Les déshydrateurs de luzerne tentent de faire valoir auprès de la Commission européenne leur contribution au captage du CO2. Ils ont les mêmes contraintes que les cimentiers et les sidérurgistes, du fait de l'opération de déshydratation, mais la fonction de « puits de carbone » par la plante ne leur est pas reconnue, à tort, ont-ils indiqué lors du congrès de Coop de France, le 17 décembre.
La DG Climat de la Commission ne calcule que les émissions de CO2 à la sortie de la cheminée de l'usine de déshydratation de luzerne, mais ne prend pas en compte la fonction d'absorption de carbone, a regretté Coop de France Déshydratation, lors du congrès de Coop de France le 17 décembre. « Le système européen en préparation dénommé ETS (Emission trade scheme = Système d'échange d'émissions de CO2 et autres gaz à effet de serre) refuse pour l'instant de considérer le couple plante-usine pour élaborer notre bilan carbone », s'est exclamé Jean-Pol Verzeaux, président de Coop de France Déshydratation. Cela « uniquement par manque d'intérêt pour notre “petit” secteur, vu de Bruxelles et par souci de “simplification”. C'est scandaleux, c'est méprisant, c'est lamentable », a-t-il souligné.
Les usines doivent acheter des crédits de CO2
Le principe du système qui est mis en place depuis 2013 jusqu'en 2020 consiste à octroyer des quotas d'émissions dégressifs aux activités fortement émettrices de CO2. Cela signifie qu'en 2013, ont été allouées à chaque usine de déshydratation 80% de son émission de CO2 (émission évaluée après calculs), puis le quota alloué est diminué de 10 points par an : 70% en 2014, 60% pour 2015, 50% pour 2016, etc. En outre, les autorités diminuent de 40% le quota des usines de déshydratation parce qu'elles recourent à l'énergie la plus émettrice de CO2, le charbon, et non au gaz. Résultat : les usines doivent acheter des crédits de CO2. « Pour l'instant, le prix du crédit de CO2 n'est pas cher : 7 euros la tonne », a précisé Éric Guillemot, directeur de Coop de France Déshydratation. Mais la pérennité du dispositif n'est pas assurée à long terme. Les professionnels bataillent depuis un an pour faire valoir la globalité de leur bilan carbone : la luzerne capte du CO2 et sa culture est particulièrement peu émettrice, puisqu'elle n'exige pas d'engrais azotés, captant l'azote atmosphérique en tant que légumineuse. « Les achats de crédits carbone grèvent la compétitivité de toute la filière. Au bout du compte, même si le producteur est convaincu du bienfait de la luzerne, il préfère semer du blé », a commenté Éric Guillemot.
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Pour un soutien à l'innovation
Coop de France Déshydratation a soulevé un autre point, dont l'échéance est aussi à moyen terme, celui du souhait de voir aboutir un contrat de filière entre la profession et les pouvoirs publics pour un soutien à l'innovation. Il ne s'agit pas de demander des subventions, mais de « de conduire nous-mêmes et de manière proactive notre changement », a justifié Jean-Pol Verzeaux. La panoplie des formules possibles est large : plus de chercheurs à l'Inra travaillant sur les rations de luzerne déshydratée dans les rations des vaches laitières, participation à des programmes comme l'usine du futur, le Fonds chaleur (fonds de soutien à l'investissement dans la valorisation de la chaleur issue de la biomasse pour l'industrie), les mesures du second pilier de la Pac. Ce contrat de filière sera proposé par la filière aux pouvoirs publics en 2015.
À court terme, c'est-à-dire pour les coupes de luzerne de 2015, Coop de France Déshydratation s'est lancée dans un plan de reconquête des rendements de luzerne avec un objectif affiché d'une tonne supplémentaire de matière sèche à l'hectare. Le rendement moyen est de 12,5 à 13,5 tonnes de matière sèche à l'hectare. La méthode pour augmenter d'une tonne à l'hectare consiste à déceler le quart des producteurs qui a un rendement de l'ordre de 11 tonnes, et à comparer leurs méthodes de culture avec ceux qui sont au-dessus de la moyenne. Les pratiques seront ajustées dans le sens de rendements plus élevés : dates de semis, meilleur désherbage anti-graminées, apports de potasse au bon moment.