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Les industriels agroalimentaires doivent se remettre en cause, estime la CLCV

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Charles Pernin, chargé de mission alimentation au sein de l’association de consommateurs CLCV: estime que l’affaire de la viande de cheval qui touche désormais toute l’Europe doit amener les industriels et les pouvoirs publics à une réflexion véritable pour prendre en compte cette internationalisation croissante des échanges alimentaires pour mettre un terme à l’opacité qui fait loi actuellement.

Quels enseignements tirez-vous de cette affaire dite de la viande de cheval ?
CP : Ce qui nous surprend dans cette crise est que cette situation, qui ne semble pas uniquement toucher la France mais a été mise à jour au départ en Irlande et semble s’étendre à divers pays d’Europe, met à jour l’existence probable de différentes filières. Toutes semblent cependant avoir un point commun qui est la multitude des intervenants. Cette internationalisation des approvisionnements doit obliger les industriels de l’agroalimentaire à se poser un certain nombre de questions. S’ils choisissent de travailler en passant par des intermédiaires, il est certain que les relations ne sont plus les mêmes que celles qu’ils peuvent avoir avec un producteur ou un groupement avec lequel ils ont l’habitude de travailler. Les relations sont beaucoup plus anonymes. Ce changement de nature dans leurs approvisionnements doit les amener à une vigilance accrue. Ils doivent prendre des dispositions pour contrôler la marchandise, réaliser des audits. Il est assez choquant qu’un industriel qui appose sa marque sur un produit en étant passé par plusieurs intermédiaires se dédouane en cas de problème.

Les pouvoirs publics doivent-ils peser sur ces contrôles ?
CP : Les mesures d’autocontrôles telles qu’elles se pratiquent actuellement et que les pouvoirs publics souhaitent intensifier sont utiles et il est souhaitable de responsabiliser davantage les industriels. Elles ont toutefois leurs limites, comme vient de le prouver cette crise, et il faut donc aussi accroître la pression des contrôles par des organismes indépendants. Cela suppose des moyens humains à mettre en place pour inspecter les abattoirs, les usines et les divers maillons de la fabrication. Un des problèmes que soulève cependant cette internationalisation est qu’il existe, notamment en Europe, des réglementations communes, mais que les moyens de les faire appliquer sont laissés à l’appréciation des États. Il faut que la réglementation prenne mieux en compte cette mondialisation.

Comment vont, selon vous, réagir les consommateurs ?
CP : La première réaction est celle d’une grande surprise. Cette affaire est, pour eux, une véritable révélation. Ils découvrent que malgré les campagnes sur la qualité et la sécurité alimentaire de leurs industries, on n’est pas capable de leur garantir cette sécurité. Ils sont également choqués par l’ampleur de la fraude et constatent que tout le monde est éclaboussé par ce scandale. Ainsi il est surprenant que les grandes enseignes de distribution aient annoncé retirer de leurs rayons toute une série de produits finis, alors que bon nombre de ceux-ci sont sains. C’est un quasi aveu que la traçabilité n’est pas aussi parfaite que le discours officiel le prétend. Toute la filière doit s’interroger sur son modèle car elle a donné une image déplorable. Des grands noms de l’industrie ont été touchés et ont dû retirer leurs marchandises. Se réfugier derrière l’excuse d’une fraude limitée à des individus malveillants est un déni un peu choquant, alors que le discours officiel des industriels est de dire vouloir lutter contre le désamour dont ils seraient l’objet de la part des consommateurs.

Sur le plan plus pratique de leurs achats quotidiens, y aura-t-il un impact ?
CP- Il y aura certainement un effet sur la consommation des plats cuisinés dans les semaines qui viennent et un recul des ventes. Les marques vont certainement développer des stratégies commerciales, rénover les packagings, changer des noms de marques, communiquer davantage. La baisse de consommation ne durera qu’un temps. Ce qui est bien dommage, car, cyniquement, les industriels savent très bien que la demande des consommateurs ne permet pas à elle seule de sanctionner leurs comportements. C’est la raison pour laquelle les pouvoirs publics doivent intervenir pour plus de transparence dans l’information et pour renforcer les contrôles

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