Lors de l'assemblée générale de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), les 16 et 17 mars derniers à Saint-Didier-sur-Beaujeu, le syndicat a voulu passer un message dynamique aux producteurs. Un message qui pourrait se résumer ainsi : « Éleveurs, soyez acteurs du marché en créant de la valeur ajoutée avec votre lait ! »
« Vous, [éleveurs laitiers, ndlr], êtes insatisfaits de la relation avec votre client », s'est exclamé André Bonnard, secrétaire général de la Fédération des producteurs de lait (FNPL), lors de l'assemblée générale le 16 mars au sujet des retours du terrain des départements. Il parle également des « chefs d'entreprise » que sont devenus les exploitants aujourd'hui. Les termes changent. « Il faut s'adapter à ce vocabulaire », précise André Bonnard. Un nouveau vocabulaire, signe d'une révolution dans les mentalités des éleveurs ? Lors de cette assemblée générale, les producteurs semblent bien vouloir reprendre leur destin en mains et ne plus subir les décisions des industriels. « Nous sommes en capacité aujourd'hui d'écrire une nouvelle histoire. Nous étions dans un pays à flux poussé. Nous nous sommes toujours considérés comme des producteurs et pas des producteurs commerçants. La question aujourd'hui, c'est : est-on capable de mieux appréhender le marché ? », s'interroge Xavier Beulin, président de la FNSEA, le même jour lors de son discours envers les producteurs. « Jamais nous n'arriverons à une convergence européenne sociale, fiscale, environnementale. Notre différentiel, c'est notre capacité d'innovation », continue-t-il. S'il cite l'agriculture connectée, pour la FNPL, l'innovation et la reprise en main du marché par les producteurs passeront plutôt par une meilleure segmentation du lait afin de faire « des fermes productrices d'or blanc », comme l'explique André Bonnard.
LA SEGMENTATION DOIT COMMENCER À PARTIR DU LAIT QUI SORT DU TANK
Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL, tient le même discours : « La segmentation doit commencer à partir du lait qui sort du tank. Cette valeur ajoutée doit commencer ici. C'est nous qui devons construire cette valeur ». Pour mieux valoriser sa position, la FNPL a fait intervenir dans une vidéo, le 17 mars, Denis Verdier, président de l'Institut coopératif du vin. « Nous avions une viticulture à forme industrielle. Face à la concurrence internationale, la consommation chutait. Il nous fallait aller vers une consommation plaisir. Nous avons réussi à modifier le cours des choses en se positionnant sur des AOC », explique-t-il au sujet des vins du Sud de la France (Gard). Il parle « d'un produit avec une vraie valeur ajoutée, bien différente de celle d'hier », mais reconnaît que pour en arriver là, « il y a eu de la casse… », comme l'interprétera un éleveur laitier dans la salle. De son côté, André Bonnard n'est pas aveugle. Il rappelle qu'il existe déjà « une segmentation avec le lait bio, le lait de montagne, les AOC ». Pour autant, ne peut-on pas en imaginer d'autres : sans antibiotiques, vaches en plein air, bien-être animal… ? À travers sont étude sur la charte des bonnes pratiques d'élevage, Noëlle Paolo, responsable études et stratégies à la direction communication du Cniel, montre que cette charte est peu mise en avant par les éleveurs auprès des consommateurs. « Ils [les éleveurs, ndlr] font tout cela, mais ne nous le disent pas ! », résume-t-elle quant aux réactions surprises des consommateurs qui découvrent les contraintes de production liées à la charte.
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CRÉER DES CAHIERS DE VALEUR AU LIEU DES CAHIERS DES CHARGES
Si la charte des bonnes pratiques d'élevage est devenue obligatoire pour tout le territoire national, d'autres chartes ne sont-elles pas à inventer ? « Il faut transformer les cahiers des charges en cahier de valeurs », affirme André Bonnard. « Et ces cahiers de valeurs, c'est nous qui devons les créer ! », continue-t-il. Car pour l'heure, ce sont les industriels qui ont su créer cette valeur ajoutée en segmentant le marché tout en utilisant l'image des éleveurs pour mieux vendre. Il cite, photo à l'appui, le camembert Président, fabriqué et commercialisé en Australie « selon les méthodes normandes traditionnelles », le brie « inspiré de la fameuse région de Meaux », ou encore le camembert Savencia de marque Île-de-France, fabriqué en France et vendu aux États-Unis : « C'est de la spoliation. Savencia exporte beaucoup. Pourtant, notre lait est valorisé au prix du marché mondial… ». Lors d'une table ronde le 17 mars concernant la « chaîne alimentaire, chaîne de valeurs et prix du lait », Daniel Coulonval, ancien président de la Fédération wallonne de l'Agriculture, présente la position de Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine : « Les intermédiaires [que sont les industriels, ndlr] ne doivent être que des prestataires de services ! Nous avons des producteurs et des consommateurs ! » Une vision extrême de reprise en main complète du marché que Damien Lacombe, président de Sodiaal ne partage pas : « Les coopératives seraient en grand danger si nous n'étions que des prestataires ! ».