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Région Les IAA provençales cherchent le tir groupé

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Si la région Provence-Alpes-Côte d’Azur compte sur ses terres quelques multinationales, ses industries alimentaires (IAA) restent, comme ailleurs, à plus de 90 % des TPE-PME. Près de 1 000 établissements, recensés par le CRITT Agro PACA, génèrent ainsi un chiffre d’affaires de 6 milliards d’euros, qui peine à progresser. Dans cette région qui possède de nombreux atouts (image à forte notoriété, structures d’accompagnement, pôle de compétitivité…) la profession, à travers la FRIAA, cherche à relancer l’activité du secteur en regroupant les capacités de chacun en France et à l’étranger au travers de la marque ombrelle « Cuisine Provence » et d’actions communes. Non sans mal, puisque la mutualisation ne semble guère faire partie de la culture régionale.

En Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), les IAA ont su perdurer en ordre dispersé. Sur les 1 000 établissements de transformation et de négoce recensés en juin dernier dans la région par le CRITT (Centre régional de recherche et de transfert de technologies) agroalimentaire Paca, les PME et TPE sont légion. 68 % de ces IAA emploient moins de 20 salariés. L’INSEE de son côté comptabilise 700 sociétés de plus de 10 personnes mais seulement 47 de plus de 100 employés. Au final, le président de la Fédération régionale des industries agroalimentaires (FRIAA), Dominique Amirault, chiffre pour sa part à 500 le nombre de « sociétés sérieuses » du secteur.

Six milliards d’euros de chiffre d’affaires

L’agroalimentaire, un secteur sous-développé en Paca ? S’il y a peu de grands groupes locaux qui émergent, plusieurs multinationales ont tout de même choisi de s’implanter dans cette région privilégiée au bassin de consommation conséquent (voir ci-après). L’industrie agroalimentaire tient ainsi la place de deuxième employeur avec plus de 29 000 postes. Mais les IAA n’affichent au total qu’un chiffre d’affaires d’environ 6 milliards d’euros – hors secteur vinicole –, « soit 2% du PIB régional », selon Silvia Ferrari, chargée de mission à la MDER (mission de développement économique régional). Une activité qui laisse la région Paca à bonne distance des régions agroalimentaires les plus dynamiques, Bretagne, Nord-Pas-de-Calais ou Pays de la Loire en tête.

Un potentiel inexploité ?

Pourtant, « la région a un potentiel énorme», rappelle Dominique Amirault. En premier lieu, une image mondialement connue, atout maître pour la conquête des marchés export. Fait rare dans l’Hexagone, les IAA bénéficient également de l’accompagnement de trois structures dédiées : le CRITT, créé en 1989, la FRIAA et l’IFRIAA (Institut régional de formation aux industries agroalimentaires). Quant au technopôle régional d’Avignon dédié à l’agroalimentaire, il a obtenu le label « pôle de compétitivité ». Outil de développement majeur, il héberge entre autres 150 entreprises,– telles que McCormick ou Naturex –, 50 organismes socio-professionnels, 6 organismes de recherche… Et abrite depuis peu le pôle européen d’innovation fruits et légumes, à juste titre, Paca étant la première région fruitière du pays. Enfin, « le potentiel d’innovation de nos IAA est double, explique Gilles Fayard, directeur du CRITT Agro Paca. Les multinationales présentes possèdent une importante capacité de recherche et développement. Et d’un autre côté, les TPE, plus dynamiques et flexibles, lancent facilement de nouveaux produits régionaux ».

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« Individualisme latin »

C’est sur ce tissu de petites sociétés diverses et multiproduits que la FRIAA souhaite s’appuyer pour relancer le secteur ; dans l’Hexagone, à travers la marque ombrelle commune « Cuisine Provence » qui réunit pour l’instant 33 entreprises, et en regroupant des forces commerciales de différentes sociétés pour faire face à la grande distribution ; à l’export, en organisant des actions collectives, comme la prospection du marché belge ou la tenue d’un stand commun au prochain Sial. Mais en PACA, « la mutualisation des forces reste très difficile à réaliser. C’est pourtant la région qui en a le plus besoin… », regrette Dominique Amirault. « Il n’y a pas de culture de structuration, d’industrialisation moderne… c’est un peu l’individualisme latin », juge le dirigeant, qui lui-même peine à trouver des partenaires pour développer l’activité de Soléou, sa société spécialisée dans les condiments et assaisonnements provençaux.

Un « rapprochement inexorable » des IAA

« Les IAA de PACA pèchent en effet un peu par leur taille », reconnaît Daniel Bonnabeau, associé responsable du développement agroalimentaire chez Ernst & Young. Cette atomicité « tient beaucoup à la typologie et l’historique de la région», poursuit-il. Sans réelle volonté d’expansion, ces TPE et PME souvent familiales et positionnées sur des marchés de niche haut-de-gamme, « existent grâce à des marchés captifs ». « La grande diversité des productions agricoles a engendré une multitude de sociétés de transformation, analyse pour sa part Yves Favergeon, de l’Agence de développement économique Provence Promotion. Et notre environnement privilégié n’a pas poussé les acteurs à se regrouper en coopératives de taille, comme ailleurs». Aujourd’hui, la poursuite de la concentration du secteur à l’échelon national et européen change la donne. « Le regroupement des marchés export et de la distribution, le besoin de maîtrise de l’innovation et des technologies constituent un terreau qui pousse de toute façon inévitablement ces entreprises à se rapprocher. Ainsi, de plus en plus d’alliances se mettent progressivement en place », conclut Daniel Bonnabeau.