Pour la première fois depuis l’imposition d’un embargo en 1998, les autorités américaines ont décidé de rouvrir leurs portes aux importations de bœuf français. Une décision qui ne devrait pas avoir d’impact pour la viande bovine française en crise, avant au moins la fin 2017. En revanche, elle est perçue comme très largement politique alors que le dossier portant sur la vente de bœuf aux hormones en Europe vient de refaire surface.
Les autorités américaines ont décidé de rouvrir leurs portes aux importations de bœuf français, pour la première fois depuis l’imposition d’un embargo en 1998 consécutif à la crise de la vache folle en Europe, a indiqué le 13 janvier le ministère de l’Agriculture. Dans un courrier reçu la veille au ministère, les États-Unis ont reconnu une équivalence entre les systèmes de contrôle de production français et américains, ouvrant de facto la porte à des importations de bœuf français. Cette décision est l’aboutissement d’un « travail de comparaison réglementaire que nous avons commencé il y a à peu près deux ans », a expliqué à l’AFP Stéphanie Flauto, sous-directrice à la Direction générale de l’alimentation (DGAL).
Les autorités françaises peuvent dès maintenant agréer les établissements (abattoirs et ateliers de découpe et de transformation) qui le demandent et qui répondent à des critères sanitaires bien précis concernant la lutte contre l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), mais aussi différentes souches d’E.Coli. Il reste à mettre au point, par les deux pays, le certificat sanitaire qui accompagnera obligatoirement chaque lot expédié. L’Irlande, la Lituanie et les Pays-Bas ont déjà bénéficié de cette ouverture des États-Unis à leur viande bovine.
Cette décision a été immédiatement saluée par les commissaires européens Cecilia Malmström, Vytenis Andriukaitis et Phil Hogan. De son côté, le président de la Fédération nationale bovine (FNB), Jean-Pierre Fleury, veut voir dans l’annonce américaine "une bonne nouvelle pour les éleveurs français", mais ne s’attend à aucun appel d’air pour la viande bovine française en crise, avant au moins la fin 2017. Pour preuve, l’Irlande, qui a reçu le feu vert américain il y a deux ans, n’a pu exporter que 1 000 tonnes de bœuf de l’autre côté de l’Atlantique alors qu’elle tablait sur 20 000, en raison de contrôles ultra-tatillons.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Une décision politique
La décision surprise des Américains pourrait avoir une signification plus largement politique. Un observateur des négociations transatlantiques sur la viande bovine qui requiert l’anonymat, trouve "curieuse" la concordance de cette annonce avec la relance fin décembre de la bataille UE-USA sur le bœuf américain aux hormones devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). "Il y a de la stratégie politique là-dedans, car une réunion doit avoir lieu à Bruxelles cette semaine pour définir une position européenne commune après la dénonciation par les Américains du moratoire sur la vente de bœuf aux hormones en Europe", selon cette source citée par l’AFP.
La question du bœuf aux hormones est l’un des plus vieux contentieux commerciaux entre l’Union européenne et les États-Unis depuis 1989, lorsque Bruxelles a interdit pour la première fois la viande aux hormones dans l’Union. "L’Union européenne ne cédera pas sur la question du bœuf aux hormones, et les États-Unis le savent. Mais ils veulent les obliger à avoir des ouvertures sur le marché et des baisses de droits de douane. Si ce n’est pas sur le bœuf, ce sera sur d’autres produits", avait expliqué à l’AFP l’économiste Jean-Paul Simier avant Noël.