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Répercussion des matières premières Les éleveurs attendent une amélioration des indicateurs de l’accord du 3 mai

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La table ronde sur les relations entre producteurs, transformateurs et distributeurs se tenait le 21 novembre dernier au ministère de l’Agriculture. Au premier rang des problèmes à résoudre, celui des filières de productions animales. Frappées de plein fouet par la hausse des charges de production, elles doivent impérativement trouver un moyen de répercuter, au moins en partie, les coûts supplémentaires. De quoi ont besoin ces filières ?

 

«Il faut une révision urgente des indicateurs de l’accord du 3 mai », a déclaré François Thabuis, président des Jeunes agriculteurs (JA), à la sortie de la table ronde du 21 novembre qui se tenait à Paris. Les indicateurs auxquels François Thabuis fait allusion sont les indicateurs qui permettent de « prendre en compte des variations excessives des prix de l’alimentation animale dans les négociations commerciales ». Et, d’une manière générale, les indicateurs sont déjà remis en cause par bon nombre de professionnels. En particulier, en charcuterie, les professionnels de la Fict (Fédération française des industriels charcutiers traiteurs) expliquent que des indicateurs fondés sur le coût des matières premières n’étaient pas pertinents pour leur filière. « Les charcutiers s’approvisionnent en pièces de découpe », explique-t-on à la Fict. Ce sont des indicateurs d’évolution du prix du marché de pièces de découpe qui seraient plus appropriés. Et d’une manière plus générale, le bilan dressé par les professionnels de l’élevage sur l’accord du 3 mai, c’est qu’une révision des indicateurs est urgente car chaque filière animale a ses spécificités.
Sur la question de la répercussion de la hausse du prix des matières premières, le maillon de la distribution est toujours au centre de l’attention des filières et notamment de la profession agricole. « Nous sommes prêts à nous engager dans la contractualisation, mais il faut que la distribution s’engage », a soutenu Jean-Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine (FNP) le 21 novembre. Un avis partagé avec les professionnels du Snia (Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale). « Pourquoi un éleveur contractualiserait sur son aliment, s’il n’a pas de visibilité sur le prix de ses animaux ? », s’interrogent les experts. Si la contractualisation est un des dossiers qu’il faudra faire avancer très vite, le Snia modère tout de même sa portée. « La contractualisation est une piste, mais il ne faut pas faire dire à la contractualisation ce qu’elle ne peut pas dire », a soutenu Stéphane Radet, directeur du Snia lors du Forum Agrofourniture organisé par l’Afja (Association française des journalistes agricoles), le 22 novembre à Paris. Car la contractualisation reste un bon outil pour se mettre à l’abri de la volatilité du prix des matières premières, mais il ne prend pas forcément en compte la réalité des marchés.

Des besoins financiers

« Créer de la valeur le long des filières ». Voilà un des objectifs que rappelait Xavier Beulin, président de la FNSEA, à la sortie de la table ronde, du 21 novembre. Et cela doit passer par des investissements dans les filières animales. D’autant que mobiliser des fonds supplémentaires pour la modernisation des bâtiments permettrait d’accroître les performances des élevages, tant économiques que techniques. Lors de la journée européenne de sensibilisation au bon usage des antibiotiques, organisée le 18 novembre dernier à Paris, la profession vétérinaire avait admis qu’une optimisation des bâtiments pourrait jouer sur la santé des troupeaux. Indirectement, les éleveurs auraient la possibilité de diminuer l’utilisation d’antibiotiques. Mais la seule modernisation des bâtiments n’est pas suffisante. Du côté du ministère de l’Agriculture, il y a une volonté de travailler à l’échelle des exploitations, et entre autres, sur l’autonomie fourragère. Et pour les professionnels de la nutrition animale, traiter la question plus générale de l’alimentation animale et de l’approvisionnement en protéines végétales est incontournable. Des moyens financiers doivent être dégagés pour la recherche et l’innovation, par exemple sur le pois protéagineux. Plus largement, c’est un plan protéines dont a besoin le maillon production des filières d’élevage, expliquent les experts de la nutrition. Cette démarche vise à diminuer la dépendance de la ferme France aux importations de tourteaux de soja. Enfin, les professionnels de l’élevage s’accordent sur l’urgence à simplifier et à alléger bon nombre de démarches administratives concernant les contrôles, les réglementations environnementales, les agrandissements. Du côté des pouvoirs publics, il n’est pas possible d’occulter le domaine de l’environnement pour le développement agricole à moyen/long terme des exploitations françaises. Car la démarche environnementale du développement agricole peut être économiquement viable selon le ministère.