En avril 2019, l’approbation européenne de l’époxiconazole touchera à sa fin. Celle-ci est programmée depuis 2013 selon le règlement n° 1107/2009 UE, car cette substance fongicide a des effets avérés et supposés en termes de cancérigénicité, mutagénicité ou reprotoxicité. Le 27 février, BASF affirme qu’une molécule de substitution a été développée. Sa demande d’approbation européenne est en cours d’examen.
La fin de l’époxiconazole est programmée à l’échelle européenne en avril 2019. Le sort de cette substance fongicide est scellé depuis qu’elle a été classée en mai 2013 comme « soumise à exclusion », c’est-à-dire « aux effets avérés et supposés en termes de cancérigénicité, mutagénicité ou reprotoxicité », selon le règlement UE n° 1107/2009. Elle fait aussi partie de la liste des substances « les plus préoccupantes » mentionnées dans la proposition de plan phytos du gouvernement. Le 26 février, l’Anses a confirmé à Agra Presse être en train d’étudier la possibilité de s’autosaisir pour réévaluer cette substance fongicide. Une autosaisine de l’Anses pourrait accélérer la fin de l’approbation UE de l’époxiconazole. « Si, au regard des nouvelles données, notre évaluation nous mène à considérer que les risques sont inacceptables, on retirera (les autorisations de mise sur le marché, ndlr) », a affirmé Roger Genet, directeur de l’Anses.
Derrière l’enjeu de santé publique, reste l’enjeu agronomique et économique. L’époxyconazole est principalement utilisé pour lutter contre la septoriose et la rouille des céréales. En avril 2019 ou quelques mois avant, la fin de l’époxyconazole à l’échelle européenne entraînera automatiquement la fin de l’autorisation des 31 produits homologués en France contenant cette substance.
Une molécule de substitution en 2020
Lorsque la fin de l’époxiconazole a été prononcée, en mai 2013 donc, BASF a « immédiatement investi en recherche et développement », affirme Jean-Marc Petat, directeur des affaires publiques de BASF France. Trois ans plus tard, la direction de BASF annonçait avoir soumis un dossier de demande d’approbation européenne d’une nouvelle substance fongicide : le Revysol. « Cette molécule viendra en substitution de l’époxiconazole. Elle est efficace et elle a un profil toxicologique favorable », affirme Jean-Marc Petat. Il ajoute que le groupe a diminué les tonnages d’époxiconazole de 75 % depuis 2014 et viser une mise sur le marché du nouveau fongicide en 2020. D’ici là, l’Union européenne doit approuver la molécule à l’échelle européenne, puis l’Anses examiner les demandes d’autorisation de mise sur le marché en France, des produits qui contiendront cette substance.
Une substitution « plutôt positive, mais coûteuse »
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« Malgré une taxe réduite et des procédures accélérées pour le biocontrôle, nous avons très peu de dossiers déposés par les firmes »
Ainsi, la recherche de molécule de substitution représente « un challenge pour l’innovation », selon les termes de Jean-Marc Petat. Dans le cas du remplacement de l’époxyconazole, le Revysol devrait être le prochain fongicide « blockbuster » de la classe des triazoles (1) chez BASF, communique le groupe en mars 2016. Le directeur des affaires publiques nuance : « C’est plutôt positif, mais ça coûte cher et ça aura duré sept ans ». Du développement à la mise sur le marché de la nouvelle substance active, BASF chiffre le coût financier à 250 M€. Jean-Marc Petat ajoute : « Nous consacrons deux milliards d’euros à la R&D dont 25 % pour nos activités agricoles. C’est bien si l’on compare avec les 10 % du chiffre d’affaires provenant des activités agricoles (pour un chiffre d’affaires total de 65 milliards d’euros, ndlr). »
Quid du biocontrôle ?
Par ailleurs, notons que l’alternative à l’époxyconazole sur céréales que développe BASF n’est pas une solution de biocontrôle. Le 26 février, le directeur de l’Anses s’exprimait sur le sujet du biocontrôle : « Toutes les alternatives aux produits les plus dangereux en classe de dangerosité sont bienvenues. Et notamment les alternatives de biocontrôle. Malgré une taxe réduite et des procédures accélérées pour le biocontrôle, nous avons très peu de dossiers déposés par les firmes. » Il tente de comprendre : « Soit les alternatives n’existent pas, soit les firmes estiment qu’il n’y a pas le marché, soit elles estiment que leurs solutions chimiques sont plus rentables pour eux. Je ne sais pas. » Jean-Marc Petat soutient que BASF a investi dans la recherche à une alternative en biocontrôle. « Nous avons des solutions de biocontrôle antimildiou pour la vigne par exemple. Mais nous n’avons pas encore trouvé de solution de biocontrôle efficace pour les maladies visées par l’époxyconazole sur céréales », soutient-il.
(1) Les triazoles font partie des « inhibiteurs de la démythélation ». Ce groupe de substances rassemble « plus de 30 % des molécules utilisées dans la lutte contre les maladies foliaires des céréales » (BASF)