Les industries charcutières se mobilisent pour tenir sur un marché devenu difficile. Les Assises de la FICT, le 14 juin à Paris, ont montré leur détermination pour promouvoir les produits de charcuterie en France et à l’export et pour sauver le dispositif de recherche. Au nom des 354 entreprises du secteur, le président Robert Volut veut inverser la tendance à la « paupérisation » comme à la « diabolisation » des produits de charcuterie dont vivent directement 36 196 salariés.
A l’instar des autres industries alimentaires, la charcuterie-salaison a souffert en 2004 du report des achats des ménages vers le circuit hard discount et les MDD premiers prix, mais aussi du climat de suspicion dû aux politiques de nutrition et de santé. Aussi, la FICT (fédération des industriels charcutiers, traiteurs, transformateurs de viande) engage maints efforts pour déjouer la contraction de la demande tant intérieure qu’extérieure et permettre aux entreprises de mieux se défendre par l’innovation et la mise en avant de leurs marques.
Des marges réduites
C’est bien sûr la réforme de la loi Galland qui est la première attente des adhérents de la FICT alors que, déplore Robert Volut, « le marché des marques d’industriels a été réduit à 40% du total dans le circuit GMS ». La pression de la grande distribution, qui a poussé la dérive des marges arrières jusqu’à 45% en moyenne des prix de vente du secteur, le développement des achats par enchère inversée, et le désintérêt des enseignes pour le rayon à la coupe entraînent un « appauvrissement de l’offre » qui n’est pas en faveur des achats des ménages qui ont baissé de 1,2 %. L’industrie n’en a que plus de mal à digérer la hausse du cours du porc (+ 8,7 % en 2004) alors que ses prix n’ont gagné que 3,7 %, ne lui laissant en moyenne qu’un résultat net après impôt de 1,4 % et de moindres capacités d’investissement. Or ce sont elles qui permettent d’innover et de défendre la qualité, une nécessité pour compenser les discours nutritionnels simplificateurs qui associent charcuterie et trop gras ou trop salé.
Le dossier retient toute la vigilance de la fédération : les législations nationales et européennes sur l’étiquetage nutritionnel ne doivent pas tomber dans l’excès, demande Robert Volut, au risque de jeter l’anathème sur telle ou telle catégorie d’aliment.
Promotion : soutien d'INAPORC
Un point de satisfaction au moins, l’industrie n’a pas à regretter d’avoir adhéré il y a deux ans à l’interprofession Inaporc, qui vient de permettre un cofinancement, y compris par la distribution, de l’équarrissage alors que la taxe de départ avait déstabilisé les maillons abattage-découpe et transformation. Le resserrement des liens dans la filière va aussi permettre la poursuite d’une action de communication collective en France : une campagne a eu lieu en avril sur la charcuterie – qui a été une véritable première dans ce secteur grâce aux fonds de l’interprofession qui va y consacrer près d’1 million d’euros – et une deuxième vague est prévue en novembre.
Un autre axe devra suivre pour relancer les ventes à l’exportation : pour la deuxième année consécutive, les ventes françaises à l’étranger se sont dégradées, et l’enjeu n’est pas négligeable (10 % de la production). Encore faut-il s’organiser, selon le président Volut : au-delà des efforts individuels des entreprises, il faut promouvoir ensemble la charcuterie française. Cette dégradation n’est pas due à un manque de compétitivité mais au fait que le marché français a été tellement sous tension qu’il a accaparé les entreprises, dont la faible taille et les effectifs commerciaux limités ne permettent plus les mêmes efforts vers l’étranger. Les produits français sont bien implantés dans des pays limitrophes (Belgique, Allemagne pour les salaisons sèches) mais se heurtent aussi aux assauts nouveaux de nos concurrents italiens ou espagnols qui, eux, font des efforts collectifs sur ces marchés quand nous n’en faisons guère. Là aussi, un coup de pouce de l’interprofession est attendu, à hauteur de 500 000 euros, et les industriels tablent sur les mesures promises dans le cadre du Partenariat national pour le développement des IAA.
Sauver la R&D
La FICT se préoccupe par ailleurs de sauver le dispositif de recherche-développement alors que la suppression des taxes parafiscales a privé de 1,5 M EUR de recettes le Centre technique du secteur (CTSCCV) sur son budget qui avoisine 3,5 millions. Les industriels ont voulu réagir en créant une association pour promouvoir la R&D, Aprivis, basée sur des cotisations volontaires : à côté des entreprises fondatrices, figureront des syndicats régionaux et des partenaires de la filière, laissant espérer un apport de 300 000 euros. Des sujets sont en cours de sélection qui entreraient dans les nouvelles recherches du CTSCCV. De plus une convention a été passée avec l’Actia, l’Ofival et Inaporc pour compléter ces financements. Par ailleurs, la profession est impliquée dans Activiandes (avec l’Adiv de Clermont-Ferrand et l’Adria de Quimper), qui porte le projet de pôle de compétitivité viandes dont la candidature est à l’étude comme celle des autres pôles. Enfin, la Fédération a relancé un groupement d’intérêt scientifique avec l’ENV d’Alfort et l’Afssa qui s’est doté d’un nouveau bâtiment à Maisons-Alfort et vient enrichir les réseaux d’expertise en sécurité alimentaire de l’Ile de France.
