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Les éleveurs veulent sortir le loup du statut européen « espèce protégée »

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La FNO (Fédération nationale ovine), la FNSEA, les Jeunes agriculteurs et la Confédération paysanne ont parlé d'une même voix pour sortir le loup du statut « d'espèce protégée » dans la convention de Berne et la Directive Habitats.

RARES sont les questions qui rassemblent les syndicats agricoles en France. Le loup en est une. « Il y a urgence à modifier le statut de l'espèce dans la convention de Berne et la Directive Habitats pour sortir de l'impasse d'une cohabitation impossible entre loups et pastoralisme », selon un communiqué commun de la FNO (Fédération nationale ovine), de la FNSEA, des Jeunes agriculteurs et de la Confédération paysanne, le 6 mars. Cette prise de position commune est le résultat d'une réunion du Groupe national loup (GNL) qui se tenait à Lyon la veille. « Un seul Etat européen ne peut pas faire bouger la réglementation », a ajouté Olivier Bel, éleveur de la Confédération paysanne en Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Les éleveurs français s'en remettent aux pouvoirs publics et demandent une réunion de crise avec Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, et Philippe Martin, ministre de l'Environnement. L'objectif : faire modifier les textes européens et internationaux. « Nous remonterons même jusqu'au Président de la République qui a une position stratégique pour faire évoluer la réglementation européenne », assure l'éleveur.

Rassemblement européen

Reste que la France, seule, ne parviendra pas à ses fins. Rassembler les éleveurs européens est une étape incontournable pour peser à Bruxelles. La Suisse essaie déjà de sortir de la Convention de Berne, selon Olivier Bel, mais pour les Suisses, c'est différent puisqu'ils ne sont pas membres de l'Union européenne. Quant à l'Espagne et l'Italie, les réunions du Copa (comité des organisations professionnelles agricoles) ont déjà été l'occasion d'aborder la question. « Avant, on ne travaillait pas ensemble. Depuis un an et demi, ça commence… on a les mêmes problèmes », soutient Amélie Villette, chargée de mission à la FNO. En première ligne : les recours « systématiques » des associations environnementales contre les prélèvements de loups autorisés. « En plus d'être la plupart du temps impossibles à réaliser, ces prélèvements sont sans cesse attaqués juridiquement », dénoncent les éleveurs. Dans les faits, les tirs efficaces sont peu nombreux : « Seuls sept loups ont pu être prélevés sur les 71 autorisations pourtant délivrées en 2013 », rappellent les syndicats agricoles.

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Eternelle impasse nationale

Entre 200 et 300 loups sont répertoriés en France en 2013. Jean-Claude Bévillard, vice-président et pilote du réseau agriculture à FNE (France Nature environnement) confie : « On devrait arriver à gérer ». Mais ce ne semble pas être le cas. En témoignent les difficultés du GNL à trouver des compromis sur la gestion de l'espèce lupine. À sa création en 1998, le Groupe national loup comptait dans ses rangs des représentants de la profession agricole, les pouvoirs publics et plusieurs associations environnementales. En 2005, trois d'entre elles prenaient encore la parole en réunion: Ferrus (association nationale de protection et de conservation de l'ours du loup et du lynx en France), WWF (Fonds mondial pour la nature) et FNE. Mais l'impasse des pourparlers a eu des conséquences : il ne reste plus que FNE du côté des associations environnementales. « Le GNL est dans l'impasse. Les autres associations ne participent plus », témoigne Olivier Bel. Avec ou sans GNL, les protecteurs du loup ne resteront sans doute pas de marbre face à la remise en question de son statut d'espèce protégée.