Dans une lettre ouverte, Marie-Thérèse Bonneau a souhaité interpeller les coopératives afin qu’elles redéfinissent un cap avec leurs associés-coopérateurs que sont les éleveurs. Une lettre qui a été parfois interprétée différemment.
« Redonner du sens », « redonner un cap », « mobiliser les éleveurs sur un objectif », Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la Fédération des producteurs de lait (FNPL), a évoqué, à plusieurs reprises le 15 novembre, la nécessité pour les éleveurs de retrouver un projet commun avec leur coopérative. C’est le message qu’elle a souhaité faire passer dans sa lettre ouverte du 10 novembre destinée à la presse et aux responsables de coopératives. « Il s’agit de ne pas attendre l’assemblée générale de la coopérative pour dire : “voilà ce que l’on a fait”, mais d’organiser des réunions en amont pour savoir sur quel projet, les associés coopérateurs que sont les éleveurs veulent s’investir, continue-t-elle. Il s’agit de ne pas partager que les résultats mais aussi les enjeux ! ». Elle souhaite que les coopératives prennent la parole car pour l’heure, « les signaux positifs du marché ne sont pas pour les éleveurs ! ». Une situation mal vécue sur le terrain. « Les éleveurs ont l’impression d’être seuls dans la tourmente. Ils sont perdus. Ils ont besoin de retrouver un projet. Les turbulences sont tellement fortes qu’il s’agit de redéfinir un cap », souligne-t-elle. À l’image d’autres secteurs économiques, Marie-Thérèse Bonneau appelle de ses vœux une forme de management participatif entre les éleveurs et la coopération. « Je crois à la coopération », relève-t-elle, expliquant que « l’exigence est en lien avec l’attachement que l’on y porte ».
Une lettre à l’interprétation délicate
Il semblerait pourtant que sa lettre ouverte n’ait pas toujours été interprétée dans ce sens. Effectivement, dans cette lettre, Marie-Thérèse Bonneau interpellait « Sodiaal, leader coopératif », qui « ne peut pas se taire face à la détresse de ses sociétaires en crise depuis deux ans. Quand la conjoncture s’améliore, les coopératives laitières ont le devoir d’être les premières à répondre à ces signaux positifs pour les sociétaires. » Un message qui pourait laisser penser à une demande de hausse des prix, connaissant l’action syndicale face à Lactalis l’été dernier et la récente action contre Agrial (9 novembre). « Le syndicat FNPL est dans son rôle quand il s’agit d’obtenir ce qui doit revenir de droit aux éleveurs laitiers quelle que soit la forme juridique des transformateurs. Sans cela, le syndicalisme laitier en oublierait son rôle », souligne également Marie-Thérèse Bonneau. Elle s’interrogeait également sur le pourquoi des actions syndicales contre les coopératives : « Pourquoi faut-il contraindre par l’action syndicale, comme cela se passe actuellement sur le terrain, des coopératives à lâcher quelques euros sur le prix du lait alors qu’elles sont, justement, au service de ces mêmes producteurs ? ». Elle évoquait également l’initiative de la brique de lait « C’est qui le patron ? », « une brique de lait qui n’est pas coopérative » et qui « cartonne en magasin », regrettant que ce type de démarche n’ait pas été initié par la coopération. « Il ne s’agit pas de s’extraire du marché mais de faire mieux dans le marché », précisait-elle également affirmant que « le développement économique et la conquête des consommateurs du nouveau monde ne sont pas antinomiques avec une réponse innovante des besoins du marché intérieur ».
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« À qui s’adressait cette lettre ? », s’est interrogé Dominique Chargé
« Je n’ai pas su voir dans cette lettre si les injonctions allaient aux responsables de coopérative ou aux associés-coopérateurs… », a déclaré Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), le 17 novembre, au sujet de la lettre ouverte de Marie-Thérèse Bonneau, vice-président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). « Nous demandons que les associés coopérateurs viennent en masse à nos réunions. C’est dans ces réunions que se décident les stratégies pour l’avenir et pas ailleurs ! », soulignait Dominique Chargé. Il a aussi reconnu le côté toujours « perfectible » de la coopération et a « noté la position du syndicalisme » qui est « dans son rôle d’aiguillon » au travers de cette lettre. Il a rappelé également que les coopératives ont fait des ristournes exceptionnelles à leurs adhérents au détriment d’investissements, ainsi que des avances de trésorerie, des allongements de dettes fournisseurs, etc. « Sodiaal est certainement la coopérative qui s’est engagée le plus auprès de ses associés-coopérateurs », a-t-il tenu à affirmer.