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Focus Etats-Unis Les exportateurs américains de viande bovine, optimistes pour l’avenir

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Les exportateurs américains de viande bovine qui travaillent avec l’Union européenne sont des producteurs de « bœuf sans hormones » : ils sont minoritaires aux Etats-Unis. Néanmoins, les éleveurs américains semblent optimistes et attendent beaucoup de l’Accord de libre échange avec l’UE dont les négociations ont commencé le 8 juillet.

«Nous allons demander une ouverture du marché européen aux viandes bovines issues d’animaux élevés avec des hormones », explique John Brook, directeur régional Europe, Moyen-Orient, Russie de la Fédération américaine d’exportation de viande (USMEF) basée à Bruxelles. Les négociations de l’accord libre-échange entre les Etats-Unis et l’Union européenne s’annoncent offensives. Le principal argument est la condamnation de l’Union européenne par l’Organisation mondiale du commerce en 2008 pour avoir refusé la viande aux hormones des Etats-Unis pendant plusieurs années. L’affaire a contraint l’UE à faire des concessions, notamment sur l’acide lactique utilisé pour réduire la contamination bactérienne des carcasses. Début 2013, la Commission européenne a autorisé son utilisation, malgré l’opposition de plusieurs Etats membres dont la France. Les États-Unis ne comptent pas en rester là. John Brook poursuit: « L’Union européenne est mal barrée tant que les OGM et les hormones sont interdits. Elle est en train de s’isoler car le reste du monde les a acceptés ». Voilà qui a le mérite d’être clair. Les exportateurs de viande bovine aux Etats-Unis ont des objectifs précis et ne s’en cachent pas, rappelant que la demande mondiale en protéines animales est amenée à fortement augmenter.
« Nous sommes prêts », explique John Brook.
 
Des élevages XXL
« Les États-Unis sont le premier producteur, le premier importateur, le premier consommateur et le second exportateur de viande bovine au monde », rappelle John Brook. 700 000 éleveurs produisent de la viande bovine : tous les ans, c’est 10 millions de tonnes qui sortent des abattoirs américains. Dans une étude sur les Etats-Unis publiée en 2007, l’Institut de l’élevage précise : « Alors que le troupeau allaitant est mené de façon extensive, sur les terres les moins productives, avec une taille modeste d’exploitations tenues en majorité par des pluriactifs, le secteur de l’engraissement est bien plus concentré ». La filière américaine est connue pour ses immenses fermes d’engraissement appelées feed-lots, un modèle qui s’est exporté en Australie, au Brésil ou encore en Afrique du Sud. « Il y a environ vingt feed-lots de plus de 100 000 têtes dans le Middle West», précise John Brook. Vingt fermes gigantesques auxquelles il faudrait ajouter les centaines d’ateliers d’engraissement « plus petits » avec environ 10 000 têtes. Les races engraissées sont des races à viande : la Hereford et l’Angus. « Les États-Unis exportent les pièces arrière de qualité», rapporte John Brook. Pour l’alimentation, les rations alimentaires sont à base de soja et de maïs, tous les deux OGM. « Six camions tournaient en permanence dans les immenses allées du feed-lot pour remplir d’aliments les quinze kilomètres d’auges », se rappelle Jean-Pierre Fleury, secrétaire général de la Fédération nationale bovine (FNB), d’une visite à Denver dans le Colorado d’un feed-lot de 50 000 animaux parqués sur 100 hectares, fin 2012.
 
Des pieds d’argile
Le premier producteur mondial a aussi ses faiblesses. « Les Américains sont déficitaires en veaux dans leur filière d’engraissement. Ils importent du Mexique et du Canada », explique Jean-Pierre Fleury. En outre, ils importent de la viande bovine car ce qu’ils produisent ne correspond pas à la demande de leurs consommateurs. « 75% de la viande bovine consommée, c’est du steack haché », explique John Brook. Autre point : les éleveurs américains qui font du « bœuf sans hormones » sont isolés. « Nous n’avons pas de chiffres exacts, mais nous estimons que seuls 2 à 3% des éleveurs font de la viande bovine sans hormones », rapporte John Brook. En Union européenne, l’utilisation d’hormones est interdite. Aux États-Unis, les éleveurs reçoivent une prime s’ils n’en utilisent pas. Cette minorité d’éleveurs principalement situés dans le Middle West a participé à remplir les quotas libres de droits de douanes pour exporter du bœuf de haute qualité (sans hormones) vers l’Union européenne. Ce quota est ouvert depuis 2009 et depuis le 1er juillet 2013, il est de 48 200 tonnes. Les Etats-Unis remplissent 50% du quota devant les Australiens (25%) et les Uruguayens (25%). Pour les Etats-Unis, les exportations de viande de bœuf de haute qualité sont passées de 2000 tonnes en 2009 à 17 000 tonnes en 2013. Mais l’idée des Américains reste de parvenir à ouvrir les frontières européennes aux « bœufs aux hormones » qui représentent près de 95% de la production américaine.

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