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Filière porcine Les éleveurs de porcs en quête de nouvelles perspectives sur fond de crise

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La filière porcine française connaît des jours difficiles. Les cours n'augmentent pas et les éleveurs ne parviennent pas à effacer les dettes accumulées au long de quatre années de crise consecutives. Les professionnels recherchent d'urgence des perspectives pour cette filière qu'une prochaine mise aux normes devrait encore chahuter.

La baisse du cours du porc de 3,5 centimes €, intervenue jeudi 22 juillet au Marché du Porc Breton de Plérin (Côtes d'Armor), reste en travers de la gorge des producteurs. Dès le lendemain, « les abatteurs accordaient des baisses de prix aux salaisonniers et à la grande distribution alors que le prix négocié sur les autres places européennes augmentait », s'insurge Fortuné Le Calvé, président du comité régional porcin de Bretagne, structure professionnelle et syndicale.
Jeudi 29 juillet, la cotation du MPB s'est déroulée dans une tension palpable et le prix ne progressait que de 0,7 centime €. Autant dire qu'il a été reconduit, à 1,202 € du kilo en prix de base. Cette situation de marché inquiète vivement des producteurs qui s'attendaient, cet été, à une remontée des cours. Or, que leur dit-on ? « Que le prix de l'aliment va augmenter parce que les cours des matières premières repart à la hausse : la situation n'est plus tenable pour les éleveurs », s'insurge Fortuné le Calvé.

Restructurations figées

La filière porcine bretonne, qui produit près de 60 % des cochons français, a longtemps été louée pour l'esprit d'entreprise de ses 7 000 éleveurs, pour moitié naisseurs-engraisseurs ou simples engraisseurs. Mais cette dynamique se trouve aujourd'hui surtout en Allemagne « qui abat 100 000 porcs par semaine de plus qu'il y a un an », relève Michel Bloc'h, président de l'UGPVB, l'Union des groupements. Les nouvelles règles instituées à la fin des années 1990 pour réduire l'impact de la production sur l'environnement, ont progressivement figé les restructurations.
La croissance de la production porcine a fini par s'arrêter. Puis, les crises se sont succédé. Prix inférieur au coût de production en 2007 ; explosion des charges l'année suivante ; une année 2009 tout juste à l'équilibre et un exercice 2010 qui ne satisfait personne. Or, l'endettement des éleveurs bretons frôle des sommets. « Il atteint 80 % (chiffres 2009) mais un éleveur sur cinq est endetté à plus de 100 % », explique Laurent Marc, directeur des études au CER-France des Côtes d'Armor, centre de gestion de référence pour la filière. Le taux d'endettement se compare ici à la valeur des actifs.

Mise au norme en 2013

La plupart du temps, ajoute Laurent Marc, « les éleveurs les plus endettés cumulent des critères techniques en retrait (2 716 kilos de viande produits par truie et par an contre 2 822 kilos pour les meilleurs) et des difficultés financières : leurs annuités d'emprunt ramenées au kilo de carcasse atteignent 1,21 €, contre 45 centimes pour les meilleurs ». Leur revenu est proche de zéro, alors que les éleveurs d'exploitation « saine » se rémunèrent 30 000 € par an. Leur pérennité est donc clairement en jeu, alors que se profile la mise aux normes « bien-être » pour les truies gestantes, le 1er janvier 2013.
« La filière a besoin d'un projet d'avenir négocié avec les pouvoirs publics pour que nous puissions construire les bâtiments d'élevage de demain », explique Michel Bloc'h. L'amendement le Fur à la loi de modernisation de l'agriculture et de la pêche « va dans le bon sens », poursuit Michel Bloc'h. Mais l'opposition des associations environnementales reste vive. « Quel modèle de production voulons-nous ? », s'interroge Michel Rieu, responsable du pôle économique de l'IFIP. Il faut donner des perspectives aux éleveurs de porcs. Mais ce débat n'a même pas droit de cité. » Les professionnels ne réclament pas le droit de construire de grands élevages de plusieurs centaines de truies. « Les élevages de 180-200 truies doivent pouvoir s'agrandir à 300-400 truies, avec des solutions de traitement (des excédents d'azote) », propose Michel Bloc'h.

Transmissions d'élevage accélérées

Pour Laurent Marc, la restructuration va de toute façon avoir lieu. « A chaque échéance de mise aux normes, les transmissions d'élevages s'accélèrent. Et dans les dix prochaines années, pas mal d'élevages changeront de mains au moment du départ en retraite du chef d'exploitation. Mais en attendant, il faut passer le cap de la crise ».
« L'urgence, reprend Fortuné le Calvé, c'est que l'Etat impose aux salaisonniers, qui absorbent les trois quarts des tonnages de la viande de porc, de généraliser le logo VPF qui n'apparaît que sur 30 % des produits de charcuterie ». Autre urgence : les distorsions de concurrence fiscales, sociales et environnementales en faveur de la filière porcine allemande. D'ici à septembre, le syndicat patronal de la viande de porc, le SNIV-SNCP, l'UGPVB et d'autres partenaires organiseront différentes actions de communication sur le sujet.

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