Les Etats-Unis ont accepté les propositions de l’OMC de juillet dernier comme base de négociation pour parvenir à un accord multilatéral sur l’agriculture, à condition que les autres pays membres fassent de même, a annoncé le 19 septembre à Genève Crawford Falconer, qui préside les pourparlers sur ce secteur. Ces propositions prévoient notamment de ramener globalement entre 12,8 et 16,2 milliards de dollars (soit une baisse de 66 % et 73 %) le plafond pour les soutiens internes américains porteurs de distorsions des échanges. Washington avait assuré en juillet dernier que descendre aux alentours de 13 milliards de dollars était « hors de question » et s’en tenait à un minimum de 23 millards.
Les Etats-Unis « se sont dits prêts à négocier sur la base des chiffres avancés dans le projet agricole, pourvu que tous les autres pays travaillent aussi selon les mêmes paramètres », a déclaré Crawford Falconer. Le négociateur américain chargé de l’agriculture, Joseph Glauber, a fait part de la position américaine lors d’une réunion à Genève le 19 septembre, a-t-il précisé. « Je ne les avais jamais entendu dire cela auparavant. Ce n’est pas une petite chose », a estimé l’ambassadeur néo-zélandais, tout en voyant dans l’évolution des Américains « un signe positif ».
Une nouvelle session du comité des négociations agricoles présidé par M. Falconer devait se tenir le 21 septembre.
Que va dire le Congrès ?
« Les Etats-Unis vont ouvrir la voie mais d’autres doivent s’engager pour garantir les meilleurs résultats en termes d’accès possible au marché prévus par les textes sur les négociations dans l’agriculture, l’industrie et les services», a confirmé le même jour à Washington Sean Spicer, porte-parole de la représentante américaine au commerce, Susan Schwab, dans une déclaration écrite. « Nous avons indiqué clairement lors de la réunion de l’Apec (Forum de coopération économique Asie-Pacifique) que nous étions prêts à négocier à Genève sur la base des textes actuels sur l’agriculture et les biens industriels » , a-t-il ajouté. En 2006, Washington a dépensé seulement 11 milliards de dollars en soutiens internes porteurs de distorsions des échanges, mais l’administration veut conserver de la marge au cas où les agriculteurs auraient besoin d’aides plus fortes du fait d’un déclin des prix.
De plus, la Chambre des représentants, à majorité démocrate, a récemment approuvé une nouvelle loi agricole pour cinq années (Farm bill) qui modifie peu les programmes de soutiens pour les principales productions comme le maïs, le coton, le riz, le soja et le blé.
« J’attends encore d’entendre ce que le Congrès va dire » de l’ouverture américaine, a commenté le 19 septembre l’ambassadeur du Venezuela à Genève, Oscar Carvallo. « Le Congrès acceptera-t-il 16,2 milliards de dollars ? Nous devons savoir dans quelle mesure cette offre est crédible ». Le 19 septembre, le secrétaire américain à l’agriculture, Mike Johanns, a remis sa démission au président Bush. Son intention est de se présenter aux élections au Sénat en 2008.
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« Une évolution positive », selon Bruxelles
« C’est une évolution positive que nous saluons », a déclaré le 20 septembre Peter Power, le porte-parole du commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, à propos de l’ouverture américaine. « Les Etats-Unis s’engagent ainsi à négocier sur la base du texte de Genève et nous encourageons toutes les parties à faire de même », a-t-il ajouté, expliquant que, « sans un engagement des Etats-Unis, (ce texte) n’a aucun avenir ».
M. Mandelson avait estimé le 17 septembre que les négociations de l’OMC, qui ont repris à Genève le 3 septembre, avaient progressé et que les parties étaient « proches d’un accord sur les questions-clés ».
Les propositions de juillet prévoient aussi, pour les pays développés, une réduction dans une fourchette de 66 % à 73 % des droits de douane agricoles supérieurs à 75 %, de 62-65 % des tarifs se situant entre 50 % et 75 %, de 55-60 % des tarifs entre 20 % et 50 % et de 48-52 % des tarifs inférieurs à 20 %.
Selon certains calculs, cette formule aboutirait dans le cas de l’UE à une réduction moyenne comprise entre 52 % et 53,5 % des droits de douane, un ordre de grandeur que Peter Mandelson, le commissaire européen au commerce, s’est déjà dit prêt à accepter.