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Lobbying Les Français peu efficaces à Bruxelles

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Le lobbying a mauvaise réputation mais est pourtant nécessaire. C’est ce qui ressort d’un débat organisé à l’initiative du Syndicat national des déshydrateurs français (SNDF). Fort de son succès lors de la dernière réforme de la Pac, Eric Guillemot, lobbyiste du SNDF, a prodigué quelques conseils, regrettant le manque d’efficacité quand ce n’est pas l’absence de ses confrères des autres filières. Michel Jacquot, ancien directeur du FEOGA, a pour sa part vertement critiqué la manière dont ont été négociées les réformes de la Pac depuis 1992.

Le lobbying agricole français est peu efficace à la Commission européenne. C’est l’un des enseignements du débat organisé le 18 novembre à l’initiative du Syndicat national des déshydrateurs français (SNDF). « Le lobbyiste a mauvaise réputation à Bruxelles. Il est difficile de se présenter comme tel», a expliqué d’emblée Michel Jacquot, ancien directeur du Feoga et qui fut souvent confronté aux lobbyistes. « Ils sont pourtant essentiels au fonctionnement démocratique communautaire, compte tenu de la technicité des sujets traités », estime celui qui travaille à présent dans le cabinet d’avocat Gide Loyret Nouel, en étroite collaboration avec les lobbyistes. A l’entendre, les responsables agricoles français n’ont pas bien saisi l’importance d’un lobbying efficace auprès de la Commission européenne. Critiquant la manière dont ont été conduites les négociations de la réforme 92, il a constaté à regret que les leçons n’ont pas été retenues dix ans plus tard.

Le « salmigondis » d’Hervé Gaymard

« Les propositions de la Commission, notamment le découplage, n’ont pas été prises au sérieux. Au dernier moment, Hervé Gaymard est arrivé avec son salmigondis de découplage partiel totalement insupportable, qui sera vraisemblablement balayé par les organisations professionnelles au moment de l’application de la réforme ». Pour lui, les seuls à avoir réussi à infléchir la position de la Commission sont les déshydrateurs européens. Eric Guillemot, leur lobbyiste, a expliqué qu’il s’était « préparé au pire pour faire en sorte que ça n’arrive pas ». Le « pire » était dans la proposition initiale de la Commission qui voulait supprimer à terme les aides aux déshydrateurs, au prétexte que leur activité est gourmande en énergie. Ce qui aurait à coup sûr condamné la filière. « Je n’ai jamais nié que nous polluons, comme le fait n’importe qui à partir du moment où il prend sa voiture. Simplement, je leur ai expliqué, chiffres à l’appui, que nos usines sont parmi les meilleures en terme de rendement thermique. De plus, la luzerne n’utilise pas d’engrais azoté dont chaque tonne nécessite pour sa production 1,6 tonne d’équivalent pétrole. Sans compter l’énergie pour l’épandre ». Les arguments, bien étayés, ont porté leurs fruits. La Commission a reculé et maintenu sine die son aide à la déshydratation. Seule modification, l’aide sera désormais répartie entre l’usine et le producteur au lieu d’être versée uniquement à l’usine. Fort de son succès, Eric Guillemot s’autorise à donner quelques conseils aux lobbyistes des autres secteurs, qui « pourraient être plus efficaces ».

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« La casquette France ne suffit plus »

D’après lui, « la casquette France n’est pas suffisante à Bruxelles. Les fonctionnaires sont fatigués de voir défiler les différentes positions nationales ». Lui-même se présentait comme le secrétaire général des déshydrateurs européens. D’autre part, selon lui,« le lobbying mondain est dépassé. Ce n’est pas parce qu’on joue au squash avec untel ou que l’on fait une partie de chasse avec tel autre que l’on va faire avancer un dossier ». Le directeur général du SNDF se perçoit comme un intermédiaire entre les fonctionnaires et les industriels. « Si un directeur d’usine et un fonctionnaire se rencontrent, ils ont de fortes chances de ne pas se comprendre. Ils ont besoin d’un interprète. Je joue ce rôle. » Un rôle particulièrement difficile en Europe où les cultures diffèrent. « Les Allemands ne comprennent souvent pas notre manière de nous exprimer. Ils n’arrivent pas à savoir si nous sommes pour ou contre. Nous devons donc être très clairs d’emblée », illustre-t-il. « C’est un métier à plein temps », explique-t-il, s’étonnant de voir rarement ses collègues des autres secteurs. D’autant que le coût ne paraît pas exagéré. « Nous fonctionnons avec un budget annuel de 150 000 euros », explique-t-il. Apparement, un bon retour sur investissement pour les déshydrateurs.