Abonné

Bière Les Français boudent de plus en plus la bière

- - 5 min

Pas de surprise en 2008 : la consommation de bière a continué à s’effondrer en France. Elle a en effet reculé de 11,5 % en CHR et de 2,6 % dans les autres circuits. La consommation chute et se transforme : le hard discount progresse et les bières spéciales et de spécialité sont en forte hausse. Autre point positif : la production française reste stable grâce à une hausse des exportations de 33,3 % et une baisse des importations. A l’avenir, le marché de la bière pourra bénéficier de l’attrait de la naturalité pour les consommateurs, mais va continuer à pâtir du faible goût des Français pour la bière et de la législation de plus en plus coercitive envers l’alcool.

La consommation de bière en France a baissé de 5 % en 2008 à 18,6 millions d’hectolitres, selon les Brasseurs de France, l’association qui représente la quasi-totalité des bières produites en France. La chute de ce marché continue donc à s’accentuer : en 2007, il avait accusé une baisse de 3,3 %. En 18 ans, il a perdu 18 % de ses ventes et en trente ans 30 %. La consommation en CHR (un quart des ventes) est celle qui a baissé le plus l’année dernière : elle a reculé de 11,5 % contre une diminution de 2,6 % pour les ventes dans les autres circuits (GMS, hard discount, restauration collective, foires et stations services). Les hyper et supermarchés s’en sortent plutôt bien avec une baisse de 1,8 % en volume. « Nous observons un glissement des ventes vers le hard discount, qui progresse de 2,6 % », remarque Gérard Laloi, président de l’association des Brasseurs de France.

Une transformation du mode de consommation

En valeur, les ventes en alimentaire ont par contre progressé de 3,6 % l’année dernière, grâce à la forte poussée des bières spéciales (+10,7 %) et des bières de spécialités (+8,3 %) tandis que les bières classiques baissent de 6,1 %. « Nous observons une transformation du mode de consommation de la bière qui passe du rafraîchissement à la dégustation. Cela explique en partie la chute en CHR, car il est impossible d’y trouver de nombreuses références comme dans les hypermarchés », indique Gérard Laloi qui ajoute qu’il y a vingt ans, aucune bière de spécialité n’était présente en linéaires. Le circuit alimentaire représente aujourd’hui 75,3 % du marché contre 60 % il y a 20 ans. C’est la première fois que le CHR descend en dessous de la barre des 25 %.

Accélération des fermetures de CHR

Si le marché de la bière en CHR s’effondre, c’est qu’il subit directement la crise : plus de 6 200 cafés, hôtels ou restaurants ont fermé leurs portes l’année dernière (contre 4 500 en 2007) et on dénombre 1700 fermetures au premier trimestre 2009. Selon Gérard Laloi, si cette tendance se poursuit, on devrait atteindre le nombre de 8 000 fermetures cette année. La bière en subit directement les conséquences, car elle représente 37 % du chiffre d’affaires des cafés brasseries.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

consommation
Suivi
Suivre

Hausse des exportations

Malgré sa chute constante, le marché de la bière reste un secteur très important de l’économie française : la filière brassicole française génère un chiffre d’affaires de 12,6 milliards d’euros. Et la production française reste stable (15,1 millions d’hectolitres en 2008), grâce à la hausse des exportations de 33,3 % et une baisse des importations de 6,3 %. Plus de 2,4 millions d’hectolitres de bières françaises ont été vendues à l’étranger l’année dernière, principalement vers l’Allemagne (premier client de la France) et l’Angleterre.

Une tendance de fond

Outre les problèmes conjoncturels, le marché de la bière subit une tendance de fond : les Français sont peu consommateurs de bières. Ils ne boivent que 30 litres par an et par habitant en moyenne, contre 100 litres pour les Allemands et 90 litres pour les Belges. Les Tchèques sont les champions d’Europe : ils boivent chacun un demi-litre de bière par jour ! La France est le cinquième pays producteur de bière en Europe mais elle arrive en avant-dernière position en termes de consommation

Un contexte réglementaire de plus en plus coercitif

Cette tendance ne risque pas de diminuer, car les pouvoirs publics poussent les Français à boire de moins en moins d’alcool. « Le contexte réglementaire est de plus en plus coercitif : l’interdiction de la vente aux moins de 18 ans devrait avoir peu d’impact mais l’interdiction de 18 heures à 8 heures va avoir des conséquences sur notre marché », déplore Gérard Laloi, qui reste tout de même relativement confiant pour l’avenir. En effet, selon lui, la bière correspond aux attentes actuelles des consommateurs, notamment la naturalité et la simplicité. Dans les prochains mois, Brasseurs de France n’a pas prévu de communication particulière pour soutenir la consommation française.