Surchauffe pétrolière aidant, les biocarburants et les biomatériaux ont la cote. A surface agricole constante, leur développement pourrait cependant réduire le nombre d’hectares consacrés sur la planète à la production alimentaire. Une perspective qui suscite quelques inquiétudes dans la communauté des experts engagés dans la lutte contre la faim dans le monde. Les débats du forum BioVision, organisé mi-avril à Lyon, s’en sont fait l’écho.
L’interrogation est née progressivement, au fil des sessions et des ateliers de BioVision consacrés aux problématiques agricoles : les cultures énergétiques vont-elles empiéter sur les hectares aujourd’hui consacrés à la production alimentaire ? Et cela pose-t-il un problème ? Visiblement, oui. Deux types de discours se sont en effet télescopés lors de ce grand rendez-vous international consacré aux « sciences de la vie ». Le premier fut celui des universitaires et des agronomes engagés dans la lutte contre la faim dans le monde. Pour ces spécialistes, il y a urgence à augmenter la production agricole mondiale afin de répondre au défi démographique : la terre pourrait compter 9 milliards d’habitants d’ici 20 ans, et les besoins alimentaires vont exploser. Selon Gurdev Khush (Université de Californie), il sera nécessaire de produire 45% de céréales supplémentaires d’ici 2025, et ce, « avec moins d’eau, moins de terres et moins de chimie ».
Le rôle du marché
L’autre discours fut tenu par les industriels des bioindustries (biocarburants, biomatériaux...) qui ne cachèrent leurs ambitions en terme de production non-alimentaire. « Le développement de l’éthanol aux Etats-Unis peut permettre de créer 147 000 emplois et réduire les émissions annuelles d’un millions de voitures », explique Jean-Jacques Bienaimé, directeur général de l’entreprise de biotechnologie Genencor International. L’occupation des terres agricoles s’en trouvera t-elle modifiée ? Et si oui, dans quelle proportion, et selon quel arbitrage ? Pour Chad Halliday, directeur général du groupe américain DuPont : « C’est le marché qui dictera le choix entre l’aliment et le biocombustible ». Aucun intervenant ne se risqua pourtant à un exercice prospectif. Mais il semble évident que la pression sur les terres agricoles ira croissante à travers le monde.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Pays en développement
Sur les aspects alimentaires, les professions de foi des partisans des plantes transgéniques furent légion. Frank Gannon, directeur de l’EMBO (European Molecular Biology Organisation), n’hésita pas à affirmer qu’ « il faut parfois accepter de prendre des risques potentiels quand on voit que la population mondiale risque d’exploser ». Quelques interventions, apportèrent néanmoins une tonalité différente. Wilberforce Kisamba-Mugerwa, ancien ministre de l’Agriculture de l’Ouganda, expliqua que résoudre les problèmes de la faim en Afrique passait avant tout par l’accès au marché, le développement des infrastructures (réseau routier...) ou la formation des agriculteurs. Abel Rwendeire, directeur de la division « Développement et coopération technique » de l’agence des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), fit également une mise au point sur les bioénergies. Selon lui, ce type d’énergie renouvelable ne doit pas se cantonner aux pays développés, bien au contraire. Et le haut fonctionnaire de l’Onu de citer les actions menées pour améliorer l’efficacité énergétique des fours de cuisson dans les villages, ou pour mettre en place des installations de production de biogaz à partir de déjections animales.