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Réforme de la Pac Les critiques contre le verdissement agacent Bruxelles

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Dacian Ciolos regrette que le verdissement des paiements directs qu’il propose dans le cadre de la réforme de la Pac - et que le nouveau gouvernement italien rejette totalement - soit la mesure qui retienne le plus l’attention et cristallise l’essentiel des critiques. Le commissaire européen à l’agriculture assure que son objectif est une Pac forte, et donc la promotion de la production, même si ce verdissement est obligatoire pour des raisons exogènes. Il a d’ailleurs insisté, lors d’un énième débat sur son projet, sur le cadre « ambitieux » préconisé pour le développement des organisations de producteurs et des organisations interprofessionnelles.

«Il est fondamental d’accorder une attention particulière aux aspects environnementaux, mais cette politique ne doit pas se traduire par des coûts plus élevés pour les agriculteurs », a déclaré le 21 novembre le nouveau ministre italien de l’agriculture, Mario Catania, qui a voulu expliquer les raisons de l’opposition du gouvernement de Mario Monti au verdissement des paiements directs proposé par la Commission européenne dans le cadre de la réforme de la Pac.
L’adoption d’un dispositif aussi strict « poussera l’agriculteur à quitter la terre car il n’aura pas les moyens de la travailler. La meilleure politique de l’environnement, c’est de garder les gens qui travaillent la terre », a-t-il estimé.
« Le verdissement coûte beaucoup à toute personne qui gère une affaire, mais il ne coûte rien à quelqu’un qui a décidé d’arrêter l’activité », a également fait valoir M. Catania. « Si j’ai une exploitation et si j’ai décidé d’arrêter d’investir, ou même de ne pas cultiver, non seulement le verdissement ne me coûte rien, mais de plus je reçois un gros cadeau de l’UE », a-t-il ajouté.

« Pas honnête »
Une conférence organisée le 22 novembre à Bruxelles par l’intergroupe du Parlement européen sur le changement climatique, la biodiversité et le développement durable a été l’occasion pour les représentants du comité des organisations professionnelles et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) de redire tout le mal qu’ils pensent du verdissement du premier pilier de la Pac proposé par la Commission. Ils ont avancé une série de chiffres sur l’impact supposé d’un tel régime, argumentation qui « n’est pas honnête », a rétorqué Dacian Ciolos au cours du débat. Le commissaire à l’agriculture a dénoncé le « procès d’intention » fait au projet de réforme de la Pac, regrettant entre autres que la presse ait mis systématiquement en avant ce verdissement dans les commentaires sur ses propositions. Il a affirmé que son objectif était de promouvoir la production agricole de l’UE, en maintenant une Pac forte, mais que le verdissement était obligatoire pour des raisons exogènes.
Si ces mesures de protection de l’environnement devaient ressortir du deuxième pilier de la Pac (développement rural) et être adaptées aux particularités de chaque région ou production, comme le souhaite le Copa-Cogeca, un tel système serait très difficile à contrôler, irait à l’encontre de la simplification administrative et nécessiterait une forte augmentation du personnel de la direction générale de l’agriculture de la Commission, a encore souligné M. Ciolos.

Les responsables professionnels enfoncent le clou
Enfonçant le clou lors d’une conférence sur la réforme de la Pac qui s’est tenue le 23 novembre à Bruxelles à l’initiative de la présidence polonaise de l’UE en coopération avec la commission de l’agriculture du Parlement européen et avec la participation d’organisations et acteurs du secteur, Gerd Sonnleitner, le président du Copa a rappelé que, il y a peu, « les dirigeants du G20, y compris l’UE, ont plaidé pour une production et une productivité agricoles accrues afin de garantir un approvisionnement alimentaire sûr et de favoriser une croissance économique durable ». « C’est pourquoi, a-t-il poursuivi, les propositions de la Commission pour encore verdir la Pac nous inquiètent beaucoup, en particulier le projet de geler 7 % des terres ».
« Cela a-t-il réellement un sens de retirer des terres de la production alors que le G20 appelle à une production agricole accrue ?, a demandé M. Sonnleitner. Mettre plus de contraintes sur les agriculteurs, sans aucun bénéfice, ne fera qu’accroître les coûts et miner la position concurrentielle du secteur agroalimentaire de l’UE ».
« C’est pourquoi nous sommes en faveur d’une croissance verte, avec des mesures bénéfiques pour l’environnement tout en maintenant la productivité et la compétitivité », a conclu le président du Copa, ajoutant que « les propositions de plafonner les paiements directs perçus par les plus gros agriculteurs individuels pénalisent aussi la compétitivité ».

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