Le Syndicat national de l’industrie des viandes, qui tiendra son assemblée générale le 28 septembre à Paris, fera la part belle dans ses débats aux défis de l’élargissement. Il saisira aussi l’occasion de redire l’importance pour les opérateurs d’investir dans les produits élaborés, seuls à croître sur un marché des viandes dans le rouge. Devant le risque de voir la matière première se raréfier, il entend aussi adresser des signaux positifs aux éleveurs, afin qu’ils continuent de produire dans une Pac découplée. Enfin, il abordera le problème de la taxe d’équarrissage qui plombe les résultats des abatteurs-transformateurs et crée, selon lui, des distorsions de concurrence pour l’ensemble de la filière bovine française.
Devant un parterre de transformateurs restés très hexagonaux, le Sniv focalisera sa prochaine assemblée générale sur le thème de l’élargissement de l’Union européenne. Derrière cet événement, se cachent de véritables enjeux pour la filière bovine française, souligne Pierre Halliez, directeur du Syndicat. Quel potentiel de développement l’élargissement offre-t-il aux industriels ? Quels risques concurrentiels engendre-t-il ? Sur ces questions, Michel Arnoult, président du directoire de Métro Cash & Carry France, Gianpaolo Schiratti, directeur général de Bonduelle Frais-Bonduelle Traiteur, et Joseph Daul, député au Parlement européen, feront partager leur expérience et engageront la réflexion, en apportant quelques repères.
L’assemblée générale sera aussi l’occasion d’aborder les dossiers d’actualité de la profession, et tout particulièrement le recul de la consommation des viandes, qui semble ne pas devoir s’arrêter. Dans ce contexte, les produits élaborés expriment bien les nouvelles attentes des consommateurs, puisqu’ils ont représenté l’an passé, pour les adhérents du Sniv, 300 500 tonnes (produits finis), en progression de 28 % par rapport à l’année 2001.
Un discours volontariste
Certains peuvent s’inquiéter de ce développement des produits élaborés, craignant une certaine banalisation de la viande bovine française, et un appel d’air favorable aux viandes étrangères, peu ou mal identifiées. Qu’on le veuille ou non, l’essor des produits élaborés est réel et irréversible puisque c’est là qu’est le marché, rétorque le directeur du Sniv. « Nous ne pouvons prétendre lutter contre le changement de physionomie du rayon viande… Si le marché des produits élaborés progresse, il est préférable qu’il soit détenu par des industriels français, ancrés dans leur territoire, et impliqués historiquement avec la production nationale ».
Le discours se veut donc volontariste en direction des transformateurs, mais aussi des éleveurs français pour qu’ils continuent de produire demain, dans une Pac découplée. Or au premier semestre 2004, la production française de gros bovins a reculé de 4,3 % (en tec) par rapport à 2003, alors que la demande de viande bovine (gros bovin et veau) accuse une diminution de 2,7 %. « Si nous disposons d’une offre de viande bovine française, nous saurons la valoriser», assure Pierre Halliez.
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Triple incertitude
A propos de la santé des entreprises, il confirme que les opérateurs connaissent une situation tendue dans leurs activités de première et deuxième transformations. La rentabilité est en forte baisse en 2004 par rapport aux années précédentes, laissant augurer une nouvelle phase de restructuration pour la filière. Les industriels, « qui, depuis quelques années, investissent dans leur avenir », sont confrontés à une triple incertitude, explique Pierre Halliez.
La première découle de l’inversion de tendance dans l’approvisionnement et de la hausse du prix de la matière première. La deuxième incertitude découle de la faiblesse de la demande en volume et de la forte pression à la baisse des prix exercée par la grande distribution. « Il nous faut ramener le dialogue avec les distributeurs dans des limites raisonnables », estime le représentant du Sniv.
Enfin, la troisième incertitude concerne la position du gouvernement face à la taxe d’abattage. Selon certaines rumeurs, le fonds de financement de ce service public serait en déséquilibre en 2004, ce qui pourrait inciter le gouvernement à revoir à la hausse le coût de la taxe, en dépit des assurances contraires du ministre de l’Agriculture, Hervé Gaymard. Face à ce risque, le Sniv appelle à mettre fin à ce système « générateur d’inflation » et de distorsion de concurrence intra-communautaire. « Nous souhaitons introduire une dose de libéralisme dans le système sans perdre la notion de service public ni la dimension de mutualisation nécessaire aux petites entreprises ». L’équarrissage doit être facturé à son vrai prix, au lieu d’en coûter le double, conclut Pierre Halliez. En adressant ces messages le 28 septembre aux pouvoirs publics et au monde de l’élevage, le Sniv veut faire le pari d’une filière bovine française ambitieuse à l’heure de l’élargissement de l’Union.