Plusieurs débats très riches se sont déroulés sur le plateau de l’information des chambres d’agriculture (APCA). La sélection suivante en présente les aspects les plus saillants.
26 février Les missions de la recherche
Le grand débat du Plateau de l’info, animé par Bernard de La Villardière, s’ouvrait par la présentation par Marion Guillou, présidente et directrice générale de l’INRA, d’une pomme nécessitant « deux fois moins de traitements phytosanitaires ». Pour Mme Guillou, les orientations de la recherche publique s’inscrivent dans l’histoire de la société : « À un moment, on demande à l’agriculteur de produire plus ; puis on lui demande de faire du qualitatif ; aujourd’hui s’ajoute le respect de l’environnement. » Brigitte Allain, porte-parole de la Confédération paysanne, conteste ce point de vue, en estimant notamment que « la recherche sur l’agriculture biologique n’est toujours pas prioritaire», mais Marion Guillou précise qu’en ce qui concerne l’INRA, « 25 % des chercheurs travaillent sur une finalité environnementale. »
Brigitte Allain, qui réclame l’application du principe de précaution, pour les OGM demande : « Faisons des recherches sérieuses pour évaluer les problèmes de santé. » Oui, mais comment faire des recherches s’il y a des « destructions orchestrées» de parcelles expérimentales, rétorque Alain Toppan, directeur de recherche chez Biogemma (Limagrain) ? Pour Luc Guyau, il y a urgence : « I l faut tout mettre en œuvre pour que la recherche puisse faire son travail, il y va de l’indépendance de notre pays ou de notre région dans le débat mondial».
Faut-il soigner les plantes ?
Didier Marteau, agriculteur, spécialiste de la consommation et de l’environnement à la FNSEA, le docteur Jean-Pierre Grillet, de la MSA, et Emmanuel Butstraen, président de BASF, étaient réunis par Agra Presse sur le Plateau de l’info pour en débattre le 26 février. La chimie a mauvaise presse, mais « il est difficile de commercialiser sans traiter », fait remarquer Didier Marteau, même si aujourd’hui « des efforts sont faits pour traiter les plantes de manière raisonnée », rappelle Emmanuel Butstraen. Celui-ci plaide pour une meilleure communication vers le public, afin d’expliquer que « ces produits sont utiles » et nécessitent dix ans avant d’obtenir une autorisation de mise sur le marché. Il faut aussi une « communication claire » vers le producteur, précise le docteur Grillet, qui évoque les résultats de l’observatoire de la MSA des troubles qui peuvent survenir avec les produits phytosanitaires.
En effet, quand on parle de « santé des plantes », il y a un risque de banaliser des produits qui ne sont pas anodins. Pour Didier Marteau, il est clair que les agriculteurs de la génération précédente n’ont pas été suffisamment formés à se protéger.
27 février La santé dans l’assiette
Sur le thème « La santé est-elle toujours dans l’assiette ? », le grand débat du Plateau de l’info a été copieux, varié et animé. Il réunissait Françoise Foque (Cerqua), Véronique Richez-Lerouge (association Fromages de terroir), Paule Neyrat, diététicienne et journaliste, Didier Marteau (FNSEA) et Louis Orenga (CIV). On a précisé que l’utilisation des antibiotiques est réservée maintenant aux seuls animaux malades (« qu’il faut bien soigner ») et que les contrôles sanitaires en matière de viande sont « obligatoires, fréquents, carcasse par carcasse ». Tous ont d’ailleurs semblé d’accord sur le fait que « le niveau sanitaire est devenu trop élevé», comme l’a affirmé Didier Marteau, et qu’on en arrive à des paradoxes inquiétants. « Le fromage pasteurisé est très vulnérable à la recontamination, puisqu’il ne peut plus se défendre contre la listeria, par exemple », a remarqué Véronique Richez-Lerouge.
