Le Parlement européen est appelé à voter le jeudi 19 janvier sur un volumineux dossier établi par l’eurodéputé italien Salvatore Caronna qui analyse le gaspillage alimentaire et veut fixer pour objectif de parvenir, d’ici à 2025, à une réduction de 50 % de l’alimentation perdue chaque année. Celui-ci propose de déclarer l’année 2013 « Année européenne de lutte contre le gaspillage alimentaire ». Il s’agit d’alerter l’opinion et d’inciter les dirigeants des Etats membres, le Conseil et la Commission européenne à agir de toute urgence.
Une action rapide est effectivement nécessaire, car les chiffres parlent d’eux-mêmes. Une récente étude de la Commission européenne a estimé que le gaspillage dans les 27 Etats membres s’élève à 80 millions de tonnes. Cela représente pas moins de 179 kilos par personne! Et ce chiffre devrait atteindre 140 millions de tonnes, soit une augmentation de 40% d’ici à 2020. Avant toute chose, les députés veulent mettre un terme au flou qui entoure la notion de gaspillage. Il s’agit en fait de tous les produits alimentaires qui sont écartés de la chaîne agroalimentaire pour des problèmes d’apparence qui rebutent le consommateur ou en raison de la proximité de la date de péremption, alors que tous ces aliments sont parfaitement propres à la consommation. Ils ne doivent pas être assimilés à des déchets qui, eux, peuvent légitimement être mis à la poubelle. Les députés veulent proposer des campagnes de sensibilisation, des cours d’éducation alimentaire, une amélioration des conditionnements et un nouveau mode d’indication des dates limite de consommation.
Mobiliser toute la chaîne de production agroalimentaire
Pour Salvatore Caronna, le phénomène du gaspillage touche tous les stades de la production alimentaire. La premier maillon est la production agricole elle-même qui génère parfois des surproductions qui finissent dans les décharges. Parfois les conditions de stockage se révèlent inadaptées, un handicap largement rencontré dans les pays en développement (cf encadré). Mais même dans les pays non émergents, les produits alimentaires n’échappent pas à la détérioration, à une mauvaise gestion des stocks ou encore à des stratégies marketing qui conduisent certaines gammes au rebut. Le rapport souligne que la définition du calibrage et de la forme des fruits et des légumes frais est source de gaspillage. Même si cela paraît logique, les députés invitent les acteurs de ce tri à prendre conscience de la valeur tout aussi nutritionnelle de produits présentant des formes ou des calibres imparfaits. Plus en aval, le rapport prône un effort d'amélioration en permanence du traitement, du conditionnement, et du transport des produits, que ce soit de la part des acteurs de la transformation, des détaillants ou encore des Etats membres. Les députés souhaitent en outre développer les investissements dans des méthodes visant à diminuer le gaspillage alimentaire au sein de l'industrie agroalimentaire, que ce soit dans les usines, les marchés de gros ou les chaînes de distribution. La diminution des pertes de denrées alimentaires engendrerait une réduction du prix de ces derniers. A cette fin, il est demandé à la Commission de définir des instruments et des actions visant à stimuler davantage la participation des acteurs de l'industrie agroalimentaire à la lutte contre le gaspillage. Le rapport souhaite également que les industriels soient incités à revoir le volume des emballages des denrées afin de s’adapter à la composition familiale des ménages.
Redéfinir les critères de ce qui est consommable
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
D'autre part, Salvatore Caronna s’est également intéressé au lien entre gaspillage alimentaire, emballage et étiquetage des aliments. Le député met ainsi en avant une enquête de la Commission européenne qui révèle que 18 % des citoyens européens ne comprennent pas correctement la mention « à consommer de préférence avant le » qui correspond à la qualité du produit et la mention « à consommer jusqu'au » qui correspond quant à elle à la sûreté du produit. Il engage donc à ce que les indications soient plus explicites et harmonisées pour une meilleure information du consommateur. Les députés invitent ainsi la Commission européenne à éditer un guide explicatif sur la conservation des denrées alimentaires et l'usage de ces produits proches de la date de péremption. Le rapport insiste également sur l'aspect préventif de la lutte contre le gaspillage auprès des consommateurs. Il demande dès lors à la Commission européenne de fixer des objectifs spécifiques dans ce domaine pour les Etats membres qu'ils devront atteindre d'ici 2014. En outre, les députés encouragent les Etats membres, à promouvoir la production durable à petite et moyenne échelle, liée à la consommation et aux marchés locaux et régionaux. Pour ce faire, ils demandent également à la Commission européenne, dans le cadre de la future politique agricole commune (PAC), de garantir des financements suffisants pour encourager le secteur primaire, ainsi que les filières courtes ou à kilomètre zéro. L’argument environnemental est bien perçu des consommateurs, aussi les députés veulent communiquer sur le fait qu’en Europe, près de 89 millions de tonnes de nourriture gaspillée produisent 170 millions de tonnes d'équivalent Co2. Les montagnes de nourriture jetées entraînent une production très importante de méthane, gaz à effet de serre 21 fois plus puissant que le dioxyde de carbone. Cette production est due à la fois aux rejets gazeux de la production des denrées alimentaires, mais également au conditionnement et au transport de celles qui seront jetées.
Quelques propositions concrètes
Les députés proposent une mesure de bon sens souvent évoquée mais jamais appliquée qui consiste tout simplement à redistribuer gratuitement ou à prix promotionnels des denrées alimentaires non conformes du point de vue de leur calibre et de leur forme, ainsi que celles proches de leur date de péremption. Une solution que les associations caritatives attendent depuis longtemps et qui fait sens au moment ou les 27 entendent tailler dans les budgets d’aide alimentaire aux plus démunis. Les députés se heurteront toutefois à l’interdiction faite par certains membres de la vente à perte de nourriture. Les eurodéputés regrettent cette situation et incitent ces Etats à changer leur législation. Ils invitent également la Commission européenne à réviser les règles de passation des marchés publics afin de privilégier les entreprises qui garantissent la redistribution gratuite des invendus et qui encouragent les actions concrètes en vue de la réduction du gaspillage alimentaire. Ils souhaitent également que les petits producteurs locaux puissent participer aux marchés publics, notamment ceux en rapport avec la promotion de la consommation de fruits et de produits laitiers dans les écoles. Enfin, charité bien ordonnée commençant par soi même, les députés en appellent à la prise de mesures urgentes afin de diminuer la quantité importante de denrées alimentaires jetées dans les cantines des différentes institutions européennes qui gèrent un lourd système de restauration.