Alors qu’une nouvelle réglementation doit se mettre en place en 2021, les déshydrateurs de luzerne ne comprennent pas pourquoi ils sont classés dans la catégorie des « gros émetteurs de CO2 », et sont de ce fait redevables d’une forte taxation au titre de ces émissions.
« La future réglementation des quotas de CO2 prévoit une forte augmentation de nos taxes sur les émissions, alors que nous ne faisons pas qu’émettre du carbone, nous en stockons aussi dans les sols », a déclaré Éric Guillemot, directeur de Luzerne de France, une des branches de la fédération des coopératives agricoles de France, lors d’une conférence de presse le 18 février. Cette qualification « est d’autant plus incompréhensible que le secteur, reconnu vertueux en 2008 pour ses efforts de remplacement des combustibles fossiles, a bénéficié de 8 M€ versés par la Caisse des Dépôts », en provenance des marchés du carbone, a-t-il souligné.
« On veut nous mettre dans la même catégorie que les fabricants d’aluminium »
Cette future réglementation de quotas de CO2 pour les industries à forte capacité d’émissions de gaz carbonique (cimenteries, fonderies, industries chimiques) doit entrer en vigueur en 2021. « On risque de punir les bons élèves. On veut nous mettre dans la même catégorie que les fabricants d’aluminium », s’est exclamé le directeur de Luzerne de France. Or, nombre d’usines de déshydratation de luzerne sont passées du charbon à la biomasse. Une usine de déshydratation, Déshy Ouest, a couvert ses toits de panneaux photovoltaïques pour produire de l’électricité afin de réduire sa consommation de combustibles fossiles.
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La filière demande à Bruxelles d’être reconnue comme secteur à risque de fuite de carbone, c’est-à-dire qu’il risque de délocaliser ses usines pour les installer dans des pays qui ne sont pas assujettis aux quotas de CO2. Cette qualification lui permettrait de bénéficier de quotas de CO2 gratuits. L’intégration de la déshydratation de luzerne à la catégorie des gros émetteurs de gaz carbonique pénaliserait, à partir de 2021, les producteurs de luzerne à hauteur de 200 € l’ha, « réduisant à néant les efforts que mènent les industriels pour gagner quelques centimes de plus chaque jour », selon Luzerne de France. « Si l’on plombe le secteur de la luzerne, on élimine tout une partie de la production de protéines, or la France et surtout l’UE sont déficitaires. En outre, le monde risque d’être en état de stress protéique, vu l’augmentation de la population mondiale », a martelé Éric Guillemot.
Parallèlement, la filière attend toujours avec impatience l’annonce par le ministre de l’Agriculture et par le chef de l’État d’un plan « protéines ». Une telle décision « ne relève pas de la technique, mais d’une volonté politique. Il serait normal de qualifier l’approvisionnement protéique comme étant stratégique », estime Eric Guillemot.
« Nous ne faisons pas qu’émettre du carbone, nous en stockons aussi dans les sols »