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UE/Viande Les eurodéputés demandent une action sur les prix et s’en prennent à la grande distribution

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Réagissant aux retombées de la crise dans le secteur de l’élevage les eurodéputés ont adopté une résolution dans laquelle ils invitent la Commission européenne à mettre en place d’urgence des mécanismes de marché efficaces ainsi que les mesures nécessaires pour limiter, dans l’ensemble du secteur agricole, les incidences de la volatilité des prix et de la spéculation agricole.

Réunis en session plénière à Bruxelles les députés européens ont constaté qu’à l’heure actuelle, la viabilité de nombreux élevages de l’UE est gravement menacée par une combinaison de facteurs (augmentation des coûts des intrants, bas prix reçus par les agriculteurs pour les produits à base de viande, plus grande concurrence des importations en provenance de pays tiers, dépendance vis-à-vis des pays tiers pour les matières premières pour l’alimentation animale, notamment). Dans une résolution qu’ils ont adoptée à l’issue d’un débat animé, ils invitent la Commission européenne à se servir des mécanismes du marché disponibles pour apaiser la crise actuelle dans les secteurs d’élevage et en particulier celui du porc.

Pour des mécanismes de marché souples
Ils lui demandent de proposer des mécanismes de marché souples permettant à l’UE de réagir plus rapidement aux situations critiques au sein de l’OCM unique. L’Exécutif européen est également invité à prendre les mesures qui s’imposent pour lutter « contre la spéculation excessive sur les marchés communautaires ainsi que sur les marchés mondiaux », en l’occurrence dans le cadre de la nouvelle directive relative aux instruments financiers. Le rôle des distributeurs au sein de la chaîne alimentaire est également très critiqué par les eurodéputés et notamment par José Bové (Verts, France). « Les agriculteurs doivent survivre avec 700-800 euros par mois. Les consommateurs payent 17 euros le kg pour un steak au supermarché mais les éleveurs n’en touchent que 3 euros. Est-ce juste ? », s’est-il interrogé en soulignant que, par contre « quand les prix des matières premières montent de manière spéculative, la hausse est répercutée sur les consommateurs ».

Règles sanitaires : deux poids deux mesures
La résolution parlementaire considère que la crise qui frappe actuellement le secteur de l’élevage « peut aboutir à une réduction importante de la production de viande à travers l’UE », ce qui, aux yeux des eurodéputés, « aura de graves conséquences, non seulement sur les prix, mais également sur la sécurité alimentaire dans l’UE, et se traduira par une plus grande dépendance vis-à-vis des importations ». Les députés rappellent que les producteurs européens doivent se conformer aux réglementations « les plus strictes au monde concernant la sécurité et la qualité des aliments, l’environnement, la santé et le bien-être des animaux, et les conditions de travail », et que la nécessité de respecter ces normes extrêmement élevées « fait considérablement augmenter les coûts de production des producteurs européens, ce qui les handicape dans la concurrence avec les producteurs des pays tiers ».

Gains de parts de marché des pays tiers
Les eurodéputés notent également que les importations en provenance de pays tiers « ont gagné des parts de marché dans l’UE, ce qui met davantage sous pression les prix pratiqués sur le marché des produits d’origine animale ». La Commission serait également bien avisée, selon eux, de proposer des mesures visant à renforcer les organisations de producteurs dans tous les secteurs d’élevage, de manière à leur permettre « de négocier de meilleurs prix pour leurs produits tout en tenant compte des coûts de production ». Celle-ci est par ailleurs invitée « à préserver pleinement les intérêts des producteurs européens dans les négociations commerciales bilatérales avec le Mercosur et avec d’autres pays tiers, en évitant des concessions qui pourraient mettre en danger les producteurs européens ». José Bové a rappelé que la Commission européenne elle-même dit de façon très claire que la part qui revient aux agriculteurs dans la plus-value de la chaîne alimentaire « est passée de 31 % à 20 % depuis 1995 ». Selon lui, les agriculteurs « vivent de plus en plus mal de la vente de leurs produits et la différence est accaparée soit par les grands transformateurs, soit par la grande distribution ».

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