Abonné

BREXIT/MARCHÉ AGROALIMENTAIRE Les futures relations dépendront des conditions de sortie du Royaume-Uni

- - 4 min

Maintenant que la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne a été actée par les Chefs d'État et de gouvernement de l'UE, quelles relations ce pays va-t-il garder avec l'UE dans le secteur agroalimentaire dans les prochains mois ? Nul ne le sait exactement. Etant donné la complexité du portefeuille de la PAC, d'aucuns estiment que tout dépendra en fin de compte des conditions de sortie du Royaume-Uni.

En ce qui le concerne, le Copa-Cogeca, le syndicat des grands exploitants agricoles de l'UE, estime que le processus de sortie du Royaume-Uni doit se faire « le plus rapidement possible ». Pekka Pesonen, secrétaire général de l'organisation, estime qu'il est impératif d'éviter toute perturbation supplémentaire des marchés agricoles de l'UE, étant donné l'importance des liens économiques étroits entre le Royaume-Uni et le reste de l'Europe et la crise agricole actuelle. « Il est essentiel de protéger la stabilité du marché. Plus de la moitié des exportations britanniques de nourriture et de boissons sont distribuées dans le reste de l'UE. Ce pays importe également de grandes quantités des autres États membres. Cela offre aux consommateurs européens un vaste choix de produits de qualité ». Selon le patron du Copa-Co-geca, « la communauté agricole européenne et du Royaume-Uni ne devraient pas payer le prix de la politique internationale et l'impact du Brexit sur le commerce doit à tout prix être minimisé ».

L'INDUSTRIE ALIMENTAIRE BELGE CRAINT LE RETOUR DU PROTECTIONNISME

Si pour l'heure l'inquiétude n'est pas de mise en Belgique, l'industrie agroalimentaire craint toutefois que les Britanniques refoulés dans leur île, ne se mettent à favoriser les produits locaux. « Il y a encore trop d'inconnues et on ignore les modalités et la durée du Brexit », soutient-on à la Fevia, l'équivalent belge de notre Ania. Chris Moris, le directeur général et porte-parole en même temps de la Fevia, recommande toutefois la vigilance. « Il ne faut pas minimiser les effets potentiels du Brexit, notamment une possible évolution à court terme de la livre sterling », souligne-t-il. Celui-ci redoute davantage un risque de réaction protectionniste outre-Manche. « Dans le Brexit, le sentiment de nationalisme a joué et il est fort probable qu'il déteigne sur l'attitude des consommateurs et que ceux-ci soient amenés à donner la préférence aux produits alimentaires locaux britanniques », prévient-il. Ce dernier cite en exemple le cas de la Suisse où les grandes surfaces du pays ont été envahies ces dernières années de petits drapeaux rouge et blanc ou encore celui de la France, où les affichettes « Made in France » prennent de l'ampleur dans les grands magasins. Il s'attend à ce que ce phénomène se produise aussi au Royaume-Uni à moyen ou long terme et estime que ce comportement des consommateurs pourrait davantage jouer sur les exportations agroalimentaires belges que les sur options réglementaires de l'UE ou celles du futur Royaume-Uni.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

LES CONVOYEURS ATTENDENT

Du côté de la Commission, l'attente est également de mise. Une source communau-taire estime que l'appel du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, pour des négociations rapides et décisives, conformément à l'article 50 du Traité de l'UE (Agra Alimentation du 30 juin 2016), est dans l'intérêt et de l'UE et du Royaume-Uni. Elle considère essentiel que l'UE mette rapidement en œuvre des mesures assurant stabilité et clarté aux 27 États membres de l'UE. Toujours est-il, qu'une éventuelle sortie du Royaume-Uni de la Politique agricole commune (PAC) ne se ferait pas du jour au lendemain. Le cadre budgétaire de la PAC court en effet jusqu'en 2020 et le Royaume-Uni a alimenté ce budget au même titre que ses autres partenaires européens. Selon les chiffres de la Commission européenne, la contribution britannique au budget total de l'UE s'est élevée à 11,34 milliards d'euros en 2014, faisant du Royaume-Uni le 4e contributeur européen, derrière l'Allemagne, la France et l'Italie. La politique agricole commune prévoyait – au titre du 1er pilier de la Pac (soutien aux revenus des agriculteurs) – environ 22,4 milliards d'euros de paiements directs aux agriculteurs britanniques pour la période 2014-2020. Sous le 2e pilier (développement rural), 5,2 milliards supplémentaires étaient programmés. Aziz Ben Marzouq