Dans une note d’analyse parue début octobre sur les « emplois précaires en agriculture », le Centre d’étude et de prospective (CEP) du ministère de l’Agriculture estime que les groupements d’employeurs agricoles favorisent la précarisation des emplois salariés du secteur. « Si les groupements d’employeurs étaient initialement conçus comme des outils de lutte contre la précarité, tant les données statistiques que les travaux sociologiques montrent qu’ils se révèlent plutôt générateurs de précarité, tant sur la durée et la continuité des contrats que sur la qualité des conditions de travail », estime le CEP. Mis en place en 1985, les groupements d’employeurs permettent à des exploitants agricoles de se rassembler sous la forme d’une association non lucrative, et de mettre à la disposition des membres les salariés employés par le groupement. Le dispositif se voulait à l’origine une manière d’agréger des temps partiels ou des activités saisonnières afin de constituer des emplois stables pour les salariés, tout en donnant de la flexibilité aux exploitants agricoles.
Si le nombre de salariés employés dans ces groupements augmentait régulièrement depuis le début des années 2000, grâce aussi bien à des CDI qu’à des contrats précaires, depuis 2010 la hausse « repose essentiellement sur des CDD, saisonniers ou non », remarque le CEP. En 2016, sur 70 000 salariés employés dans 3 730 groupements, plus de 44 000 l’ont été en CDD saisonniers, 13 800 en CDD et seulement 13 200 en CDI.
Facteur aggravant, le dispositif juridique du groupement, conçu à l’origine pour rassembler quelques exploitants, peut parfois « être utilisé à l’échelle d’un département, dans des dispositifs regroupant plusieurs dizaines, voire centaines, d’employeurs potentiels », note le CEP, qui ajoute que dans certains cas « la flexibilité l’emporte sur la sécurisation des parcours des salariés ». Certaines études montrent, par ailleurs, que les groupements provoquent « une importante intensification du travail » et une pression sur les salariés, ainsi qu’une « dilution de la figure de l’employeur » et des responsabilités, le salarié étant partagé entre sa subordination en droit au groupement et sa subordination de fait aux exploitants qui en sont membres.
Les groupements provoquent « une importante intensification du travail » et une pression sur les salariés