Le premier débat du Conseil des ministres de l'agriculture de l'UE du 17 février sur la situation dans le secteur laitier s'est focalisé sur le problème de la volatilité des marchés, considéré comme l'un des principaux défis auxquels devraient faire face les opérateurs suite à l'abolition des quotas laitiers en 2015. Deux camps se sont esquissés: ceux qui se disent favorables à des mesures de soutien supplémentaires à ce qui est prévu dans la réforme de la PAC et les autres qui ne jurent que par les vertus du marché.
Apartir du 1er avril 2015, les quotas laitiers cesseront d'exister et la production de lait sera entièrement guidée par des décisions axées sur le marché. Si les perspectives du marché à moyen et à long terme s'annoncent plutôt positives en termes de demande, il n'en reste pas moins que le secteur laitier peut être confronté à des fluctuations de prix potentiellement critiques. Dans ce contexte et en vue de la remise du rapport de la Commission européenne sur la situation du marché du lait et le fonctionnement du « Paquet lait » prévu pour le 30 juin 2014, les ministres européens de l'agriculture ont été invités le 17 février à examiner si les outils de gestion de marché disponibles en vertu de la nouvelle PAC (mesures prévues dans le « Paquet lait », notamment en ce qui concerne les organisations interprofessionnelles, outils de gestion du marché, filet de sécurité renforcé, etc.) se révéleraient suffisants en cas de crise du marché ou si d'autres instruments de gestion sont nécessaires notamment pour les zones de production fragiles. Si certains Etats membres, comme la France, ont insisté pour que les dispositions dites du « filet de sécurité » prévues dans la réforme de la PAC, soient complétées par d'autres mesures ciblées pour répondre à la volatilité des marchés, d'autres au contraire, comme les Pays-Bas, ont indiqué – qu'étant donné les bonnes perspectives du marché – il n'y a pas lieu de mettre en œuvre de nouvelles mesures au-delà du « filet de sécurité » existant. Par ailleurs, plusieurs ministres, provenant notamment de pays qui dépassent allègrement leurs quotas laitiers, ont saisi cette occasion pour rappeler la situation favorable actuelle sur le marché et ont insisté sur la nécessité d'avoir des mesures pour assurer un réel « atterrissage en douceur » dans tous les États membres. La mise en place d'un « Observatoire du marché du lait » visant à assurer une surveillance étroite du secteur laitier, annoncé par la Commission européenne, a par contre été bien reçu par la plupart des Etats membres.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Abordant plus précisément la question de la volatilité des marchés, le commissaire européen à l'agriculture Dacian Ciolos, a estimé que si les tendances à moyen et long terme pour le secteur laitier s'annoncent prometteuses, ce secteur continuera à être la proie d'une très grande volatilité des prix, notamment à cause d'une plus grande dépendance aux marchés mondiaux et de l'impact du changement climatique. Il estime que pour pour faire face aux crises qui pourraient apparaître dans les prochaines années, la PAC et le « Paquet lait » apportent déjà un certain nombre de réponses au delà du soutien de base apporté par les aides prévues. Il s'agit bien sur des mécanismes de filet de sécurité que sont l'intervention et le stockage privé. Les mesures exceptionnelles que la Commission pourrait prendre consisteraient soit à autoriser des organisations de producteurs ou des interprofessions à prendre des mesures propres de gestion de marché, soit à étendre le champ des mesures du filet de sécurité. « Ces mesures sont essentiellement tournées vers le stade de la transformation », a souligné le commissaire. Qui conclut en disant qu'après cette première discussion de substance, les réponses à apporter aux questions stratégiques de l'après-quota demandent un certain mûrissement. Il a salué le fait que la Présidence grecque de l'UE a déjà prévu des réunions au CSA (Comité Spécial Agriculture : organe de préparation des décisions relevant du Conseil “Agriculture” qui regroupe des représentants des Etats membres et celui de la Commission européenne, ndlr) pour approfondir ces questions et que le sujet reviendra sur la table des ministres lors d'un prochain Conseil Agri. Dans l'intervalle, la Commission peaufine un rapport pour le 30 juin 2014 sur l'impact du « Paquet lait » et sur la faculté pour le secteur laitier européen de pouvoir réagir à des situations extrêmes de volatilité de marché. Un rapport qui contribuera à évaluer si des mesures de soutien additionnelles pour le secteur laitier seront nécessaires. Dacian Ciolos a toutefois déjà prévenu que sauf si un consensus s'opère au niveau du Conseil des ministres pour revenir sur l'accord politique délicatement trouvé en 2008, « la Commission ne proposera pas d'y déroger d'une manière ou d'une autre ».