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SFPP Les fromages à pâte pressée doivent se revaloriser

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La réussite passée de l’emmental français et de la raclette ne doit pas faire illusion. Le Syndicat des fromages à pâte pressée s’inquiète de la contraction du marché intérieur et d’une concurrence plus vive. Et met en garde contre la tendance à brader les prix qu’autorise l’envolée récente du lactosérum.

Les fabricants d’emmental ne doivent pas céder à l’euphorie qu’entraîne la forte revalorisation actuelle du lactosérum. Le président du Syndicat des fromages à pâte pressée (SFPP), Etienne Morel, a dressé une mise en garde lors de l’assemblée de ce jeune syndicat né il y a trois ans pour défendre les « grands fromages » que sont, tant par la taille des meules que par celle des marchés, l’emmental, la raclette, le gruyère et les autres fromages à trous.

Leur poids dans l’économie laitière est important puisqu’ils absorbent 16 % de la collecte et et que près de 30 % de nos fromages sont des pâtes pressées.

Le contexte apparaît pourtant favorable, tel que présenté, du moins, par le chef de la division lait de l’office allemand ZMP : Erhard Richarts a souligné en effet la croissance ininterrompue depuis trois ans du marché des fromages alors même que la collecte ne suit guère. Mais les prix des pâtes pressées sont, presque partout en Europe, « à la traîne par rapport aux autres produits laitiers ».

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Une conjoncture exceptionnelle

Il faut dire que les ventes en France sont plutôt à la baisse, par rapport au pic atteint en 2002, non seulement en volume mais surtout en prix.

Or, le lactosérum, coproduit de l’emmental, voit ses cours s’envoler, et la tentation est forte pour les fabricants de s’en satisfaire pour assurer leur rentabilité. Alors qu’il était resté rivé autour de 2200 euros la tonne il y a quelques années, son prix dépasse actuellement 3 700 euros. « Cette conjoncture laitière est exceptionnelle », prévient le président Morel, et finalement trompeuse car la valorisation globale du lait utilisé est en réalité moindre qu’en 2002. Et le président du SFPP de dénoncer « la politique suicidaire » de ceux qui en profitent pour brader l’emmental. S’il y a un ajustement demain, il risque d’être brutal, redoute-t-il.

Le défi, pour les fabricants, dans un pays déjà gros consommateur, est de résister à la concurrence d’autres pâtes pressées volontiers importées et de trouver de nouveaux débouchés à l’extérieur. Les performances de l’emmental avec 53 000 tonnes exportées dans plus de 100 pays, ou de la raclette (8000 tonnes) ne sont pas négligeables mais difficiles à prolonger. La demande de pâtes dures est potentiellement forte sur les marchés des nouveaux membres de l’UE ou la Russie, mais aussi le Japon ou demain la Chine, sans oublier le marché suisse qui vient de faire tomber ses barrières douanières. Mais elle risque de porter davantage sur des fromages de type edam ou mozarella que sur nos spécialités…