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Conjoncture Les IAA françaises plus exposées aux défaillances d’entreprises

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Si l’on en croit l’évolution des défaillances d’entreprises, le secteur agroalimentaire ne va pas bien en France. Elles ont considérablement augmenté en 2010 et la situation ne s’est pas vraiment améliorée cette année, souligne Coface dans sa récente étude L’industrie agroalimentaire mondiale : les entreprises sous tension face à la volatilité des prix. De cet état des lieux il ressort que les entreprises des pays occidentaux et les PME sont particulièrement exposées aux turbulences actuelles. La volatilité exacerbée des matières premières et la tendance haussière des prix, couplée à une consommation en berne, est particulièrement difficile à gérer pour les PME, qui éprouvent des difficultés à se financer. Seule issue possible pour Coface : la consolidation, au moins à l’échelle européenne.

En 2010, les industries agroalimentaires françaises ont connu 1 359 faillites, soit une croissance de 8,1 % sur un an, selon une étude publiée la semaine dernière par l’assureur crédit Coface. Un chiffre qui contraste avec une baisse de 3,4 % pour l’ensemble des industries nationales. Le secteur alimentaire a dû faire face à la hausse des prix des matières premières agricoles, aggravée par celle du pétrole, des emballages, du gaz et de l’électricité. La situation ne s’améliore guère car à fin juin 2011, le nombre de défaillances sur 12 mois est toujours en hausse de 5,7 % à 1 420 contre 1 344 à fin juin 2011. Dans le même temps, les créations d’entreprises ont baissé : 5 143 ont vu le jour en 2010, contre 5 200 en 2009, soit un recul de 2 %. A fin juin, les créations dans l’industrie agroalimentaire ont encore chuté de 12 % avec 4 675 créations sur les 12 derniers mois, contre 5 308 l’année précédente pour la même période.


L’Europe : un marché mature où le secteur doit se concentrer
Le marché français est un marché mature, souligne Coface, tout comme en Europe. Les volumes des ventes progressent peu ; la part de la consommation alimentaire dans les dépenses des ménages stagne. Les marges de manœuvre des industries françaises demeurent ainsi limitées, redoute Coface. « Pour contrer cette tendance, le secteur doit se concentrer en rachetant des marques, donc des parts de marché et s’internationaliser pour profiter des marchés émergents ».
Mais peu d’opérateurs présentent une taille critique suffisante pour passer à l’offensive, car le secteur est largement dominé par des PME. Les restructurations restent encore timides, les principaux mouvements de concentration touchant la filière laitière, déjà composée de grands groupes industriels comme Lactalis qui vient de s’offrir l’italien Parmalat ou la coopérative Sodiaal, qui a repris Entremont, désormais alliée de l’américain General Mills au sein de Yoplait. Il faudra pour beaucoup d’autres acteurs de l’agroalimentaire procéder encore à des fusions nationales et européennes. « Encore faut-il que leurs situations financières le leur permettent après deux années de crise ».

Les secteurs de la boulangerie et des viandes les plus exposés
La situation la plus préoccupante concerne les filières de la boulangerie et des viandes, car parmi les plus exposées à la volatilité des matières premières. Pour l’élevage, la situation est également aggravée par le fait que les éleveurs désertent la profession qui est trop endettée. « Cela fait courir un risque à toute la filière », craint Claude Engénia, arbitre expert de Coface sur la filière agroalimentaire. La filière volaille est également très exposée. La France, premier exportateur d’Europe, est désormais concurrencée par les productions mexicaines et brésiliennes. Tout aussi fragile, on trouve la filière des fruits et légumes, qui connaît des défaillances touchant jusqu’aux plus gros intervenants, le secteur étant confronté aux aléas climatiques ou sanitaires et à la concurrence des Espagnols et Italiens.

Inégalité selon la taille face à la volatilité des prix
Au niveau mondial, les industries agroalimentaires sont confrontées à une spéculation de plus en plus vive sur les cours des matières premières « qui sont devenues une classe d’actifs à part entière » pour Coface et « enregistrent des bonds spectaculaires de prix ». La tendance à la hausse ne devrait guère s’atténuer. La demande ne cesse de progresser, notamment dans les pays émergents où progressent des classes moyennes dont les habitudes alimentaires s’orientent davantage vers les viandes et les produits plus transformés. La concurrence des biocarburants joue également un rôle non négligeable. Le manque de transparence sur les stocks favorise également la volatilité des prix.
Les PME, dans le monde, s’avèrent être moins préparées à la maîtrise de cette variation des coûts que les grands groupes internationaux. Ces derniers ont recours à des contrats de couverture et possèdent des marges de manœuvre importantes pour améliorer la productivité. Par ailleurs, la présence des grandes entreprises sur les marchés porteurs leur permet de s’approvisionner en matières premières au meilleur prix. Dans les pays émergents, où coexistent des grands groupes internationaux et des petites entreprises, ces dernières bénéficieront du dynamisme de la consommation, mais feront face à des phénomènes de surchauffe susceptibles de les fragiliser.

L’Europe occidentale particulièrement menacée
La consolidation du secteur agroalimentaire devrait se poursuivre, amplifiée par les difficultés que devraient rencontrer les plus petites structures à financer leurs investissements. En Europe, Coface redoute une accélération des faillites, notamment à l’ouest, la consommation des ménages devant considérablement ralentir au Royaume Uni, au Portugal et, bien évidemment en Grèce. L’assureur est plus optimiste pour l’Europe de l’est, « avec une croissance du PIB qui devrait atteindre 3,8 % ». Néanmoins, les ménages continueront de se désendetter, ce qui pèsera sur leurs dépenses.

Les Etats-Unis et le Japon sous pression
Aux Etats Unis, la situation est différente. Le pays compte sept groupes parmi les dix premières industries alimentaires mondiales, et la moitié des trente premières industries du secteur dans le monde est américaine. Mais celles-ci doivent faire face à des distributeurs très puissants qui ne leur laissent guère de marges de manœuvre dans les négociations sur les prix. Un rapport de force qui est encore plus défavorable pour les PME. Les industries agroalimentaires au Japon doivent faire face à la défiance des consommateurs pour le « made in Japan », après la catastrophe de Fukushima et favoriseront davantage les importations. Elles seront particulièrement fragilisées, d’autant que la bonne tenue du yen pénalisera les exportations.

Les risques propres aux pays émergents
La Chine est un marché en pleine croissance, mais les scandales liés à la mélanine dans le lait ont sapé la confiance des consommateurs, notamment dans les industries locales. Cela devrait profiter aux entreprises étrangères garantes d’une plus grande sécurité. L’autre écueil pour l’industrie alimentaire touche à l’inflation des coûts des matières premières, aggravée par la sécheresse, et la hausse des salaires dans l’agriculture. Le Brésil, enfin, est devenu un grand exportateur de matières premières agricoles et dispose désormais de grands groupes agroalimentaires de premier plan à l’international : Brasil Food, né du rapprochement de Sadia et Perdigao, ou JBS, dans la viande, Copersucar et Cosan dans le sucre, Lacteos Brasil dans le lait. L’innovation dans l’alimentaire est également largement soutenue par l’organisme public de recherche, Embrapa. Le pays souffre toutefois de deux handicaps : une devise forte qui freine les exportations et des infrastructures de transport et de stockage insuffisantes. Ces industries peuvent toutefois compter sur une demande nationale dynamique, avec une frange de la population très aisée et un élargissement des classes moyennes.

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