Les professionnels de l’agroalimentaire vont jouer un rôle primordial dans les prochaines semaines avec l’ouverture des Etats généraux de l’alimentation. Pour les agriculteurs, les distributeurs, les consommateurs et les pouvoirs publics réunis autour de la même table, les enjeux liés à la valeur et à sa répartition, mais aussi à une alimentation saine et durable, auront toute leur place dans les débats. Dans cette attente, les organisations professionnelles affutent déjà leurs arguments. Si l’Ania insiste sur le préalable de la création de valeur dans l'alimentaire, la moralisation de la relation commerciale est une priorité pour la Feef. Le Synabio veut aussi faire entendre sa voix et valoriser son modèle alternatif.
Les professionnels de l’agroalimentaire vont jouer un rôle primordial dans les prochaines semaines avec l’ouverture des Etats généraux de l’alimentation. Pour les agriculteurs, les distributeurs, les consommateurs et les pouvoirs publics réunis autour de la même table, les enjeux liés à la valeur et à sa répartition, mais aussi à une alimentation saine et durable, auront toute leur place dans les débats. Dans cette attente, les organisations professionnelles affutent déjà leurs arguments. Si l’Ania insiste sur le préalable de la création de valeur dans l'alimentaire, la moralisation de la relation commerciale est une priorité pour la Feef. Le Synabio veut aussi faire entendre sa voix et valoriser son modèle alternatif.
Alors que les participants s’attendaient, comme annoncé initialement, à un départ très rapide des Etats généraux de l’alimentation autour du 10 juillet, le coup d’envoi se fera plutôt aux alentours du 20 juillet, a expliqué le ministère de l’Agriculture. Pour cause d’agenda chargé, le discours d’Emmanuel Macron censé lancer les réunions ne pourra pas se faire avant cette date.
Pas d’inquiétude toutefois sur la fin de cette grand’messe de l’alimentation qui devrait se terminer à la veille du lancement des négociations commerciales entre fournisseurs et acheteurs de la grande distribution en octobre.
Si la question était absente du discours présidentiel devant le Congrès le 4 juillet, le Premier ministre a abordé la question des Etats généraux, signe d’une prise en compte au plus haut niveau de ce premier grand rendez-vous de la mandature avec les professionnels. « Les Etats généraux de l’alimentation reverront le partage de la valeur dans le modèle agricole : il n’est pas admissible que des agriculteurs ne puissent pas se verser un revenu décent et vivent sous le seuil de pauvreté » a déclaré le premier Ministre Edouard Philippe devant les députés.
La création et la répartition de la valeur sont précisément l’intitulé du premier chantier voulu dans le cadre de ces Etats généraux, et débutera immédiatement après le discours présidentiel. Un deuxième temps fort est prévu en septembre et en octobre et qui portera sur l’alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous. Le Premier ministre souhaite, à ce sujet, que ces Etats généraux permettent de « penser et construire nos modèles futurs, notamment en examinant sans faux-semblants la question des pesticides ou des perturbateurs endocriniens. »
Alors que les ateliers n’ont pas encore débuté, chaque partie prenante avance ses pions. Stéphane Travert, le nouveau ministre de l’Agriculture, qui pilote les Etats généraux, a ainsi reçu fin juin et début juillet, les représentants du monde agricole, de l'agroalimentaire et de la distribution, ainsi que plusieurs industriels et distributeurs.
Créer de la valeur, avant de la répartir
« Ce qui est vital pour nous, c’est de stopper la guerre des prix et d’enrayer la destruction de valeur » explique Jean-Philippe Girard, le président de l’Ania dix jours avant le coup d’envoi des Etat généraux de l’alimentation. « Car avant de parler de répartition, il faudrait surtout pouvoir créer de la valeur, or c’est ce qui manque aujourd’hui à nos entreprises » poursuit-il. Dans le cadre des prochains rendez-vous fixé par le gouvernament, Jean-Philippe Girard doit d'ailleurs rencontrer Christiane Lambert, présidente de la FNSEA.
