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Paris climat 2015 Les données manquent pour mesurer l'effort climatique en Afrique

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Les Etats africains vont participer à l'effort climatique mondial, quand ce n'est pas déjà le cas. Mais un pré-requis manque cruellement : des statistiques. Ces chiffres sont indispensables pour évaluer les actions de grande échelle.

« Aucun pays d'Afrique ne dispose d'un système de statistiques adapté. C'est un véritable défi, un pré-requis pour atteindre des objectifs internationaux. On n'est pas prêts », a déclaré Joseph Tedou, directeur général de l'institut national de la statistique du Cameroun, lors de la conférence internationale « Coopérer pour répondre au défi climatique », à Paris, le 24 mars. Pour que l'effort climatique soit efficace, il faut pouvoir le quantifier, rappellent les États africains représentés. Un géographe présent dans la salle de conférence est intervenu : « Si on ne peut pas placer ces chiffres sur une carte, on ne peut pas faire d'aides à la décision pour les politiques ». Joseph Tedou insiste : « Les statisticiens doivent apprendre à travailler avec les géographes, les agronomes… ». Localiser et quantifier les efforts est un vrai défi pour de nombreux pays africains à quelques mois de la conférence Paris Climat 2015. Alain Sy Traore, directeur agriculture de la CEDEAO (pays de l'Afrique de l'Ouest), a commenté : « On a élaboré un système d'information régional agricole. On y travaille, mais cela demande beaucoup de financements ».

Des données pour justifier

Au-delà de l'aide à la décision de politique climatique à grande échelle, les données permettent de justifier de l'effort climatique. Le ministère des Affaires étrangères français rappelle que « ces règles de mesure, de rapportage et de vérification (MRV) constitueront le cœur de l'accord de 2015 ». L'idée serait de contraindre les 196 pays présents aux négociations à fournir des indicateurs de « la bonne mise en œuvre des engagements prévus dans les contributions ». Cela sous-entend d'imaginer ces indicateurs et de prélever les données sur le terrain. Autrement dit : mettre en œuvre un dispositif statistique adapté à la lutte contre le changement climatique. Le statisticien camerounais est volontaire, mais inquiet : « Imaginez, chaque pays va devoir prélever et fournir des données pour justifier de l'effort climatique ».

Le défi est de taille. En Afrique, le « big data » gagne du terrain et il concerne en premier lieu le conseil aux agriculteurs en fournissant et en récoltant des données pour la production agricole (1). Mais les données sur les émissions de gaz à effet de serre, sur les apports d'engrais, sur la population agricole, etc. sont moins nombreuses, parfois incomplètes et, en cas d'accord à Paris, probablement exigées par la communauté internationale. Sauf que les Etats n'en sont pas encore là. Au Salon de l'agriculture parisien de mars dernier, le ministre de l'Agriculture ivoirien Sangawofa Coulibali expliquait qu'un recensement agricole était prévu dans son pays en 2015. Il est très attendu pour faire un état des lieux de l'agriculture (nombre d'exploitations, surfaces, etc). Au Cameroun, Joseph Tedou fait état d'un système de statistiques : « Mais il est incomplet ».

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(1) voir, dans Agra Presse du 9 mars 2015, l'article « L'agriculture à l'heure de la Big data »

Les Etats africains se préoccupent du changement climatique depuis des années

Alain Sy Traoré, directeur agriculture de la CEDEAO (union économique des pays de l'Afrique de l'Ouest) a relativisé sur la situation, car au-delà des chiffres, les actions sont déjà en cours sur le continent : « On n'a pas attendu le phénomène, excusez-moi du terme, de “mode du changement climatique” pour travailler sur le problème ». Et pour cause, l'érosion des sols et la progression des poches de sécheresse sont une priorité bien plus ancienne que la mise à jour des données statistiques. Le directeur Hamata Ag Hantafaye, directeur de l'agence malienne pour le développement des biocarburants, résume ainsi : « Nous sommes envahis par le Sahara ».

Les programmes de lutte contre le changement climatique sont nombreux. Depuis 2005, les pouvoirs publics ont mis en place un programme de diversification énergétique.