L’égalité hommes-femmes
Véronique Taillade fait partie des dix femmes maréchaux-ferrants de France. Élodie Masson débute dans le métier de jardinier-paysagiste. Elles étaient les invités dimanche, avec Jean-Marie Blin (Apecita), de l’équipe d’Agra pour « Sur un plateau » animé avec Anne-Cécile Sarfati, du magazine Elle. Si Véronique Taillade a senti un peu d’hostilité durant sa formation, elle a réussi à se constituer une clientèle qui semble apprécier son « meilleur feeling avec la bête ». Elle a aussi l’impression que « les femmes recherchent plus la perfection». Même sentiment pour Elodie Masson, pour qui les femmes travaillent en bonne complémentarité avec les hommes, lesquels effectuent les travaux plus « physiques ». Il y a cent ans, il aurait été d’ailleurs impossible à Véronique Taillade de pratiquer son métier, qui a évolué techniquement.
28 février Vin : comment sortir de la crise ?
Le 28 février, Bernard de La Villardière a animé le grand débat du Plateau de l’info sur le thème de la crise viticole française. Les exportations reculent depuis plusieurs années, au profit des vins du Nouveau monde. Entre standardisation des goûts ou effondrement de la filière, 2005 serait-elle l’année de tous les dangers ? Le chiffre d’affaires des vins français pourrait baisser de 40 %, même si la France reste le 1er producteur et le 1er exportateur mondial. Christian Paly, de la Confédération nationale des AOC, a cité des raisons conjoncturelles (la baisse de la consommation intérieure et la disparité dollar/euro pesant sur l’export) et structurelles (la mondialisation du marché et l’émergence de nouveaux producteurs). Des nouveaux producteurs qui, justement, produiraient des vins « mieux adaptés au marché » pour Jacques Gravegeal, de la chambre d’agriculture de l’Hérault. Pas du tout, a rétorqué Nicolas Joly, viticulteur utilisant des méthodes biodynamiques, « l e problème est que nos AOC ne s’expriment plus assez : quand le vin a su préserver son originalité, il est pré-vendu».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
1er mars Préserver l’environnement : un défi de société
Noël Dupuy, vice-président du Crédit agricole, Pierre Guy, de la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux), Guy Vasseur, responsable du dossier Environnement aux chambres d’agriculture, Christiane Lambert, présidente de Farre (agriculture raisonnée) et Jean-Charles Bocquet, de l’UIPP (Union des industries de protection des plantes) ont débattu mardi de la nouvelle donne agriculture-environnement. « Il est fondamental de préserver notre environnement, c’est un défi de société », affirme Noël Dupuy. Pourtant, a fait remarquer l’animateur Bernard de La Villardière, la France est le 3e consommateur mondial de pesticides et le 1er en Europe. Des chiffres à relativiser pour Christiane Lambert, présidente de Farre, « car la France offre une grande surface agricole et les agriculteurs sont de plus en plus formés à n’utiliser les produits qu’en dernier recours ». Jean-Charles Bocquet de préciser que les doses ont fortement diminué et que « les dépassements aujourd’hui constatés ne présentent pas de risque inacceptable pour la santé ». Un argument contesté par Pierre Guy, qui estime qu’on ne dispose pas en France des indicateurs suffisants « pour mesurer vraiment l’impact des pesticides» et que vendeurs de produits comme agriculteurs ne sont pas assez formés.
2 mars L’Europe agricole pourra-t-elle résister à la mondialisation ?
Luc Guyau, président de l’APCA, Bernard Layre, président des Jeunes Agriculteurs, Pascal Ferey, secrétaire général adjoint de la FNSEA et François Lucas, président de la Coordination rurale, étaient réunis le 2 mars pour évoquer l’agriculture et la mondialisation, dans le cadre du grand débat du Plateau de l’info, avec la présence, un court instant, de Christian Jacob, le ministre délégué aux PME. Pour ce dernier, « l’Europe est un atout face à l’internationalisation des marchés ».
Mais ne peut-on pas redouter déjà une concurrence entre pays européens ? Luc Guyau concède qu’« à vingt-cinq, on a quelques craintes », mais s’il y a un développement de l’agriculture dans les nouveaux pays, il y aura aussi un développement de la consommation. Des craintes aussi pour François Lucas : « que nous nous opposions entre nous », que nous soyons « tous tirés vers le bas » par une PAC « cheval de Troie de la mondialisation». Bernard Layre regrette, lui, l’absence de feuille de route permettant de connaître les échéances quant aux harmonisations sociales et fiscales. Mais il reste optimiste sur les débouchés pour les productions agricoles (démographie en hausse et nouveaux besoins en biocarburants).
