Les fruits et légumes « moches » commercialisés sous la marque Les Gueules Cassées depuis un an s'installent dans le paysage. Ils vont même faire leurs premiers pas à l'export. Les produits transformés déclassés connaîtront-ils le même engouement ?
Très médiatisée dès ses débuts, il y a un peu plus d'un an, l'initiative antigaspillage lancée par Nicolas Chabanne (1), les Gueules Cassées, devrait bientôt faire ses premiers pas à l'international. « Nous allons déployer le dispositif dans sept pays d'ici à la fin de l'année », a-t-il annoncé à Agra Alimentation. Des distributeurs étrangers, séduits par le marquage décalé et souriant de ces produits déclassés, ont en effet souhaité importer le concept. « Pour l'instant, ce sont des producteurs français qui vendront leurs produits sous cette étiquette à l'étranger. Mais si cela peut constituer une solution pour des producteurs étrangers aussi, on ne s'y opposera pas », indique Nicolas Chabanne.
LE PRODUCTEUR TRAVAILLE EN DIRECT AVEC LA DISTRIBUTION
Avec les Gueules Cassées, Nicolas Chabanne et ses deux associés ont créé une lame de fond dans les fruits et légumes en grande surface. Bilan : plus 10 000 tonnes écoulées dès la première année, malgré les limites de l'organisation. Depuis peu, les producteurs de fruits et légumes vendent leur production déclassée eux-mêmes, alors que le collectif Les Gueules Cassées servait jusqu'ici d'intermédiaire. « Cela va permettre de développer considérablement les volumes », espère Nicolas Chabanne. Le producteur fait désormais fabriquer les étiquettes et vend ses produits déclassés lui-même. Chaque étiquette lui coûte 3,5 centimes : 1,5 centime pour les frais de fabrication, 1 centime distribué à des associations caritatives et 1 centime pour rémunérer le collectif Les Gueules Cassées. Ce dernier, qui ne gère plus la commercialisation des fruits et légumes, peut ainsi se concentrer sur d'autres projets. L'automatisation, en cours, du site internet, ainsi que des embauches, devraient permettre de gérer le développement de la marque.
Celle-ci a notamment fait son apparition, il y a quelques semaines, sur des produits transformés. Une possibilité nouvelle qui intéresse, semble-t-il, de nombreux industriels.
LE MODÈLE APPLIQUÉ AUX PRODUITS TRANSFORMÉS
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Pour l'heure, Carrefour vend des camemberts fabriqués selon le critère du cahier des charges de l'AOP camembert de Normandie qui n'ont pu bénéficier du précieux label, par exemple pour des problèmes de conformité, et Casino propose des céréales petit déjeuner déclassées. « L'entreprise fournit une enseigne avec ces produits déclassés, habillés d'un packaging spécifique. Ce système permet aux enseignes de travailler leur différenciation. Et si cela marche “trop bien”, charge à elles de gérer la pénurie. Nous sommes rémunérés à hauteur de 5 % des ventes », explique Nicolas Chabanne. Dans le cas du camembert, la laiterie Gillot fournit ainsi l'intégralité de ses produits déclassés à Carrefour. « Ça démarre très bien, nous avons rapidement atteint de bons scores de ventes moyennes hebdomadaires », déclare Nicolas Chabanne. Ce dernier pense décliner l'initiative, toujours sur le principe un produit – une enseigne.
LES GUEULES CASSÉES S'ATTAQUENT AUX DATES COURTES
Dernier chantier en cours, la promotion des produits à date courte. Après un test, Casino va déployer le système préconisé par les Gueules Cassées dans plus de 2 000 points de vente. Il s'agit de valoriser l'achat des produits à date courte, avec la mention « stop au gaspi », et toujours le logo des Gueules Cassées. « Avec la réduction appliquée, cela reste un achat économique, mais notre logo souriant le valorise », explique Nicolas Chabannes. Comme pour les fruits et légumes, le collectif se rémunère sur l'étiquette. Celle-ci coûte 2,5 centimes au distributeur : 0,5 centime de frais techniques, 1 centime pour des associations caritatives et 1 centime pour les Gueules Cassées.
Reste à espérer que des produits « moches » finissent bien dans l'estomac des consommateurs et pas à la poubelle. Car les ménages sont, selon diverses estimations recensées dans le rapport Garot (lutte contre le gaspillage alimentaire : propositions pour une politique publique, 2015), à l'origine d'une grande partie du gaspillage alimentaire (Agra Alimentation du 23 avril 2015).
(1) Nicolas Chabannes s'était déjà fait connaître avec Le Petit Producteur (Agra Alimentation du 28 avril 2011).