Le développement des cultures de maïs destinées à la production d’éthanol pourrait accroître la pollution du Mississippi et de ses affluents par les nitrates, compromettant la lutte contre l’eutrophisation dans le golfe du Mexique où se jettent ces rivières. Une étude prospective publiée par les Annales de l’Académie nationale américaine des sciences (PNAS) l’affirme.
Plus de maïs, plus de nitrates et plus de pollution des eaux. Tel est le scénario décrit par Simon Donner (Université de Columbia) et Christopher Kucharik (Université de Wisconsin) dans une étude consacrée à l’impact des cultures de maïs sur la qualité des eaux du bassin du Mississippi, dans l’hypothèse où les Etats-Unis tripleront leur production d’éthanol d’ici 2022 (560 millions d’hectolitres) comme le propose le Sénat américain.
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Publiée le 10 mars sur le site internet de la revue scientifique américaine PNAS (Annales de l’Académie nationale américaine des sciences), l’étude prend pour champ d’investigation les 3,2 millions de km 2 que représentent les bassins hydrographiques du Mississippi et de son affluent Atchafalaya, où se concentrent plus de 80 % des surfaces de maïs et de soja américain. Aux termes de leurs modélisations, les deux scientifiques estiment que le flux annuel moyen de pollution azotée déversée dans le Mississippi et son affluent Atchafalaya pourrait augmenter de 10 à 34 %. Or, ces engrais azotés qui ruissellent dans les rivières avant de se jeter dans le golfe du Mexique favorisent le développement d’algues dont la décomposition absorbe l’oxygène dissous dans l’eau, créant une « zone morte », selon l’expression de Simon Donner. Ce phénomène d’eutrophisation couvre d’ores et déjà 20 000 km 2 chaque année dans le golfe du Mexique. Il s’amplifiera avec le développement de la culture du maïs-éthanol, sauf à procéder à d’importantes transformations dans la gestion des terres agricoles et de la production alimentaire, note l’étude. A défaut, « les organismes des fonds marins qui ne peuvent pas bouger vont probablement mourir, tandis que les poissons vont s’enfuir », explique Simon Donner. Cette situation affecte aussi la pêche, mais cette activité « n’a pas la même valeur économique que la production de maïs » pour les Etats-Unis, regrette-t-il.