Ce n’est pas parce que la sécurité alimentaire mondiale reste fragile que les Etats-Unis vont mettre un coup de frein à leur production d’éthanol de maïs. C’est ce qu’a réaffirmé le responsable du conseil américain des grains lors de la conférence annuelle du CIC le 9 juin à Londres. Le Brésil et l’Argentine s’inscrivent dans la même logique : le premier continuera à produire du soja pour le débouché biodiesel, et le second compte même renforcer son utilisation d’OGM afin d’améliorer sa productivité.
En 2009/2010, les Etats-Unis devraient consommer 270 Mt de maïs. 104 Mt seront utilisées par l’industrie de l’éthanol. Un nouveau record. En constante augmentation au fil des ans, ce débouché talonne désormais l’alimentation animale, qui devrait consommer 131 Mt de maïs sur la prochaine campagne. Que les choses soient claires : même si les biocarburants de première génération ont été plus d’une fois mis sur le banc des accusés à propos la crise alimentaire de 2008, les Etats-Unis n’ont aucune envie de renoncer à leur politique. Le 9 juin, à Londres, Kenneth Hobbie, président du Conseil américain pour les grains, a profité de la tribune que lui offrait la conférence annuelle du CIC (Conseil international des céréales) pour réaffirmer la position de son pays. « Il est devenu clair que la production d’éthanol à partir de maïs n’est pas le principal levier d’évolution des prix alimentaires mondiaux, et que le débat “biocarburants contre nourriture” témoignait d’une anxiété mal placée », a-t-il expliqué.
127 Mt de maïs pour l’éthanol américain en 2015
« La capacité de production de l’agriculture américaine assure pleinement les besoins croissants en grains fourragers, et va permettre de satisfaire tant la demande liée aux besoins domestiques en alimentation animale, que celle liée à la production d’éthanol et à l’export », a-t-il également précisé. Ce qui tombe bien, car pour remplir les obligations légales d’incorporation dans les années à venir, le pays sera contraint d’utiliser de plus en plus de maïs pour fabriquer de l’éthanol. « En 2015, les Etats-Unis consommeront 15 millions de gallons d’éthanol produit à partir de maïs, ce qui requerra 127 Mt de maïs », a indiqué le lobbyiste. Où est le problème ? « Un tiers du grain qui part dans une usine d’éthanol revient sous forme de drèche, un excellent aliment du bétail qui conserve l’essentiel de la valeur nutritionnelle du grain », a indiqué Kenneth Hobbie. En 2008, les 19,2 Mt de drèches produites ont remplacé un montant à peu près équivalent de maïs dans les rations, d’après le professionnel. Et puis les rendements américains n’ont pas fini de grossir.
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« Un mauvais sujet » pour le Brésil
De l’autre côté du golfe du Mexique, l’Argentine et le Brésil ne sont pas plus décidés à changer leur politique de production. le Brésil estime qu’il a suffisamment de terres et de main d’œuvre disponibles pour continuer à produire du soja pour faire du biodiesel. « C’est un mauvais sujet », a estimé Fabio Trigueirinho, secrétaire général d’Abiove (association brésilienne des industries de l’huile végétale). Quant au respect de l’environnement et de la forêt amazonienne en particulier, « aucun pays au monde n’a une réglementation environnementale aussi complexe et contraignante pour l’agriculture que le Brésil », a affirmé le responsable. Ce qui crée d’ailleurs, selon lui, un « déséquilibre » avec les producteurs qui n’ont pas les mêmes restrictions.
L’Argentine décidée à élargir les autorisations d’OGM
L’Argentine serait pour sa part tentée d’aller plus loin en ce qui concerne les semences transgéniques. « Depuis 1996, l’Argentine mène une politique neutre vis-à-vis de l’Europe en matière d’OGM », a déclaré Gustavo Idigoras, ministre conseiller pour les affaires étrangères à la mission de l’Argentine pour l’Union européenne, le 9 juin. Le pays n’autorise la mise en culture de variétés transgéniques qu’à condition qu’elles soient autorisées en Europe. « Mais nous avons évalué cette politique, et nous estimons qu’elle nous a coûté depuis dix ans 2 milliards de dollars », a indiqué le responsable argentin. Car les producteurs n’ont pas pu profiter de toutes les innovations technologiques. « Notre intention est de revoir bientôt cette politique et de ne plus refléter les choix de l’Europe », a souligné le ministre conseiller. Un changement qui pourrait intervenir avant la fin de l’année et concernerait probablement le maïs.