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FILIÈRE BOVINE/PRIX Les éleveurs de bovins arrachent des hausses de prix

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Après le blocage pendant plusieurs jours d'abattoirs français, les éleveurs de bovins viande ont obtenu des augmentations de prix de la part de l'aval et un doublement de l'enveloppe du ministère de l'Agriculture allouée à l'allègement des cotisations sociales MSA. L'interprofession Interbev est sommée de travailler sur l'encadrement des promotions, un « indicateur steak haché » et la révision des cotations.

Après quatre jours de mobilisation dans toute la France et jusqu'à 18 abattoirs bloqués soit plus de la moitié des capacités d'abattage françaises, la Fédération nationale bovine (FNB) a annoncé, dans la soirée du 17 juin, la suspension du blocage, entamé dimanche 14 juin. « C'est une suspension avec mise sous surveillance des opérateurs de la filière, grande distribution et industriels, pour vérifier le respect des engagements », a commenté le président de la FNB, Jean-Pierre Fleury à l'issue d'une réunion au ministère de l'Agriculture, réunissant une quarantaine de membres de la filière viande bovine. Comme dans la filière porcine une semaine plus tôt, les producteurs ont obtenu de l'aval une augmentation des prix. À l'issue de près de trois heures de discussions, Jean-Pierre Fleury a annoncé que les transformateurs, suivis par les distributeurs, s'étaient engagés à revaloriser les prix payés aux producteurs de 5 centimes le kilo de carcasse, dès le lendemain, et à réitérer ces hausses chaque semaine jusqu'à ce que les cours atteignent les coûts de production (+60 centimes au total estime la FNSEA, soit 3 mois de hausse). Le groupe Bigard ne s'inscrira dans la démarche qu'à partir du lundi 22 juin. Jean-Pierre Fleury s'est dit « plutôt satisfait, mais vigilant ». Le président de l'interprofession bétail et viande (Interbev), Domi-nique Langlois, a cependant précisé que les transformateurs étaient libres d'appliquer les niveaux de hausse qu'ils souhaitaient. Une nouvelle réunion a été programmée mi-juillet pour évaluer le suivi des engagements. Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a annoncé le doublement de l'enveloppe de crédits pour la prise en charge des cotisations sociales MSA, la portant ainsi à 7 millions d'euros. Elle doit ouvrir le droit à l'effacement de cotisations pour les éleveurs de bovins à viande en difficulté.

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Stéphane Le Foll a également annoncé la création, d'ici l'été, d'une « plateforme export », un partenariat public-privé à but commercial, pour soutenir l'export de viande française (elle sera ouverte au porc et à la volaille) sous marque com-mune. « Un lieu en dehors de l'interprofession, à vocation uniquement commerciale », a expliqué Jean-Pierre Fleury, une « machine de guerre où se retrouveront les exportateurs » et qui doit profiter aux PME/PMI. Après l'interprofession porcine, Interbev va donc travailler à encadrer, à son tour, les promotions – le ministre attend des propositions pour septembre – et à mettre en place un indicateur des cours du steak haché, le produit par lequel les prix de la viande bovine subissent les plus fortes baisses. « Aujourd'hui c'est le steak haché qui sert à faire le prix », explique encore le président de la FNB, pour qui cet indicateur doit permettre de « stopper la guerre sur le haché, pour libérer le marché du piécé ». La définition de cet indicateur reste encore floue : prix de base, pourcentage de viande d'origine allaitante/laitier…Une première réunion sur la question devait être organisée dès le 18 juin, annonçait le président de la FNB. Des travaux vont également être engagés « pour reprendre le socle qualitatif des viandes et retravailler, sur le fond, la segmentation des viandes, afin de définir un cœur de gamme, qui soit le troupeau allaitant », a annoncé Jean-Pierre Fleury. De plus, tout un travail sur les cotations a été engagé. Un premier retour a été rendu lors de la réunion et montre bien des difficultés dans la remontée des cotations par les abattoirs auprès de FranceAgriMer. Un immense chantier est à venir !

CRISE DE L'ÉLEVAGE : CARREFOUR, SUPER U ET LIDL SE POSITIONNENT

Après Les Mousquetaires et E. Leclerc, Lidl, Carrefour et Super U prennent la parole au travers de communiqués respectifs en date du 19 et du 23 juin au sujet de leur implication auprès des filières bovine et porcine. Carrefour « s'engage à répercuter à l'achat de façon hebdomadaire les évolutions des marchés sur toute la viande fraîche bovine et porcine. » Elle « rappelle que contrairement à d'autres enseignes, elle ne peut pas agir directement sur ces cours, n'ayant pas d'activité intégrée d'abattage et de découpe ». De son côté, Super U affirme clairement ses engagements et une hausse de prix de 0,05€ de la viande bovine pour atteindre 0,5€/kg. En porc, l'enseigne demande également à ses fournisseurs d'acheter 1,40€/kilo, sachant que le cours au marché du porc breton est de 1,346€/kg. Lidl France quant à lui a proposé de reverser les hausses de prix de la viande bovine prévues (+0,05€/kg sur 12 semaines) en une seule fois. L'enseigne de hard discount a reproché aux industriels de n'avoir jusqu'à présent rien fait pour répercuter aux éleveurs les revalorisations tarifaires décidées. « Aujourd'hui, l'enseigne fait face à une situation complètement inattendue car les industriels de la viande n'ont toujours pas fait d'offre tarifaire en ce sens », a déclaré Michel Biero, gérant des achats chez Lidl France à l'AFP. « Nous avons appelé les industriels hier, puis aujourd'hui, en gros ils nous disent que la décision est floue, qu'ils ne la comprennent pas, et ne nous ont à ce jour fait aucune proposition tarifaire de revalorisation », a-t-il ajouté.