Éviter les agriculteurs rentiers
La nouvelle PAC, avec le découplage des aides de la production a également été scrutée à l’occasion de ce débat : va-t-on vers un système où une part des agriculteurs deviennent des « rentiers » ? Ce serait « la pire des choses» pour Luc Guyau : « il faut se battre pour garder un lien entre l’acte de production et la compensation économique ». Pour François Lucas, « cette nouvelle politique est illisible, personne ne peut dire aujourd’hui comment réagiront les paysans ».
Et d’ailleurs, malgré les aides, le nombre d’agriculteurs baisse, ainsi que leurs revenus. Pascal Ferey déplore l’absence d’instrument pour gérer les marchés depuis l’élargissement : « Faudra-t-il renationaliser partiellement l’agriculture française ? » Surtout pas pour Bernard Layre qui s’oppose à trop d’État : « Depuis 1972, il y a deux fois moins d’agriculteurs. » Non plus pour François Lucas, pour qui mettre le secteur « sous perfusion avec des aides est catastrophique». Dans ce contexte, la mondialisation est pourtant à considérer comme une opportunité pour Luc Guyau, « à condition que les gouvernants comprennent que le libéralisme ne peut assurer l’équilibre alimentaire du monde ».
3 mars Constitution européenne : ce qui va changer pour l’agriculture
À l’occasion du grand débat du Plateau de l’info, Jean Salmon, vice-président de l’APCA, Philippe Tabary, administrateur à la Commission européenne, Brigitte Allain, porte-parole de la Confédération paysanne, et Sylvain Marmier, président du conseil européen des Jeunes agriculteurs, ont débattu le 3 mars de l’impact possible de la future constitution européenne sur l’agriculture et tenté d’imaginer divers scénarios. « La constitution européenne, a expliqué Philippe Tabary, donnera plus de pouvoir au parlement et des rouages à l’Europe pour fonctionner.» Mais « l’image de l’agriculture à travers l’Europe est assez confuse », a remarqué Sylvain Marmier, qui a révélé que 90 % des Jeunes agriculteurs ne savent pas qui est leur député européen. « Les agriculteurs veulent une autre Europe», a affirmé Brigitte Allain, qui prône une agriculture « sortie de l’OMC », car on ne peut « régler les problèmes d’alimentation comme ceux d’une simple marchandise». Au contraire, pour Jean Salmon, « notre seule chance de peser sur l’OMC », c’est bien de créer « le GAEC européen ». Et si le « non » l’emportait au référendum sur la constitution ? Pour Jean Salmon, nous serions de nouveau consultés dans un an, et alors, soit « nous donnons un oui au rabais en perdant notre pouvoir d’orientation », soit « nous sortons de l’Union européenne ».
Quelle stratégie pour l’agriculture ?
L’équipe d’Agra a réuni Luc Guyau, président de l’APCA, Michel Cadot, directeur de cabinet au ministère de l’Agriculture, Didier Marteau, vice-président de la FNSEA, et René Louail, de la Confédération paysanne, pour évoquer l’avenir de l’agriculture. « La stratégie d’exportation restera un des piliers de notre politique agricole», a assuré Michel Cadot, et l’agriculture de demain sera « plurielle, à la fois économique et paysanne », a précisé Luc Guyau. Mais « les agriculteurs qui avaient mis en place des systèmes à forte valeur ajoutée vont être laissés sur le carreau », s’est inquiété René Louail. Pour Didier Marteau, ce nouveau cadre aboutira « peut-être à ce qu’on ne produise plus assez de viande en Europe », ce qui, ironie du sort, « nous obligerait à en importer pour nous nourrir». Michel Cadot a évoqué la loi d’orientation applicable dès 2006 : « Ce sera une loi politique » et elle veillera à simplifier les choses pour les exploitants. Reste à trouver, selon Luc Guyau, « un équilibre capital-travail-revenu ».