopératives s’attaqueraient tout d’abord aux transports. « Il y a une chaîne logistique énorme qui mérite qu’on réfléchisse à sa rationalisation, et qu’on se penche sur la façon dont on peut l’alimenter avec des énergies moins carbonées », confie le patron des coopératives.

L’objectif « net » révèle également un aspect important de la vision stratégique des coopératives sur le climat : le renforcement du stockage de carbone. « Le puits de carbone de nos activités est aujourd’hui sous-estimé, notamment au niveau des sols. Nous avons donc besoin d’outils supplémentaires pour mieux comptabiliser ce carbone, et mieux le valoriser », explique Dominique Chargé. Atout majeur des coopératives sur ce volet : les calculs incluront « la section forêt, qui vient faire de la compensation », reconnaît-il.

Diviser le nombre de vaches par deux

Pour certains experts, dont Jean-Marc Jancovici, président du Shift Project et membre du Haut Conseil pour le climat, tous ces efforts ne suffiront pourtant pas à répondre à l’urgence climatique. « La baisse des émissions de CO2 est très peu compatible avec une croissance de la production quelle qu’elle soit », a plaidé le polytechnicien devant les coopérateurs. Sa synthèse en aura sans doute surpris plus d’un : « Si l’on veut être sérieux sur le climat, il faut diviser le nombre de vaches par deux. »

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Une analyse appuyée par Sébastien Treyer, directeur de l’Iddri. Pour lui, la hausse de la production de légumineuses nécessaire à la « transition protéique », avec moins de protéines animales et plus de protéines végétales dans les assiettes, pose même « la question de la spécialisation des territoires ». « Les coopératives étaient des acteurs clés des économies d’échelle, mais il va falloir repenser l’organisation de la production sur les territoires, et imaginer des trajectoires qui permettent de revenir à la polyculture-élevage », défend Sébastien Treyer.

Carbone à l’hectare vs carbone au kilo

Les coopératives se sont bien saisies de l’enjeu des légumineuses, comme le montre l’exemple d’Eureden. Réunie aux côtés de Valorex et de Tromelon dans le GIE « Service de valorisation des protéines » depuis septembre 2020, la coopérative espère construire des filières bretonnes de pois, soja et féverole pour remplacer le soja dans les rations animales. « Nous n’avons pas la solution à nous tout seuls : le consommateur devra accepter de payer un peu plus cher son filet de dinde nourri avec des protéines du territoire », prévient Béatrice Perrot, directrice RSE et communication externe chez Eureden.

Mais, pour les coopératives, la décroissance agricole n’est en revanche pas une option. « Nous n’envisageons pas qu’il faille diminuer la production. Nous continuerons de travailler pour alimenter une population mondiale en augmentation », promet Dominique Chargé. Sur certains produits pour lesquels la France est devenue déficitaire, comme les fruits et légumes ou la volaille, les coopératives espèrent d’ailleurs « relocaliser des parts de marché ». L’enjeu climatique encouragera donc plutôt les agriculteurs « à accroître leur productivité, pour limiter la portée de leurs activités ».

Chercheurs et producteurs se rejoignent en revanche sur l’importance d’une nouvelle réflexion agronomique dans les exploitations. « Depuis les années 50, nous avons standardisé les itinéraires et les techniques. Nous devons aujourd’hui faire le chemin inverse », encourage Dominique Chargé. Alors que le conseil était jusqu’ici « très segmenté », en fonction des tâches à réaliser ou des productions, l’assistance technique apportée aux exploitants prend de plus en plus en compte l’ensemble du système d’exploitation, ainsi que les conditions pédoclimatiques. Une approche qui facilitera la déspécialisation, et « pourrait être accélérée par la séparation vente-conseil », reconnaît-il.

Nouvelle réflexion agronomique et conseil systémique