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Marchés agricoles Les indicateurs économiques changent, la volatilité s’accroît

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« La volatilité est-elle conjoncturelle ou structurelle ? » telle est la question à laquelle Michel Portier, directeur d’Agritel, a répondu lors d’une conférence organisée par l’Association française de la canne à sucre (AFCAS), le 12 décembre à Paris. Selon lui, entre les incertitudes liées au climat, et les changements de pôles au niveau du commerce mondial, la volatilité des cours agricoles est devenue structurelle. Afin d’anticiper au mieux l’évolution des cours dans un contexte instable, le directeur d’Agritel a présenté les nouveaux indicateurs qui « drive » l’économie mondiale.

«Il faut apprendre à vivre avec » a déclaré Michel Portier, directeur d’Agritel, en expliquant que la volatilité des cours agricoles était devenue structurelle. Il s’exprimait lors d’une conférence organisée par l’Association française de la canne à sucre (AFCAS), à Paris le 12 décembre. En effet, si auparavant en Europe les politiques agricoles permettaient de lisser les prix, le démantèlement de celles-ci a confronté l’Union européenne (UE) à une volatilité structurelle des cours. Une volatilité intrinsèque à l’activité agricole qui est soumise au climat.

L’agriculture est une activité « météo-sensible »
« Sur les dix dernières années, la volatilité observée n’est pas exceptionnelle », a indiqué Michel Portier. En revanche, c’est selon lui lorsque l’on raisonne à un, deux ou trois ans qu’elle paraît élevée. Il reconnaît cependant que « la volatilité s’est particulièrement accrue depuis 2006 avec une série d’accidents climatiques ». Selon lui, « l’agriculture est “météo-sensible’, et les statistiques montrent une fréquence accrue des phénomènes climatiques extrêmes sec/humide, froid/chaud, ces dernières années ». A priori, le réchauffement climatique n’est pas à exclure des causes de ces événements. Mais, de tous temps l’agriculture a été contrainte par le climat. Si les efforts faits en faveur du ralentissement du réchauffement existent, ils sont aussi causes de tension sur l’offre en produits agricoles sur les marchés. Ainsi, la production d’éthanol à base de maïs aux Etats-Unis, qui devrait permettre d’utiliser moins d’énergie fossile, a tendance à diminuer les disponibilités. Selon Michel Portier, ce sont 120 à 125Mt de maïs qui sont utilisées chaque année aux Etats-Unis pour produire de l’éthanol, soit environ deux fois la production de l’UE à 27. Une tension sur les disponibilités qui rend le marché plus sensible à la hausse au moindre aléa sur l’offre.

Un changement des grands pôles du commerce mondial
Autre facteur de volatilité, les chiffres donnés au marché. Si, selon Michel Portier, l’Europe s’est trouvée par le passé au carrefour des échanges mondiaux entre l’Asie et les Amériques, elle est aujourd’hui sur la touche, notamment en raison de ses problèmes de dettes qui font peser le risque d’une récession économique sur la zone. Le commerce mondial serait désormais axé autour de l’océan Pacifique entre des pays comme l’Inde, la Chine, les Etats-Unis et le Brésil, a expliqué Michel Portier. Les Etats-Unis, bien qu’endettés, n’auraient pas les mêmes problèmes que l’Europe car leur dette est libellée en dollar, monnaie qu’ils peuvent éditer à volonté. Et même, une dévaluation de leur monnaie serait favorable à leurs exportations. Ces changements de flux commerciaux posent un autre problème, celui des données économiques disponibles. Si l’Europe et les Etats-Unis, d’importants offreurs et demandeurs sur les marchés agricoles mondiaux, pouvaient fournir des chiffres relativement fiables sur leurs stocks et productions, il n’en est pas de même pour la Chine. En effet, ce pays importe, depuis sept ou huit ans, 5 à 6Mt de soja par mois, alors que cela représentait les quantités d’importation annuelles auparavant. Ce phénomène est notamment lié à l’accroissement des besoins en alimentations animale, avec « la moitié des cochons dans le monde qui vivent en Chine », selon Michel Portier.

Les indicateurs économiques sont devenus asiatiques
La Chine est donc devenu un acteur stratégique sur les marchés agricoles mondiaux et fait, avec ses chiffres de stocks ou de production, la pluie et le beau temps sur les marchés. Mais Michel Portier a prévenu que dans ce pays, « 80% des exploitations sont de moins d’un hectare et que les chiffres concernant les disponibilités chinoises ne sont quasiment pas mesurables ». « Une nouvelle source de volatilité », selon lui.
Les indicateurs économiques des marchés agricoles se sont ainsi déplacés vers l’Asie qui draine une grande partie de la demande mondiale. « Si, avant, il suffisait d’observer les indices économiques américains, comme celui des nouvelles constructions, pour prédire l’évolution des cours sur le marché de Chicago, il faut aujourd’hui regarder vers la Chine », a expliqué Michel Portier. Selon lui, ce sont aujourd’hui les indicateurs chinois qui deviennent significatifs. « Quand la banque centrale chinoise rehausse ses taux d’intérêt le samedi, on observe une baisse des cours du soja à Chicago, lors de l’ouverture du marché le lundi », a-t-il souligné. Les économies deviennent ainsi dépendantes du système monétaire chinois. Enfin, soulignant la hausse des besoins alimentaires en Asie, en Afrique ou en Amérique du sud, Michel Portier a indiqué que « pour une hausse de 10% de la population mondiale, il faudra produire 20% de nourriture en plus ». Pour lui, l’accroissement des surfaces est limité puisqu’en 1964, la population mondiale disposait de 0,15 ha par habitant en moyenne, et qu’en 2010 ce chiffre est tombé au-dessous des 0,10 ha. Ce qui limite les solutions pour répondre à la demande. Selon lui, la productivité devra s’accroître pour nourrir la population mondiale d’ici à 2050, avec une mention spéciale pour l’Asie où il faudra produire 2,34 fois plus et l’Afrique 5,14 fois plus, avec des régimes alimentaires omnivores.

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