Abonné

Action syndicale Les grandes marques de salaisonnerie étiquetées par les éleveurs de porcs

- - 5 min

Depuis trois semaines, sur toute la France, les éleveurs de porcs se retrouvent dans les grandes surfaces pour coller des étiquettes sur les produits des grandes marques de salaisonnerie qui n’affiche pas le logo « viande de porc française » (VPF). Depuis la manifestation du Space, le 16 septembre, cette action, initiée par la Fédération nationale porcine, a été relayée par les autres syndicats.

«Y a pas à tortiller, exigeons ensemble la marque viande de porc française (VPF) dans nos supermarchés », est-il écrit sur l’affiche rose que tient l’un des 10 éleveurs, réunis le 22 septembre devant le Carrefour Côte de Nacre de Caen, avant de commencer une action de « stickage ». Yvan Fourré, président régional de la FDSEA et responsable d’un élevage naisseur-engraisseur de 300 truies, a accueilli la presse avec joie pour transmettre son message : « Avec la hausse des coûts de production liée à la hausse des cours des céréales, ainsi que les cours bas du porc, les éleveurs traversent une grave crise. Nous voulons donc renforcer l’image du logo VPF, mais un maillon de la filière ne joue pas le jeu, les salaisonniers. Depuis trois semaines, nous dénonçons ces grands groupes qui trompent le consommateur avec des “élaborés” ou des ”transformés en France”, sans vraie indication d’origine. » Justin Bridou, Aoste, Fleury Michon, Madrange, Herta sont visés directement. « Le but de l’action est de cibler les marques qui ont “une image de marque” et qui ne jouent pas le jeu VPF », explique à sa façon Joël Rebillard, animateur FRSEA Basse-Normandie.

Un soutien de la part de la grande distribution
Le groupe se dirige vers l’accueil du grand magasin où Jean-Charles Blanchetot, directeur du Carrefour Côtes de Nacre, les attend, accompagné du responsable de la sécurité. Yvan Fourré explique son action et Jean-Charles Blanchetot donne son feu vert : « Pas de problème, ça marche ! », déclare-t-il doucement. « Vu la position de Carrefour et de la grande distribution, je n’ai pas de difficulté à répondre à ces éleveurs. Carrefour a plus une démarche d’accompagnement des producteurs que d’opposant », continue-t-il. Les photos ne sont cependant pas autorisées afin qu’après la crise, « il n’y ait pas d’amalgame » et que la marque Carrefour ne soit pas directement associée aux producteurs contre les industriels. Jean-Charles Blanchetot annonce tout de même fièrement – la presse est toujours présente – que dans ses rayons frais, « 90% de la viande est d’origine française. Les 10% restants sont liés à la viande ovine et chevaline car le marché français ne couvre pas toute la demande. »

Viande fraîche, un VPF plus ou moins présent
Dans le rayon frais, si les affiches roses déposées en mai sont toujours là (coûts de la campagne pour les éleveurs : 500 000€), le logo VPF n’est pas indiqué sur les emballages des viandes exposées, « contrairement au Carrefour de Mondeville », situé à quelques kilomètres de là, précise Yvan Fourré. La discussion s’engage entre les éleveurs et le directeur du magasin. « Vous avez certes de la viande française, mais mettre le logo permet de ne pas brouiller les pistes car il n’y a pas mieux que vos immenses rayons pour se perdre », lance Yvan Fourré. Jean-Charles Blanchetot réplique qu’il contactera son collègue de Mondeville afin de résoudre le problème au plus vite. Les éleveurs se dirigent, après l’inspection plutôt satisfaisante du rayon viande fraîche vers le rayon salaisonnerie, indiqué d’un geste ouvert de la main par Jean-Charles Blanchetot. Lardons et jambons non VPF sont étiquetés d’un rond ou d’un rectangle jaune, « Traçabilité non garantie, exigez VPF ». Seul Fleury Michon arbore le logo sur l’un de ses jambons. Les viandes Carrefour seront épargnées comme les produits bas de gamme. Selon les éleveurs, les ordres sont clairs : « Nous ne visons pas les distributeurs qui nous accueillent », même si tous n’ont pas identifié l’origine, « ni le bas de gamme car nous considérons que le marché français n’est pas autosuffisant en porc. De toute façon, le premier prix est presque une étiquette, le consommateur s’attend à manger de la m…. ! »

Des éleveurs qui n’ont « plus rien à perdre »
Les éleveurs s’organisent pour une gestion rapide de l’étiquetage. « J’ai travaillé en usine ! », déclare l‘un d’entre eux en riant. « Tu sais ce que veut faire mon fils plus tard ?!, déclare un autre. Céréalier ! ». L’ambiance est bonne, même si « certains éleveurs n’ont pas voulu venir car ils sont trop remontés ». Les dégradations du Space sont sur toutes les bouches. « Pour en être arrivés là, les éleveurs laitiers sont vraiment désespérés. Ils n’ont plus rien à perdre… comme nous bientôt. » L’action aura duré une heure et demi environ. Les consommateurs, pour beaucoup, n’ont pas osé intervenir devant ce stickage massif. Certains ont continué à prendre leurs produits de référence, décorés de leur nouvelle étiquette. Peu auront posé des questions. Les éleveurs enchaîneront sur Cora où le scénario se répétera à l’identique. Pour les deux départements, Calvados et Manche, près de 20 000 étiquettes ont été commandées. « Il n’en reste plus tant que cela », termine un éleveur. Dans la Manche, plus d’une dizaine de magasins ont été visités par une vingtaine d’éleveurs à chaque fois, de toutes origines syndicales.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.