Pour Jean-Philippe Girard, retrouver de la valeur à l'alimentation passera par le retour de la confiance entre tous les acteurs de la filière, agriculteurs, transformateurs et distributeurs. Sur le recours à une nouvelle loi sur les relations commerciales, l’Ania estime qu’il faudrait là aussi d’abord plus contrôler et surtout appliquer ce qui a été décidé. « Ce qui était une bonne idée en 2008 a causé finalement beaucoup de dégâts neuf ans après » explique-t-il. Mais on n’échappera pas une évolution de la loi et à une simplification nécessaire, selon lui.
Après sa rencontre avec Stéphane Travert le 4 juin, le président de l’Ania a estimé que le ministre s’était montré « très à l’écoute des métiers de l’agroalimentaire », qu’il était sensible à l’idée de la complémentarité entre les différents maillons de la filière et que l’Europe était un sujet particulièrement important à ses yeux. Le principe consistant à d’abord se mettre d’accord sur un diagnostic commun est important selon le président, et témoigne d’une volonté d’avancer par étapes.
Sur la question de l’alimentation saine et durable, l’Ania va insister sur l’éducation à l’alimentation, adaptée à chaque âge de la vie et à chaque profil de consommateur. Fidèle à sa position consistant à mieux informer le consommateur en matière de nutrition, mais sans imposer de repère nutritionnel en particulier, l’Ania mettra en avant les expériences menées visant à l’information ciblée au détriment de l’approche généraliste.
Concrètement, l’Ania va participer à l’ensemble des 14 ateliers proposés dans le cadre des Etat généraux. L’association a relevé trois ateliers particulièrement importants en fonction de ses centres d’intérêt, portant les intitulés suivants : rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs, adapter la production agricole aux besoins des différents marchés et aux besoins de transformateurs, améliorer les relations commerciales et contractuelles entre les producteurs, les transformateurs et les industriels. Se posant comme force de proposition, l’association prépare actuellement une proposition pour chaque atelier. Et s’est mise sur les rangs pour en présider un ou deux.
Moraliser la relation entre PME et distributeurs
« On parle beaucoup de moralisation de la vie politique, mais cette moralisation, il faut qu’elle s’applique aussi à la relation commerciale » souligne quant à lui Dominique Amirault, le président de le Feef (Fédération des entreprises et entrepreneurs de France), estimant qu’il faut arriver à cet objectif par « le dialogue collaboratif » et la concertation. A ce titre, les Etats généraux, et la méthode retenue pour parvenir à un accord, sont vus plutôt d’un bon œil par la Fédération. « Nous avons beaucoup d’espoir dans ces Etats généraux, mais toujours une crainte qu’ils se transforme en une grand’messe de plus » s’inquiète toutefois Dominique Amirault.
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Au cours de ce rendez-vous de tous les maillons de la chaîne de valeur, la Feef va rappeler son attachement à la différenciation entre grandes entreprises et PME. Ces dernières doivent être traitées de façon différenciée à l’occasion des négociations commerciales qui succèderont aux Etats généraux. Quant à l’approche par branche, la Feef l’estime « totalement dépassée » selon Dominique Amirault, qui lui préfère la prise en compte par filière. « La destruction de valeur est inacceptable pour les PME de l’agroalimentaire et pour les agriculteurs » poursuit-il. Les agriculteurs, qui sont victimes de la volatilité des cours des matières premières, doivent pouvoir bénéficier d’aides des pouvoirs publics pour préserver leurs revenus.
Fidèle à sa ligne de conduite, la Feef va aussi rappeler son opposition au fait de passer par la loi pour améliorer les relations commerciales. « La loi est souvent une excuse pour ne pas vraiment agir » justifie Dominique Amirault. Toutefois, la Feef demandera que la législation s’applique, que les contrôles de la DGCCRF soient renforcés, que les sanctions tombent plus rapidement sur les contrevenants, et « « pas 5 ans après avoir constaté un problème. »
Développer la contractualisation
Jean Verdier, le président du Synabio, le syndicat national des entreprises bio, entend faire de ces Etats généraux un temps fort pour faire avancer la cause de l’agriculture et de le transformation biologiques. Fort d’un ensemble d’entreprises pesant désormais 3 milliards d’euros (la consommation de produits biologiques a atteint 7 milliards d’euros en France en 2016), le Synabio va plaider pour la contractualisation pluriannuelle et la co-construction des filières. « Il faut donner plus de visibilité aux différents partenaires que sont les agriculteurs, les transformateurs et les distributeurs à l’image de ce qui se fait dans le secteur biologique » explique Jean Verdier. Cette capacité à se projeter sur plusieurs années est essentielle pour les acteurs économiques, et constitue un exemple à suivre.
