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Les filières agricoles et alimentaires au cœur de l’innovation

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Le Génopole d’Évry, pôle de biotechnologies, a distingué cinq innovations début décembre, lors de son concours 2015, dont au moins deux peuvent se révéler utiles aux filières agricoles. L’une, l’analyse spectrale instantanée de la matière organique, permet de détecter de façon fine la présence de gluten, phtalates,… ou de viande de cheval. La seconde, la culture de stévia sans sol, dans des bioréacteurs, ouvre la voie à la production de stévia à haut rendement sous tous les climats possibles.

Deux des cinq innovations finalistes du concours 2015 des biotechnologies du Génopole d’Évry, qui s’est déroulé le 2 décembre, ont porté sur des innovations directement exploitables par les filières agricoles et agroalimentaires. La première est la mise au point d’un logiciel permettant des analyses instantanées de la matière organique, par exemple pour la détection de gluten dans tout type d’aliments. « La société développe des méthodes chimiométriques de pointe pour le traitement des bases de données spectrales, permettant des analyses instantanées de la matière organique, par exemple pour la détection de gluten dans tout type d’aliments", a indiqué Génopole.

Des algorithmes très performants qui permettent de retrouver la teneur d’un composant

Anthony Boulanger, fondateur de la start-up GreenTropism, explique : « Nous avons accumulé la signature spectrale de nombreux composés alimentaires ou substances chimiques comme les phtalates, nous sommes capables de suivre les fermentations du lait pour le yaourt. Nous avons développé des algorithmes très performants qui permettent de retrouver l’auteur d’un produit, la teneur d’un composant, et bien sûr un morceau de pierre, fer, verre, caoutchouc dans une production alimentaire ou une solution agroindustrielle ».

« Nous aurions pu reconnaître la signature spectrale de la viande de cheval et ainsi éviter le scandale »

GreenTropism ne fabrique pas de machines d’analyses, mais uniquement des logiciels. « Nous n’intervenons pas dans la fabrication de la carcasse de l’appareil, nous nous occupons uniquement du software », précise son fondateur. L’information est renvoyée à la vitesse de la lumière au spectromètre par un faisceau de réflexion.
Jusque-là, la teneur en eau, en sucres, en protéines des céréales était maîtrisée. Maintenant, l’analyse permet de détecter des indices de qualité et des impuretés, détaille Anthony Boulanger. Cela avec un haut degré de précision : « Nous aurions pu reconnaître la signature spectrale de la viande de cheval et ainsi éviter le scandale » de ces dernières années, fait remarquer le jeune entrepreneur.

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Stévia : des rendements mille fois plus élevés qu’au champ

L’autre projet parmi les cinq finalistes du concours est StevLife, société qui a pour objectif de produire de la stévia, plante au pouvoir sucrant 200 à 300 fois plus grand que le celui du sucre. La stévia est non pas cultivée dans des champs, mais dans des bioréacteurs, afin de contrôler complètement les facteurs de production. La production de stévia – « herbe à sucre » originaire du Paraguay et du Brésil – s'affranchit dès lors des conditions climatiquesAvec les dosages de la température, de l’hygrométrie, des substances fertilisantes, « nous obtenons uniquement les stéviols que nous voulons (les composants caractéristiques de la stévia) », a expliqué Franck Pradier, directeur de StevLife.
Ce mode de production évite ainsi le petit goût amer (goût de réglisse) qui a indisposé des milliers de consommateurs et occasionné des revers commerciaux à Coca-Cola et à Pepsi-Cola. La société vise le secteur mondial des édulcorants naturels pour les boissons et les produits alimentaires.
Produits dans un milieu semi-aqueux contenant des substances fertilisantes, les plants de stévia n’ont pas de racines, mais seulement des feuilles. « Nous obtenons des rendements mille fois plus élevés qu’au champ, grâce à dix à douze récoltes par an », a poursuivi Frank Michaux, adjoint du directeur de la start-up.

Parmi les trois autres projets du concours, il faut citer la start-up Glowee, qui développe un système lumineux fondé sur la luminescence en remplacement de l’électricité. Cette innovation est destinée aux devantures de boutiques, l’éclairage nocturne des magasins étant interdit depuis 2013. Le système fonctionne sous l’action de bactéries, qui contiennent des gènes de calamars. Il peut, lui aussi, intéresser les filières agricoles puisque pour produire de la lumière, les bactéries consomment de la biomasse.
Enfin, le projet Entomo Farm, un des cinq concurrents, est une entreprise de conception, fabrication et installation d’élevages d’insectes. Premier marché : la pisciculture, en attendant l’agroalimentaire, avec l’entrée en phase de commercialisation début 2016.

Lauriers de l’Inra : de la génétique du colza à la nutrition favorable aux neurones

Comme chaque année depuis maintenant dix ans, l’Inra a fêté, le 8 décembre, les lauriers qu’il attribue à des chercheurs, ingénieurs, techniciens, pour leur créativité. Pour cette dixième édition, l’Inra a distingué des programmes qui vont de la génétique du colza à la nutrition favorable aux neurones.
L’équipe de Michel Renard, directeur de recherche au centre Inra de Rennes, a reçu le premier prix jusque-là décerné à une équipe, pour ses travaux d’amélioration variétale du colza depuis  quarante ans. « Peu de recherches ont eu autant d’impact », a indiqué Michel Boucly, directeur du groupe Avril. S’adaptant à l’embargo américain sur le soja dans les années 1970, puis à la mise en place d’une production de biodiesel, puis à la résistance au phoma (champignon qui entraîne un dessèchement précoce de la plante), le colza est passé d’une sole de 150 000 hectares dans les années 1960 en France à 1,5 million d’hectares actuellement, a souligné François Houllier, p.-d.g. de l’Inra.
Un autre des cinq lauriers attribués a été décerné à Sophie Layé, directeur de recherche au centre Inra de Bordeaux, pour ses travaux sur l’impact de la nutrition, notamment les acides gras poly-insaturés, sur la neurotransmission et la survie des cellules dans le cerveau. « Une carence en omégas 3 altère le système immunitaire cérébral et la plasticité du cerveau », a-t-elle expliqué. Les omégas 3 sont surtout présents dans les graines de lin, les huiles de noix et de colza, les poissons tels le saumon. « Il est fréquent que les adolescents adoptent un régime appauvri, trop riche en graisses et en sucres. Ce qui pourrait nuire à la maturation des structures cérébrales et les rendre plus vulnérables au vieillissement », a précisé Sophie Layé. La chercheuse a remporté la première édition du « défi scientifique ». Son parcours a été présenté, à la cérémonie du 8 décembre, par Thierry Mandon, secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.