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Céréales Les coûts de production français relativement peu pénalisants à l’export

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Oui, les céréales françaises sont compétitives à l’export. Malgré des charges de production plutôt supérieures à celles de ses concurrents, le producteur hexagonal s’en sort correctement. C’est ce que montre l’enquête menée par Arvalis sur le sujet et présentée en colloque le 19 novembre. L’un de ses atouts majeurs : des rendements élevés, liés à un mode de production plus intensif mais aussi à des conditions climatiques très favorables.

Le céréalier français est-il réellement compétitif par rapport à ses concurrents à l’export ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre le service économie d’Arvalis. Pour ce faire, il a mené l’enquête dans différents pays exportateurs, se basant à chaque fois sur trois exploitations performantes, « pour se donner une idée du potentiel ». L’institut a livré ses résultats à Paris le 19 novembre, à l’occasion du colloque « Compétitivité des céréales françaises aujourd’hui et demain ».
Point fort de l’Hexagone : la stabilité de sa production par rapport à ses concurrents. En blé, « la variabilité des surfaces est très faible », a indiqué Jean-François Garnier, ingénieur chez Arvalis. La sole de blé varie en moyenne de 4,5 % sur 5 ans, contre 53 % en Argentine, par exemple, où les producteurs renouvellent leurs baux chaque année en fonction du marché. Les rendements sont eux aussi plus constants que chez nos concurrents, à l’exception des Etats-Unis. La récolte de blé des exploitations françaises interrogées oscille ainsi dans une fourchette de 24 % contre 90 % en Ukraine, victime, entre autres, d’un climat continental. Même chose en maïs : les récoltes ne fluctuent que de 21 % contre 74 % en Roumanie. « Les rendements varient peu mais 45 % de la production est irriguée », a rappelé Jean-François Garnier.

Les rendements font la différence
Revers de la médaille, la France tient largement le haut du panier en matière de charges à l’hectare (1). A plus de 1 100 euros/ha, les agriculteurs français se placent bien loin devant les 550 ou les 190 euros/ha de leurs homologues américains ou australiens. Les différences sont du même ordre en maïs : plus de 1 800 euros/ha dans l’Hexagone contre un peu plus de 950 euros/ha en Hongrie par exemple. Sauf qu’à la tonne, les écarts entre charges s’inversent en blé : en 2008, le coût de production était évalué à 140 euros/t contre près de 240 euros/t en Australie. Largement supérieurs dans l’Hexagone, les rendements font la différence. En maïs, toutefois, les frais de séchage plombent les coûts français à la tonne, qui demeurent les plus élevés des six pays analysés. Dans un cas comme dans l’autre, c’est en tout cas en France que ces charges sont les moins sujettes aux variations.

Des efforts à faire sur la mécanisation
Concrètement, les exploitants français paient plutôt plus cher que les autres pour leurs intrants. Acheter 100 unités d’azote équivaut à 7 q de blé dans l’Hexagone contre 4 q en Russie. Même chose pour le glyphosate, jusqu’à six fois plus cher en France qu’en Ukraine. Or c’est aussi en France que le mode de production est le plus intensif et que ces charges pèsent donc le plus lourd. Le coût annuel de la main d’œuvre y est également plus important, puisqu’il se chiffre à un peu moins de 240 tonnes de blé au lieu de 40 en Ukraine. Des efforts restent à faire sur la mécanisation. L’Ivan (Investissement valeur à neuf du capital d’exploitation) est de 2 640 euros/ha, largement supérieur aux 125 euros/ha à 330 euros/ha de l’Argentine ou de l’Ukraine. « Le matériel est limité en Argentine et en Australie, a expliqué Crystel L’Herbier, du service économie d’Arvalis. Et en Russie et en Ukraine, le parc est plus conséquent mais il coûte beaucoup moins cher que chez nous ». L’Hexagone se rattrape sur le foncier. « Le coût de fermage est l’un des plus faibles à la tonne de blé en France », a indiqué la spécialiste.

Des concurrents aux marges de manœuvre limitées
Bilan : les effets prix sont indéniables, mais « jamais à l’avantage d’un seul pays », observe Crystel L’Herbier. Et la France a clairement des atouts en main, ce qui en fait un compétiteur parfaitement valable sur la scène internationale. D’autant plus que ses concurrents n’ont pas forcément une marge de manœuvre très importante. Coincés entre un accès à la terre limité par des baux court terme, des taxes à l’export vécues comme un frein au développement et un climat chahuté, les Argentins ont peu de moyens pour « faire mieux », en dehors de la double culture ou de l’agriculture de précision. En Ukraine et en Russie, des progrès sont envisageables sur les plans agronomique ou structurel, mais « les exploitants n’ont pas de trésorerie », a relevé Crystel L’Herbier. Autant de cartes à jouer pour la France.

(1) Les coûts de production que calcule Arvalis sont des « coûts complets », qui tiennent compte de la rémunération de l’agriculteur et de la main d’oeuvre familiale.

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