Depuis le 23 février et l’annonce des arbitrages français du bilan de santé de la PAC, l’horizon de l’élevage ovin s’est grandement dégagé. La FNO, qui tenait son assemblée générale le 16 avril à Paris, souhaite saisir l’opportunité qui lui est donnée pour relancer la compétitivité de toute la filière ovine. L’association spécialisée a donc lancé un « plan de reconquête ovine » qui doit permettre aux éleveurs d’améliorer leur productivité pour regagner de la valeur ajouté sur leur production. La structuration de toute la filière devrait assurer un prix rémunérateur. L’agenda est serré. Après 2013, les éleveurs n’ont aucune certitude sur le niveau des aides qui leur seront octroyées. Reconnaissante envers Michel Barnier, l’assemblée a ovationné le ministre de l’Agriculture.
Après avoir obtenu une revalorisation de la prime à la brebis au niveau qu’elle avait demandé dans le cadre du bilan de santé de la PAC (27€/brebis allaitante et 21€/brebis laitière), la Fédération nationale ovine (FNO) n’entend pas se reposer sur ses lauriers. L’association spécialisée de la FNSEA a lancé le 16 avril, lors de son assemblée générale à Paris, un plan de reconquête ovine. Les éleveurs veulent ainsi faire fructifier leur victoire en regagnant de la compétitivité dans leur exploitation pour résister aux importations. « Nous avons fait la moitié du chemin, il ne faut pas rester au milieu du gué », a lancé le président de la FNO, Serge Préveraud devant une assemblée revigorée par le rééquilibrage des aides. Les éleveurs espèrent que cette mesure donnera un élan nécessaire à la relance de la production.
135 millions d’aides spécifiques
Michel Barnier a été accueilli sous les applaudissements des éleveurs reconnaissants. « L’histoire reconnaîtra votre geste politique envers l’agriculture française en général et l’élevage ovin en particulier », l’a remercié Serge Préveraud. Le ministre de l’Agriculture a débloqué le 23 février une enveloppe spécifique de 135 millions d’euros pour la production ovine. Certains éleveurs pourront aussi bénéficier du soutien renforcé pour l’élevage à l’herbe de presque un milliard d’euros réparti entre le premier pilier (700 millions) et la PHAE (Prime herbagère agro-environnementale pour 240 millions), de la revalorisation de l’ICHN (Indemnité compensatoire de handicap naturel), et de la mise en place d’un système de couverture des risques climatiques et sanitaires. William Villeneuve, président du syndicat Jeunes agriculteurs, regrette néanmoins que « ces aides ne soient pas liées à des obligations de production. Car c’est la production qui maintiendra des éleveurs et pas les aides ». Serge Préveraud a quand même admis que son organisation réfléchissait à un minimum de productivité par brebis pour l’obtention des aides.
Une enveloppe pour investir
« Ces décisions ne vont pas suffire à sauver l’élevage allaitant et je ne voudrais pas que dans cinq ans nous nous retrouvions dans la même situation », a en effet prévenu Michel Barnier. Il a appelé les éleveurs à s’organiser pour maintenir leurs prix de vente et à s’améliorer techniquement. Prix de vente et technique sont justement les deux axes du plan de reconquête ovine que lance la FNO.L’objectif est d’enrayer la baisse du nombre de brebis et de relancer les installations de jeunes éleveurs. Entre 2000 et 2007, le cheptel de brebis allaitantes – destinées à la production d’agneaux – a chuté de 18%. La production française de viande ovine a encore diminué de 5,4% en 2008. Le nombre d’abattages est passé pour la première fois en dessous de la barre symbolique des 6 millions de têtes (5,85). « Mise à mal depuis de nombreuses années, la filière ovine a perdu sa capacité à investir d’une part au niveau de ses exploitations, entraînant une baisse des résultats technico-économiques et d’autre part au niveau de son aval », constate la FNO dans son rapport annuel. Car si une certaine euphorie règne chez les éleveurs, ils sont tous conscients que l’argent obtenu ne doit pas seulement servir à conforter les trésoreries mais également à investir pour regagner de la compétitivité. La revalorisation des soutiens de la Pac n’améliorera nullement la valeur ajoutée de la production « Bien sûr, il nous faudra être bon sur la défense des prix et l’organisation de l’offre, mais le plus important sera la maîtrise technique de nos élevages et surtout des charges », André Delpech, éleveur dans le Lot et membre du bureau de la FNO.
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Un programme de rénovation du conseil aux éleveurs
« Les éleveurs sont en grande difficulté, mais aujourd’hui avec la redistribution des aides, ils se retrouvent en face de leurs responsabilités et doivent se mobiliser », a résumé Jacques Lucbert, responsable du département « Techniques d’Élevage et Qualité » à l’Institut de l’élevage en charge du dossier de la reconquête ovine. L’Institut de l’élevage a déjà entamé depuis trois mois cette action, planifiée sur trois ans avec un soutien de 300 000 euros de l’État français au titre du programme de développement agricole et rural 2008. La recherche (INRA) et la formation (enseignement supérieur agronomique, lycées agricoles, organisme de formation continue) participent également au programme. Le cheval de bataille de cette reconquête ovine sera la modernisation du conseil auprès des éleveurs. Pour cela, des outils d’aides à la décision (simulateurs informatiques) sont en cours de développement. Le but est de mesurer précisément les charges de structure des exploitations pour la maîtrise de la rentabilité. La mise au point d’outils de prospective devrait permettre d’évaluer l’intérêt de faire évoluer des systèmes (augmentation de troupeau, de surface, changement de stratégie d’alimentation…). La formation des techniciens ovins devrait elle aussi se voir rénovée avec la création d’une licence professionnelle lors de la rentrée 2010. Un diplôme dont le contenu des enseignements est en cours de discussion et qui devrait mieux répondre aux besoins spécifiques des éleveurs d’ovins.
Structurer la filière avant 2013
« Un chantier tout aussi difficile que celui que nous venons de gagner nous attend, c’est celui des prix, car on sait pas ce qui nous attend après 2013 » a prévenu Dominique Barrau. Le secrétaire général de la FNSEA croit beaucoup dans l’observatoire des prix et des marges pour aider les éleveurs dans ce combat. « Le regroupement de l’offre et la contractualisation sont le meilleur moyen d’assurer une juste répartition de la valeur ajoutée dans la filière » a ajouté William Villeneuve. Ce sont là certaines des pistes de réflexion qu’explore la FNO qui souhaite aussi relancer la consommation par la recherche de nouveaux débouchés et voir apparaître un étiquetage du pays d’origine pour jouer sur la corde de la préférence nationale. Les professionnels ont cinq ans pour faire aboutir tous ces projets. Au-delà, l’avenir de la Pac étant incertain, la filière devra s’être solidement préparée. À moins que la menace d’un accord à l’OMC ne vienne encore précipiter les choses.