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Production agricole Les cultures alimentaires et énergétiques sont intimement liées

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Pour les experts réunis jeudi 15 octobre par Proléa, les cultures vivrières sont indissociables des productions de rente (biocarburants, produits d’exportation…). Le colloque « alimentation, énergie, climat : le choc des cultures » a mis en lumière la complémentarité des différentes productions pour assurer le développement agricole. Et même si elle doit être encadrée, l’économie de marché est indispensable à l’agriculture des pays en développement.

Il n’y a pas d’opposition entre cultures alimentaires et cultures de rente – qu’elles soient destinées à l’exportation ou à la production de biocarburants – ont répété les intervenants du colloque « alimentation, énergie, climat : le choc des cultures », organisé par Proléa en partenariat avec SciencesPo et AgroParisTech, jeudi 15 octobre. « S’il n’y avait pas de culture de coton en Afrique, il n’y aurait pas non plus d’élevage… Cette culture de rente est le seul moyen d’accumuler du capital pour investir dans le développement agricole », a expliqué Erik Orsenna. « Cet écartèlement entre cultures est totalement artificiel ». « Il ne peut pas y avoir de développement de l’agriculture sans développement économique et création de valeur ajoutée. Cessons d’opposer ces deux notions », a renchéri le président de la Fédération nationale des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (Fop), Xavier Beulin.

Un revenu pour les agriculteurs
De tout temps, l’agriculture vivrière pour assurer l’autosubsistance et les cultures de marché ont coexisté. Pour Jean-Marc Moriceau, professeur d’histoire à l’université de Caen spécialiste des sociétés rurales, « c’est même l’économie de marché qui a lancé la révolution agricole responsable de la multiplication par dix des rendements de blé ». On le sait, la faim dans le monde n’est pas un problème biologique de production mais une question politique. « Il faut donc avant tout garantir un revenu aux agriculteurs qui ont besoin d’argent dans des sociétés qui sont monétarisées », a estimé Sylvie Brunel, géographe, professeur à la Sorbone. Selon elle, les agriculteurs du Sud ont besoin d’argent pour varier leur alimentation. « La malnutrition naît avant tout de la monotonie alimentaire ». « De toute façon en Afrique aujourd’hui, il n’y a aucun risque de conflit entre biocarburants et alimentation, les grands projets de culture de jatropha annoncés ne voient pas le jour sur le terrain », a témoigné Bernard Bachelier, le directeur de la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (Farm).

Les biocarburants : meilleure manière de transformer la biomasse en énergie
En France aussi la question fait débat. Pourtant, pour Michèle Pappalardo, commissaire générale au développement durable, « à court terme, c’est essentiellement sur la biomasse que reposera l’objectif français de porter à 23% la part d’énergies renouvelables ». « Je crois que notre pays agricole et forestier dans lequel beaucoup de biomasse n’est pas valorisée doit pouvoir relever le défi énergétique sans conflit avec la production alimentaire », a indiqué Bernard Bigot, administrateur général du commissariat à l’énergie atomique (CEA). « Par contre, faire de l’électricité à partir de biomasse est stupide. C’est aller à l’encontre de tous les principes de la physique », a prévenu Bernard Bigot. « Les biocarburants sont la meilleure manière de transformer la biomasse en énergie. Il faut encourager vivement la recherche dans ce sens ». « La nature a mis des siècles à transformer la biomasse en pétrole, il nous faut trouver un moyen d’accélérer ce phénomène », a-t-il résumé.

Un contingent européen de production de biocarburants
Pour minimiser les conflits entre productions alimentaires et énergétiques, Xavier Beulin a proposé que soit mis en place « un système de contingent de production à l’échelle européenne sur les biocarburants de première génération ». Dans un marché mondialisé une régulation sera nécessaire pour trouver un équilibre entre entre les deux types de cultures et protéger les 2,5 milliards de petits agriculteurs. « Actuellement, deux solutions s’offrent aux négociations de l’OMC : soit on se dirige vers une libéralisation totale, soit on protège l’agriculture pauvre pour la faire entrer en douceur dans l’économie de marché », a résumé Michel Griffon, directeur général adjoint de l’Agence nationale pour la recherche (ANR).

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