Au cours des Etats généraux, le Synabio va aussi rappeler son attachement à l’éducation alimentaire. « Nous souhaitons que la restauration collective s’approvisionne à hauteur de 30 % en produits biologiques afin de sensibiliser les plus jeunes à l’alimentation saine et donner des perspectives aux producteurs » assure Jean Verdier. RSE, fiscalité verte, exigence pour un bio de qualité, relocalisation de la production près des bassins de consommation… feront partie des points mis en avant par le Synabio lors des Etats généraux de l’alimentation.
Stéphane Travert et Nicolas Hulot officiellement sur la même ligne
« Nous sommes heureux de travailler ensemble et nous poursuivons le même objectif: que demain nos modèles agricoles quels qu'ils soient puissent trouver des débouchés commerciaux, que les agriculteurs puissent vivre dignement de leur métier et que nous puissions les aider à travers la recherche, l'innovation, à regagner de la compétitivité et à porter des modèles les plus vertueux possibles » a déclaré Stéphane Travert, à l’occasion d’une visite au siège de l’Inra le 10 juillet, en compagne de Nicolas Hulot. Les ministres, respectivement à l'Agriculture et à la Transition écologique, ont voulu faire bonne figure après une passe d'armes fin juin sur l'utilisation des néonicotinoïdes, se refusant à opposer agriculture et environnement. Selon le ministre de l’environnement, il faut « redonner de la sécurité économique aux agriculteurs et répondre aux demandes des consommateurs d'avoir une offre alimentaire différente. »
Michel-Edouard Leclerc : « mieux rémunérer le producteur »
Pour Michel-Edouard Leclerc, les Etats généraux seront l’occasion « remettre les curseurs qualitatifs à la hausse, et ce sera à cette occasion la manière de mieux rémunérer le producteur. Mais pour ça il faut un grand mouvement collectif (...) c'est en ça que les (états généraux) de l'alimentation peuvent être une grande cause nationale. » Le patron des Centres Leclerc, qui s’est exprimé sur France-Info le 7 juillet, pense que les Etats généraux « peuvent constituer une formidable opportunité de remettre un peu chacun en responsabilité. » Ce sera « aux producteurs, probablement, de dire mieux quel système de production ils veulent développer, aux transformateurs, aux industriels, de mettre en scène d'une autre manière l'offre agricole nationale transformée, et puis aux distributeurs, peut-être, de mieux valoriser pour tenir compte des nouvelles attentes », a-t-il continué.
En France, la consommation alimentaire reprend des couleurs
Selon la dernière note de conjoncture publiée par l’Ania le 11 juillet, la consommation alimentaire se redresse depuis le début d’année sur le marché hexagonal. « Si les dépenses se tassent en mai (-0,1 %), elles ont été particulièrement dynamiques en avril (+1,0 %) et en mars et (+0,7 %) » remarque l’association. Mesurées sur un an, les dépenses progressent de 2,3 % en mai.
A fin mai 2017, la consommation alimentaire a progressé de 1,5 % sur une année, après +0,9 % en 2016 et +1,1 % en 2015. « Un tel dynamisme n’a pas été constaté depuis 2010 » remarque l’Ania.
En revanche, la déflation perdure depuis le mois d’octobre 2013, à -0,37 % à fin mai 2017. Les marques nationales sont surtout concernées par cette déflation, alors que les prix des MDD se redressent depuis ces derniers mois, ce qui n’était pas arrivé depuis la fin 2015.
« Cette guerre des prix et des promotions n’a pas eu de bénéfice sur l’évolution des dépenses alimentaires constatée ces deux dernières années, qui a été plus contenue que celle affichée dans d’autres biens de consommation » estime l’Ania.