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Compétitivité/VIANDES « Les grandes surfaces ne cherchent pas forcément des fournisseurs de gammes complètes »

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Patron de la société Jean-Louis Amiotte, spécialiste et n°1 de la saucisse de Morteau (200 personnes et 40 millions d’euro de CA), Richard Paget ne croit pas forcément à la recherche de la taille pour la taille. Un discours qui tranche sur bien des idées reçues. « Les grandes surfaces ne cherchent pas forcément des fournisseurs de gammes complètes », explique-t-il. Cela ne l’empêche pas d’acquérir une petite entreprise productrice de saucisson de haute qualité, Manet Frères, d’Yssingeaux. Trois questions posées en prélude à un important colloque le 10 décembre sur la Compétitivité des filières animales françaises.

Indépendamment des conditions de concurrence difficiles subies par les filières animales, les entreprises n’ont-elles pas sous-investi ces dernières années dans ce secteur ?
Pour investir il faut gagner de l’argent. Et, globalement, la filière porcine n’est pas dans une situation où elle est en mesure d’investir de manière importante. Ce qui pollue la situation c’est évidemment la hausse des prix des productions nécessaires à l’alimentation des porcs. Cela s’est répercuté sur toute la chaîne. A titre d’exemple, chez nous, Amiotte, nous n’avons pas gagné d’argent en 2012 en raison de nos coûts d’approvisionnement puisque nos contrats d’appro en porcs sont indexés sur le marché du porc breton. Et les prix ont explosé en 2012.
À cela s’ajoutent, pour les entreprises d’abattage découpe, les conditions de concurrence avec les Allemands. De plus, nous allons tous être très concernés par l’écotaxe sur les transports qui devrait par exemple, pour nous, représenter 0,4% de notre chiffre d’affaires.
Cela ne nous empêche pas de procéder à un important investissement, de l’ordre de 17 millions d’euros alors que notre chiffre d’affaires atteint 40 millions d’euros, même si nos prévisions ne sont guère optimiste. Il faut rester compétitif.
 
Alors quelle est la solution, faut-il se regrouper davantage que ne le font les entreprises des filières animales ?
Il est vrai qu’on constate en quelque sorte à une « course à l’armement » impressionnante ; dans certains domaines c’est nécessaire, il y a, en fonction des marchés, des situations, des tailles critiques à atteindre.
Sur notre marché spécifique qui est de petite taille, il est difficile de croître beaucoup même si c’est nécessaire pour réaliser quelques économies d’échelle. Nous-mêmes sommes en train d’acquérir une PME, la société Manet Frères, d’Yssingeaux, qui produit un saucisson sec remarquable, en Haute Loire. C’est de la super qualité et c’est cela qui m’intéresse. Et puis, ces saucissons se vendent en été alors que nos saucisses de Morteau ou Montbéliard se vendent plutôt en hiver. Mais enfin, on ne cherche pas obstinément à avoir toute la gamme à proposer aux distributeurs.
À chaque fois qu’on se concentre, on améliore la gestion de certains coûts mais est-ce que cela ne pose pas d’autres problèmes vis-à-vis des grandes surfaces ? Celles-ci cherchent d’abord des spécialistes capables de leur fournir d’excellents produits au meilleur coût. Je ne suis pas sûr qu’ils attendent une gamme complète.
 
Quel conseil donneriez-vous aux entreprises en difficulté qui se situent notamment en Bretagne ? Doivent-elles mettre en place des stratégies de produits certifiés ou d’appellation ?
Je me garderai bien de donner des conseils à qui que ce soit. Les entreprises agroalimentaires bretonnes ont des performances remarquables, c’est le cœur de l’agroalimentaire français.
Ce qui compte c’est de chercher à se démarquer de la concurrence. Pour cela, on peut avoir des stratégies de marque ou d’appellation protégée. Cela dépend de chaque entreprise de son histoire, de sa capacité à innover de sa capacité à investir sur ces produits.

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