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Lait de chèvre Les éleveurs caprins pris dans un étau

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Le prix du lait de chèvre a encore diminué en 2011, alors que les charges des éleveurs augmentaient. Conséquence, plus d’un tiers des éleveurs ont gagné moins de 10 000 euros, selon une étude de l’Institut de l’élevage. Les estimations pour 2012 sont tout aussi pessimistes, comme le contexte de début 2013.

Plus d’un tiers des éleveurs caprins spécialisés ont dégagé moins de 10 000 euros de revenu en 2011. « La crise de la filière caprine est toujours présente en 2011, assortie de l’augmentation du coût des matières premières », analyse l’Institut de l’élevage dans la publication Résultats 2011 des exploitations caprines laitières et fromagères, réalisée à partir des résultats de 186 exploitations et publiée début juin. « Conséquence sans appel, le revenu moyen des élevages laitiers spécialisés dégringole au-dessous de celui de 2008. Celui des exploitations de caprins et culture de rente se maintient voire progresse. Les fromagers fermiers résistent mieux que les laitiers », conclut la publication.
Pour les systèmes laitiers spécialisés, le prix du lait a baissé de 3%, soit 20 euros les mille litres en 2011, alors que les charges opérationnelles ont augmenté de plus de 8%, soit 21 euros les mille litres. Au final, la marge brute par chèvre s’établit à 300 euros, en chute de près de 10% par rapport à 2010, alors que la marge pour mille litres diminue de 39 euros, ce qui représente une perte moyenne de 8 700 euros par atelier. Depuis 2007, le cheptel a augmenté de 17% et la surface agricole utile de 10%.
Pour les fromagers fermiers, « les marges se maintiennent ou s’améliorent grâce à l’augmentation du produit et malgré la hausse des charges ». Même si peu de producteurs ont augmenté leur prix de vente, la productivité par chèvre a progressé. Les grosses exploitations fromagères ne font pas partie de cette exception : « Leur revenu chute avec une forte augmentation de leurs charges de structure et une revalorisation insuffisante. Leurs circuits de commercialisation, en partie via les grandes et moyennes surfaces, acceptent sans doute plus difficilement des hausses de prix que d’autres circuits », commentent les analystes.

Des situations variées

Ces données moyennes masquent une variabilité importante. En élevage laitier spécialisé, si un peu plus de la moitié des éleveurs dégagent entre 10 et 30 000 euros par unité de main d’œuvre familiale en 2011, un éleveur sur trois a un revenu inférieur à 10 000 euros. 14% des laitiers spécialisés parviennent toutefois à dégager plus de 30 000 euros de leur exploitation, contre 30% en 2010.
Avec le prix élevé des céréales, les exploitations mixtes caprins et cultures de rente sont 43% à avoir un revenu de plus de 40 000 euros. Le gros des troupes (70%) des fromagers fermiers ont un revenu compris entre 10 et 30 000 euros.
L’analyse souligne qu’il est possible de dégager un revenu dans chaque système, mais que la taille de l’exploitation ne garantit pas un revenu élevé.

Les estimations pessimistes pour 2012 et 2013

Pour 2012, les estimations tablent sur « des revenus toujours au plus bas » : le prix moyen payé au producteur était de 588 euros les mille litres. « Cette nouvelle baisse du prix s’ajoute aux 20 euros perdus en 2011 et aux 12 euros perdus en 2010 », chiffre l’Institut de l’élevage. Pendant ce temps, les charges opérationnelles auraient augmenté de 5 à 7%. Les éleveurs spécialisés verraient leur revenu chuter encore et les moins autonomes ne gagneraient plus rien. Les fromagers devraient être moins touchés, à condition qu’ils aient pu maintenir, voire augmenter, le prix de vente des fromages.
La suite ne s’annonce pour l’instant pas meilleure : « Avec des fourrages qui ne donnent pas de lait, des aliments toujours très cher, 2013 ne démarre pas bien », anticipent les auteurs de l’étude, qui espèrent que « les hausses de prix du lait puissent annoncer le bout du tunnel... ».

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