A l’unisson du PNDIAA, la profession travaille aussi dans son domaine à améliorer l’attractivité des métiers qu’elle représente. L’enjeu est essentiel au moment où il va falloir renouveler près de 300 postes par an au fil des départs de la génération « papy boom »… Pour attirer les jeunes, un film a été réalisé par la FICT avec l’aide de l’Agefaforia, à destination des lycées principalement.
3 Sujets qui fâchent
En revanche, la profession s’inquiète de ce que, comme cela a été envisagé, les programmes d’aide européens 2007-2013 ne ciblent que les très petites entreprises : ce qui importe, selon Robert Volut, c’est la qualité des projets d’investissement liés au développement de l’entreprise et au lancement d’innovations et il demande donc aux pouvoirs publics français d’en élargir l’accès à tous.
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Dans le domaine de la gestion des signes de qualité, le président de la FICT réclame une approche un peu moins restrictive de la France, par exemple sur les modes de production des matières premières utilisées dans des charcuteries sous Label Rouge, de peur d’en renchérir inutilement les coûts.
Il s’insurge en outre contre une position franco-française imposant l’étiquetage de l’origine des viandes alors que la doctrine européenne, sensible surtout au savoir-faire, stipule que l’origine est celle du lieu de fabrication : un recours à Bruxelles n’est pas exclu par le président Volut.
La croissance quand même
Avec une consommation à domicile et des exportations en baisse l’an dernier, les industries charcutières n’ont connu qu’une maigre croissance de leur volume (+1,5 % contre +3 % en 2003) et leur chiffre d’affaires, de près de 6,7 milliards d’euros, a été en progression de 3,3 % sur un an. D’une part, la production de charcuterie proprement dite a gagné 1,3 % à un peu plus d’1 million de tonnes, soit 5,1 milliards d’euros en valeur, de l’autre, les produits traiteurs fabriqués par les charcutiers ont augmenté de 2,1% en volume à 282 000 t et de 11 % en valeur à 1,5 Md d’euros.
Sans doute le débouché RHD (11 % du total), le commerce spécialisé (9 %) et celui des produits intermédiaires (8 %) ont-ils été favorables car en GMS, hard discount compris, les ventes de charcuterie ont, pour la première fois, autant régressé en volume (-1,2 %, le précédent de 2001 n’était que de - 0,4 %).
Comme pour les autres industries alimentaires, l’atonie de la consommation s’est conjuguée avec une paupérisation de l’offre qui se traduit surtout par la baisse des prix et l’évolution du mix qu’accentue le transfert des achats vers le hard discount. Désormais, la profession fait 16 % de ses ventes totales avec ce circuit (18 % de ses ventes aux grandes surfaces, 25 % pour les produits libre-service). « La volonté des distributeurs de faire les produits les plus simples, les plus dénudés et les moins cher gagne les grandes enseignes », remarque Robert Volut, au point que les marques distributeurs frisent les 45 % des ventes et que parmi elles la part des premiers prix progresse aussi. L’espace laissé aux marques n’en est que plus restreint (39 %).
Autre tendance qui s’accentue, les achats se déplacent du rayon à la coupe, qui régresse encore de 3,8 %, vers le rayon LS, en hausse de 4,3%. Le fait que des supermarchés ferment leur rayon coupe est très dommageable, estime Robert Volut, c’est « un lieu de pédagogie utile pour nos produits » : si on fait disparaître le théâtre du commerce, il n’y aura plus de différence avec un magasin hard-discount. Le problème est le même pour les fromages ou le traiteur, il devait être abordé au fond avec la FCD, mais cela n’a pas réussi, déplore-t-il.
Alerte sur le solde commercial
En 2004, un clignotant est passé au rouge, celui du commerce extérieur. Pour la première fois, la balance est devenue déficitaire en valeur (de 16 M EUR) malgré un volume d’exportations qui reste supérieur de 26 000 tonnes aux importations. Alors que dans les années 90, la France avait doublé ses ventes à l’étranger pour les porter à 152 000 tonnes, le repli est sensible depuis, nos principaux clients, hors Dom-Tom, restant le Royaume-Uni, la Belgique et l’Allemagne. Sans doute le Français est-il plus curieux que ses voisins de découvrir des produits venus d’ailleurs, mais aussi les Italiens et surtout les Espagnols ont fait d’importants efforts pour le séduire.