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Les éleveurs veulent accélérer la lutte contre l’influenza aviaire

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À la veille d’un probable renforcement de la lutte contre l’influenza aviaire, les professionnels pressent l’État d’accélérer son action sur le terrain. Le variant très contagieux de l’influenza s’est rapidement propagé à la faveur des mauvaises conditions climatiques.

La brusque accélération de l’épizootie d’influenza aviaire a-t-elle pris de court les pouvoirs publics ? Avec quarante nouveaux cas en quelques jours, « la situation n’est pas maîtrisée, malgré la mobilisation de tous », alerte Marie-Pierre Pé, la directrice du Cifog (interprofession du foie gras). Le ministère de l’Agriculture devait recevoir un avis de l’Anses sur la stratégie de lutte contre l’influenza aviaire le 6 ou le 7 janvier, a-t-elle indiqué à Agra Presse le 5 janvier. Une information confirmée par le cabinet du ministre de l’Agriculture et l’agence sanitaire.

Dans la foulée, en fonction de la teneur de ce rapport, la Rue de Varenne pourrait annoncer une évolution de sa stratégie. Le ministre Julien Denormandie était attendu dans les Landes vendredi 8 janvier, selon le quotidien Sud-Ouest. D’ores et déjà, les professionnels pressent les pouvoirs publics d’accélérer la lutte. « Nous avons besoin que l’État soit plus rapide, plus efficace et plus cohérent », résume Jean-Michel Schaeffer, président de la CFA (aviculteurs, FNSEA).

Les professionnels veulent plus de moyens humains

La politique actuelle consiste en des abattages préventifs « pour les espèces sensibles sur un rayon de 1 km », et pour « tous les palmipèdes et autres espèces de volailles non confinées dans un rayon de 3 km » autour des foyers, rappelait le ministère dans un communiqué du 3 janvier. Mais sur le terrain, « les pouvoirs publics sont totalement dépassés », regrette Serge Mora, président du Modef des Landes. Cet éleveur déplore « un manque de moyens humains et des lenteurs administratives ».

Une demande également portée par l’interprofession, qui réclame « un renforcement des moyens humains des services de l’État » dans un communiqué du 6 janvier. « Les services vétérinaires locaux n’en peuvent plus. Il faut un renfort humain », précise Marie-Pierre Pé. En particulier, estime Jean-Michel Schaeffer, pour « accélérer les mesures de dépeuplement ». De son côté, la FDSEA des Landes plaide pour un dépeuplement total du département.

Au-delà des Landes (53 foyers au 3 janvier selon la plateforme ESA), l’influenza aviaire gagne de nouveaux territoires. Après une suspicion dans les Hautes-Pyrénées le 22 décembre, l’épizootie aurait atteint le département du Gers. « Le dépeuplement est en cours aujourd’hui » dans un élevage de 12 000 canards prêts à gaver à Sainte-Christie-d’Armagnac, indiquait Marie-Pierre Pé le 6 janvier.

Un variant « très contagieux »

Lors d’une conférence de presse le 5 janvier, le Modef et la Confédération paysanne ont réitéré leurs critiques sur la stratégie de lutte du gouvernement. « ll faut redonner l’initiative au terrain », estime Serge Mora, qui plaide pour des abattages ciblés sur les animaux malades et réalisés sur place dans les élevages, sans transport d’animaux vivants. « Des foyers auraient dû être dépeuplés sans attendre le résultat des analyses », ajoute le responsable du Modef. Des critiques qui émergent aussi du côté des majoritaires. « Lors d’une réunion avant Noël, j’ai soulevé le fait qu’il fallait aller vite, et j’ai proposé de mettre des moyens de la filière à la disposition de l’État, raconte Jean-Michel Schaeffer. On m’a répondu que ce n’était pas nécessaire. »

De nombreuses inconnues subsistent encore sur les voies de contamination par le virus. L’hypothèse privilégiée est celle d’une transmission par voie aérienne, facilitée par le vent et la pluie tombée en abondance dans les Landes. « Le variant du virus est très contagieux, précise Jean-Michel Schaeffer. Les oiseaux migrateurs sont particulièrement dangereux cette année. » Marie-Pierre Pé, elle, avance, que « la clé d’entrée, ce sont les animaux restés dehors dans les petites exploitations qui n’ont pas la capacité de les mettre à l’abri ».

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« Le moral dans les chaussettes »

Une analyse contestée par les minoritaires. « Dans mon exploitation, nous avions quatre bandes en élevage dehors, et nos seuls animaux touchés sont des canetons de trois semaines qui n’étaient jamais sortis, raconte Serge Mora. En trois semaines, nous avons eu 312 morts sur 660 mis en place Je n’avais jamais vu ça en 43 ans de carrière. »

Après l’épisode d’influenza de 2017, de nombreux éleveurs ont construit des bâtiments pour répondre aux règles de biosécurité. « On n’est pas dans la situation de 2017, car on peut mettre les animaux à l’abri, explique Marie-Pierre Pé. Aujourd’hui, on a de véritables bunkers, mais les animaux sont quand même contaminés », souffle-t-elle. Au contraire, le président du Modef compare ces « bâtiments de 5, 10 ou 20 000 canards » à des « cocottes-minute », où la concentration des animaux « excrète une charge virale phénoménale ». Si leur rôle n’est pas établi sur le plan sanitaire, ces lourds investissements constituent un facteur aggravant au niveau économique (1). Au-delà de la gestion de crise, la filière ne pourra pas s’exonérer d’un nouveau débat de fond sur la biosécurité. Comme le constate Jean-Michel Schaeffer, « avec ce troisième épisode d’influenza dans le Sud-Ouest en cinq ans, tout le monde a le moral dans les chaussettes ».

(1) Voir même numéro

Pour le Cifog, « la situation n’est pas maîtrisée »

L’influenza aviaire aurait atteint le Gers

« On a des bunkers, mais les animaux sont quand même contaminés »

La Chine suspend les importations de volailles françaises

La Chine a annoncé le 6 janvier la suspension de ses importations de volailles françaises en raison de l’épizootie de grippe aviaire qui sévit dans l’Hexagone. Dans un communiqué commun, les Douanes et le ministère de l’Agriculture chinois précisent que cette mesure vise à « défendre la sécurité des élevages du pays et prévenir une diffusion de l’épidémie ». Le communiqué mentionne la volaille et les produits à base de volaille, comme le foie gras. Cette annonce officialise la suspension des importations chinoises intervenue depuis l’apparition du virus en novembre sur le sol français. L’Empire du milieu n’est pas un gros importateur de volaille française, elle achète pour l’essentiel du poulet et du foie gras. Cette annonce survient au lendemain d’un entretien téléphonique entre le ministre de l’Économie Bruno Le Maire et le vice-Premier ministre chinois Hu Chunhua. Selon un communiqué de Bercy du 5 janvier, les deux ministres « sont convenus d’accélérer la coopération dans le domaine agricole, notamment sur la question clé du zonage, sur laquelle un accord devrait pouvoir être trouvé dans les prochaines semaines ». Paris souhaite faire reconnaître par Pékin cette notion de zonage, consistant à limiter une interdiction d’exportation à une zone touchée et non à l’ensemble du pays.