Réunie en congrès les 18 et 19 décembre, la coopération agricole a beaucoup débattu sur la compétitivité. Sa demande concernant le CICE a été bien entendue, rendez-vous ayant été donné fin janvier 2014 à Matignon pour trouver des alternatives. Un temps fort a aussi été le dévoilement d'un spot TV, pierre angulaire d'une campagne d'opinion.
C'EST une édition qui fera sûrement date. En guise de bouquet final, le congrès de la coopération agricole s'est achevé le 19 décembre par le dévoilement d'un plan de communication. Il fallait sentir l'excitation monter dans le Palais des Congrès à Paris, jusqu'à la diffusion du spot de publicité prévu sur les TV début 2014 (lire par ailleurs). Une étape historique, à en juger par les résultats d'une autre campagne d'opinion ayant servi de modèle, celle de l'Artisanat.
Autre point fort, une tribune où se sont succédés pas moins de trois ministres, de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire, de l'Economie sociale et solidaire et de la Consommation, ainsi que le président du Medef. Leur fil conducteur était la compétitivité, thème central du congrès. « La rentabilité générale de nos entreprises reste trop faible pour affronter les temps nouveaux », a déclaré le président de Coop de France Philippe Mangin, face à Benoît Hamon. Sa principale requête au gouvernement concerne le CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi), toujours pas ouvert aux coopératives un an après l'adoption de la mesure. Une solution paraît se dessiner (lire plus loin). « Il faut absolument que le CICE bénéficie aux coopératives, a estimé la députée Karine Berger (PS, Hautes-Alpes), lors d'une table ronde. Autrement, cela entraîne une concurrence déloyale. »
Le mal du « climat »Le chemin vers la compétitivité est multiple. Dans son discours, Philippe Mangin a parlé d'une « bataille » nécessitant des moyens financiers. « Nous la gagnerons par l'investissement », a-t-il lancé, d'où un appel à mobiliser la BPI. Le président de Coop de France a dénoncé « les distorsions sociales au sein d'un marché unique européen inachevé ». Il a évoqué la loi d'avenir pour l'agriculture, regrettant la « timidité » du projet sur les volets économique, export, recherche, innovation. « Pour nous projeter dans l'avenir, nous avons besoin de visibilité, de stabilité et de simplification des normes qui s'imposent à nos entreprises », a déclaré Philippe Mangin. S'adressant à Stéphane Le Foll, il a pointé l'« urgence de créer en France un climat favorable aux entreprises. »
L'ALLIANCE des coopératives agricoles (Acooa) a dévoilé, lors d'un colloque le 19 décembre, le spot TV de sa campagne d'opinion. Il sera diffusé à partir du 19 janvier 2014 sur TF1, France Télévisions et les chaînes de la TNT. Un budget de 4,5 M d'euros a été levé auprès de 593 coopératives volontaires, pour financer aussi d'autres actions, notamment dans la presse agricole départementale, les gares TGV pendant le Salon de l'agriculture, sur internet. « Aucun consommateur ne met une coopérative agricole derrière un produit, a souligné le président d'Acooa Philippe Mangin. Aucun acteur économique ou politique ne sait situer l'importance du secteur coopératif dans l'économie agricole française. Il s'agit maintenant de faire valoir nos différences et l'intérêt de notre modèle dans ses dimensions économique, sociale et humaine. » Son diagnostic s'appuie sur une étude Ipsos, dévoilée au colloque. Elle montre certes que les coopératives agricoles sont connues par la quasi-totalité des Français (93 %), et parmi eux, 78 % en ont une bonne image. Mais seuls 29 % des personnes interrogées savent décrire précisément leur fonctionnement. « Le modèle des coopératives agricoles bénéficie dans l'esprit du grand public d'un a priori positif, mais la connaissance du modèle est trop partielle sur son fonctionnement et ses atouts, a estimé Brice Teinturier, le DG délégué d'Ipsos. Aujourd'hui, il est temps d'améliorer la connaissance et la compréhension de ce monde en apportant notamment les idées de modernité, de poids économique et d'avenir qu'a la coopération agricole. »
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Une idée largement développée par Pierre Gataz. « Le gouvernement doit rendre l'environnement propice aux entreprises, en termes de compétitivité, de confiance », a déclaré le patron des patrons. Une solution d'après lui : supprimer des textes de loi. Du petit lait pour l'auditoire agricole, toujours demandeur de simplification administrative et règlementaire.
«LA coopération doit être associée aux mesures gouvernementales sur l'investissement : CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) et BPI (Banque publique d'investissement) », a déclaré Stéphane Le Foll lors du congrès de Coop de France le 18 décembre à Paris. Pour cela, une réunion avec Jean-Marc Ayrault est programmée à Matignon fin janvier 2014, a-t-il annoncé.
Le ministre de l'Agriculture était très attendu sur le sujet, depuis le rejet par Bruxelles de l'éligibilité des coopératives au CICE. « Il faut aboutir à une compensation sous d'autres formes », a dit Stéphane Le Foll, en évoquant des aides à l'allégement des charges. « Le vrai sujet, c'est le coût du travail, pas la fiscalité », a insisté dans son discours le président de Coop de France Philippe Mangin, pour qui « le CICE devient une arme anti-coopératives ». Privées du bénéfice de la mesure, ces dernières voient 116 millions d'euros leur passer sous le nez. La réunion fin janvier avec le Premier ministre Ayrault vise aussi à « mobiliser la BPI pour les investissements », qui visent à la fois des gains de productivité et le renouvellement de l'appareil productif, selon Stéphane Le Foll. « Le redressement productif du pays passe par une agriculture et un secteur agroalimentaire forts », a souligné le ministre.
Autre attente des coopératives, le retrait de la clause dite « miroir » dans le projet de loi d'avenir. Elle les obligerait à définir en AG les modalités de gestion de la volatilité des prix. Message reçu par Stéphane Le Foll, pour qui « il ne s'agit pas de remettre en cause le rôle du conseil d'administration », lequel « reste l'organe de pilotage ». Le ministre a proposé de mettre en place une médiation sur la mise en œuvre de la clause, dont l'esprit est de permettre « l'intégration du coût de production dans le prix ».