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Bilan de santé de la Pac Les élevages herbagers grands gagnants de la redistribution des soutiens

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Une toute récente analyse de l’Inra confirme que le bilan de santé de la Pac va faire baisser les aides des exploitations céréalières ou des élevages intensifs. Tandis que les fermes qui ont opté pour un système herbager verront leurs aides revalorisées.

Près d’1,5 milliard d’euros : suite aux décisions annoncées par le ministre de l’Agriculture le 23 février, voilà l’enjeu que représente la redistribution des aides dans le cadre du bilan de santé de la Pac. Dans un rapport diffusé le 20 mars, deux économistes de l’Inra, Vincent Chatellier et Hervé Guyomard, analysent les effets de cette « redistribution conséquente » sur les revenus des différents types d’exploitations. Dans leur « scénario central », ils se placent dans l’hypothèse où le reliquat des aides à découpler (prime au troupeau de vaches allaitantes et aides Scop) est redistribué selon les références historiques. Bilan : le redéploiement privilégie les éleveurs d’herbivores « qui ont recours à l’herbe de façon suffisamment importante » au détriment des céréaliers. Ce qui se traduit par un transfert géographique des aides du nord au sud d’une ligne Bordeaux-Metz.

La survie des fermes des zones intermédiaires en question

En moyenne, les céréaliers voient leurs soutiens directs se réduire de 5 900 euros, soit 16 % des sommes reçues en 2007. Ce qui équivaut à une baisse de 17 % de leur revenu quinquennal (2003 à 2007). Plus dépendantes des aides, les exploitations du Midi-Pyrénées ou de Bourgogne sont davantage touchées que celles d’Île-de-France ou de Picardie. Pour les scientifiques, « la question de la capacité de certaines exploitations de grandes cultures localisées en zones intermédiaires à faire économiquement face à cette baisse rapide et importante du montant des aides directes » se pose. Grands bénéficiaires de la redistribution, les élevages d’ovins ou de caprins enregistrent une hausse de leurs aides directes de 7 800 euros par exploitation, soit 29 % de plus qu’en 2007. Leurs revenus augmentent de 43 % par rapport à la moyenne quinquennale. Toutefois, cela ne leur permet pas de combler l’écart avec les fermes céréalières. Il faut dire que leur résultat courant avant impôt n’a pas dépassé 18 400 euros en moyenne sur cinq ans, tandis que celui des exploitations de grandes cultures atteignait 34 000 euros.

L’allocation des soldes : un enjeu considérable

La redistribution touche de façon plus nuancée les autres types de fermes. Les exploitations laitières connaissent une augmentation moyenne de 2 % de leurs revenus, très inégale. L’avantage est clairement donné aux élevages herbagers de bovins laitiers. Ceux-ci voient leurs aides moyennes directes progresser de 5 700 euros, tandis que les élevages plus intensifs perdent des soutiens. Même chose pour les élevages de bovins viande spécialisés : si leurs aides augmentent globalement de 5 %, les exploitations diversifiées associant des grandes cultures enregistrent une baisse de leurs revenus de 12 à 20 % selon les régions.

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« Pour alimenter la réflexion », les chercheurs s’intéressent également à d’autres scénarios. Parmi ceux-ci : un prélèvement total des aides à découpler suivi d’une redistribution partielle selon 13 nouveaux critères, le reste étant gelé. Un scénario « fictif » qui « met essentiellement en lumière l’enjeu considérable que représente l’allocation de ces deux soldes », expliquent-ils.

Au groupe de travail d’arbitrer

Autre possibilité étudiée : un redéploiement de façon à revaloriser les 50 premiers hectares de grandes cultures et les 25 premières UGB bovines. Ce qui aboutit à détériorer « légèrement » la situation moyenne des producteurs de grandes cultures tout en améliorant « légèrement » celle des éleveurs de vaches laitières d’ovins et de caprins. Le résultat serait « finalement peu différent » de celui du scénario central, concluent les économistes.

Pour l’instant, la balle est dans le camp du groupe de travail en charge de réfléchir à l’utilisation du solde des aides découplées. Il devrait rendre son arbitrage avant le départ du ministre de l’Agriculture.