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Grandes cultures Les financiers renforcent leur présence sur les marchés à terme agricoles européens

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Même si les prix ne grimpent plus à des sommets, les financiers restent très présents sur les marchés à terme des matières premières agricoles, tant aux Etats-Unis… qu’en Europe. S’ils contribuent à en renforcer la liquidité, ils en augmentent également la volatilité.

Sur le marché à terme européen des matières premières agricoles, les échanges explosent. C’est ce que montrent les chiffres diffusés par Lionel Porte, responsable produit chez Euronext, à l’occasion des journées matières premières organisées par l’Aftaa (techniciens de l’alimentation animale) les 2 et 3 décembre à Paris. A fin octobre, plus de 3 millions de lots avaient été échangés sur Euronext, soit « 14 % de plus que tout le volume négocié sur 2008 », a précisé le spécialiste. Sur le marché à terme du blé, 7 000 lots se vendent et s’achètent désormais dans une journée, un chiffre en hausse de 34 % par rapport à l’an passé. En colza, où le marché a atteint une plus grande maturité, l’activité a augmenté sur un an de 18 %, à plus de 3 000 lots par jour. Fort d’une hausse de 40 %, le maïs n’échappe pas à la règle, même si les volumes en jeu sont plus faibles, avec 550 lots échangés quotidiennement. Mais c’est sur les options que le bond est le plus visible. « Beaucoup de financiers, mais pas uniquement, viennent sur ces marchés, a précisé Lionel Porte. C’est aussi une façon de marquer son prix ». En blé, augmentation la plus spectaculaire, les transactions ont progressé de 180 % en un an.

Une partie de la gestion du risque transférée aux banques
Une croissance presque inquiétante, car elle engendre un déséquilibre entre le marché des options et celui, plus classique, des futures. Pour preuve, le ratio entre la position ouverte sur ces deux types de marché approchait 1,8 en blé le 24 juin et le 13 octobre derniers. Autrement dit, le marché des options était presque deux fois plus actif que celui des futures, alors qu’il est plus spéculatif par nature. Des ratios très supérieurs à ceux observés sur la Bourse de Chicago, légèrement en deçà de 1 aux mêmes dates. « Une partie de la gestion du risque est transférée sur les banques », a analysé Jean-Loïc Bégué-Turon, chez InVivo Marchés. Selon l’expert, ce sont elles qui dans 99 % des cas jouent le rôle de contrepartie sur les options. Leur arrivée a aussi contribué au développement d’options complexes et de produits structurés, sur lesquels elles peuvent faire du profit. « Ces produits coûtent moins cher qu’une option simple, mais ils font aussi moins de rendement », a souligné le spécialiste. Et surtout, ils sont souvent moins lisibles, ce qui n’en simplifie pas la compréhension.

Ne pas continuer à spéculer dans un marché de plus en plus dangereux
Pour Jean-Loïc Bégué-Turon, il faut s’y faire. La présence des financiers sur le marché à terme est appelée à se renforcer. Une réalité à double effet : s’ils amènent de la liquidité, un point positif, ils apportent en contrepartie de la volatilité. « Les bonus des traders sont liés aux performances réalisées », a rappelé le spécialiste. Ils sont donc prêts à prendre un maximum de risque. Jean-Loïc Bégué-Turon estime qu’il va falloir s’habituer à « un bruit de plus ou moins 15 euros/t en blé ». Ce qui va exiger plus de prudence de la part des opérateurs, qui doivent avant tout chercher à se couvrir contre un risque sur le physique. « A tous les niveaux de la filière, nous avons spéculé, c’était facile, a souligné le professionnel. Nous ne pouvons pas continuer de même dans un marché qui devient dangereux » … et va probablement l’être de plus en plus.

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