L'embargo russe sur les produits agroalimentaires européens a fait l'objet d'un long débat dans la soirée du 15 septembre lors de la session plénière du Parlement européen en présence du commissaire européen à l'agriculture, Dacian Ciolos. Les eurodéputés l'ont interrogé sur les mesures supplémentaires que l'UE pourrait prendre pour aider le secteur agroalimentaire à surmonter les conséquences de cet embargo décidé par Moscou. Le commissaire a promis de nouvelles propositions pour la fin de cette semaine, notamment dans le secteur des fruits et légumes, produits les plus périssables.
LES entreprises du secteur agroalimentaire ont commencé à ressentir les effets de l'embargo russe introduit le 7 août dernier sur les importations européennes. Ces mesures touchent notamment le secteur des pommes polonaise ou encore de la viande de porc belge. Le débat que le Parlement européen a organisé le 15 septembre à Strasbourg a donné lieu à un échange très dense entre les eurodéputés et le com-missaire européen à l'agriculture, Dacian Ciolos. Plus d'une quarantaine d'interven-tions ont été enregistrées. Ainsi Paolo De Castro (Socialiste, Italie) a fait observer que la crise avec la Russie est surtout une crise politique, mais que ce sont finalement les agriculteurs qui paient les pots cassés. Il a estimé aussi que la compensation de 125 millions d'euros allouée au secteur des fruits et légumes est insuffisante et qu'il faudrait l'augmenter. « Il faudrait que la Commission propose plus d'aides aux secteurs en crise pour faire face à une situation dont on ne voit pas encore l'issue ». Il a insisté sur le fait que ces sommes supplémentaires ne devaient pas être puisées dans le budget de la PAC, mais sur d'autres budgets communautaires. Concernant la distribution de ces aides, le député italien a fustigé les demandes disproportionnées de certains Etats membres (Pologne, ndlr) et a demandé à la Commission d'introduire d'autres méthodes de distribution que celles du « premier arrivé, premier servi ». Pour le PPE polonais, Czeslaw Siekierski, « l'embargo russe a été introduit pour des raisons strictement politiques et les entreprises ne peuvent pas faire face aux restrictions car elles n'en sont pas responsables ». Selon lui, la levée des restrictions devrait être atteinte par la négociation et le dialogue. Et l'UE « ne peut pas se permettre des sanctions telles que la réduction des importations de ressources énergétiques, vu sa dépendance vis-à-vis de la Russie ». À ses yeux, les sanctions sont « une arme à double tranchant et déclenchent une réponse de l'autre côté, nous devrions donc d'abord tenir des discussions politiques pour résoudre le problème ».
FACILITER LES DONATIONS AU PROFIT DES BANQUES ALIMENTAIRESPour le libéral allemand Albert Dess, la Commission européenne devrait s'intéresser aux entreprises de la grande distribution « qui abusent de la situation dans la mesure où elles n'ont pas répercuté la baisse des prix du marché pour les consommateurs ». Il estime aussi nécessaire de « débureaucratiser les procédures de distribution gratuite de fruits et légumes et de produits laitiers en excédent sur le marché, au profit des banques alimentaires et des écoles ». Aux yeux d' Edouard Ferrand (non inscrit, Front national), l'UE en décidant des sanctions contre la Russie, « s'est tirée une balle dans le pied et est tombée dans le piège des sanctions ». Selon lui, l'UE doit mettre fin à cette politique irresponsable et lever les sanctions contre la Russie ». Idem pour Lliana Iotova (Socialiste, Hongrie), « la spirale des sanctions ne peut être une solution ». Morvai Krisztina (Hongrie) a demandé quelles garanties la Commission peut présenter pour éviter que les produits anciennement exportés sur le marché russe ne viennent encombrer le marché intérieur. Pour la plupart des eurodéputés croates, l'UE se doit d'élargir les aides au secteur des agrumes (notamment les mandarines) : « Il faut stimuler le marché intérieur en rachetant les mandarines ou en les transformant en produits non périssables ». Comme beaucoup de ses collègues, le conservateur Bas Belder (Pays-Bas) a qualifié l'aide européenne de 125 millions d'euros pour le secteur des fruits et légumes de « clopinettes quand on les compare aux milliards d'euros que représente le marché russe ».
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Dans ses réponses, le commissaire européen à l'agriculture, Dacian Ciolos, a tenu à rappeler que ce n'est pas la Commission qui a décidé des sanctions contre la Russie, mais bien le Conseil des ministres de l'UE. Concernant l'impact de l'embargo russe sur le secteur agroalimentaire européen, il a affirmé haut et fort que « la Commission a assumé ses responsabilités ». Pour ce qui est du désengorgement des marchés, le commissaire a indiqué que la Commission a « insisté sur les retraits du marché et a encouragé la distribution gratuite dans les écoles et les institutions charitables mais que ce sont finalement les Etats membres qui décident en toute liberté et pas la Commission ». Pour augmenter les quantités de produits distribués gratuitement, la Commission, en ce qui la concerne, a-t-il souligné, « a fait le maximum ». Le commissaire roumain a toutefois précisé que dans le courant de cette semaine, la Commission va venir avec de nouvelles propositions, concernant notamment l'aide au secteur des fruits et légumes et qu'une réunion avec les Etats membres était prévue le 15 septembre à ce sujet. On parle ainsi d'élargir la liste des produits agroalimentaires à aider et en particulier celui des agrumes. Il s'agira également de discuter de la meilleure manière de cibler les catégories de production à aider en priorité et de voir comment assurer le financement des compensations, compte tenu des marges budgétaires disponibles au sein de la PAC. Le plus important, selon Dacian Ciolos, est « d'aider le secteur agroalimentaire à trouver de nouveaux marchés en mettant à sa disposition les services de la diplomatie commerciale européenne, des programmes de promotion de produits et des actions de communication ciblées sur les marchés extérieurs ». Concernant les critères de distribution des aides aux secteurs touchés par l'embargo russe, Dacian Ciolos a indiqué que la Commission allait également proposer dans les prochains jours une série de critères « plus clairs et plus équitables »